‹ MontaigneChapitre 16 sur 32 · Essais, liv. 111, chap. x; t. IV^ p. 14S · texte numérisé non relu

Essais, liv. 111, chap. x; t. IV^ p. 14S

MONTAIGNK MAGISTIIAT KT CITOYEN. 33

«lonlilhoninie et de soldat, mais encore par sens politi(|iie et avec des vues qui vont loin.

Parmi les questions polilitjues au milieu desquelles Montaigne a vécu, il en est une au moins sur laquelle il ne semble avoir ni hésité ni varié : nulle part il ne fait appel, nulle part il n'ouvre la porte à l'influence ou à la force étrangère, et pour terminer ces guerres civiles dont il est si las, pour raflermir cette monarchie qu'il croit si nécessaire, pour défendre cette unité religieuse à laquelle il ne comprend point qu'on s'oppose en droit quand il est si facile de lui échapper en fait et sans bruit, Montaigne ne s'adresse qu'à la France elle-même et ne conseille point à son parti de s'appuyer au dehors. La Ligue lui souriait encore moins que la Réforme. Il est en cela d'autant plus remarquable que le sentiment du patriotisme n'est chez lui ni vif ni puissant. Bien plus, il s'en défend comme dune petitesse d'esprit, il s'en dégage comme d'une entrave, il s'en moque comme d'un ridicule, et surtout comme d'un ridicule français.

La domination populaire semble à Montaigne c^ la plus naturelle et équitable * ». Mais peu s'en faut qu'il n'entre contre elle en une « haine irréconciliable ». Pourquoi? Par quel raisonnement qui l'atteint seule? Par quel fait dont elle est seule cou-

1. Essais, liv. 1, chap. m. — Eil. Coiirl)el el Royer, t. 1, p. 21.

pable? Non, il s'échaulTc ainsi, soudainement, parce que la démocratie athénienne, après la bataille des Arginuses, a fait mourir des généraux qui n'avaient pas recueilli les morts. Or. je ne sais si d'autres connaissent quelque sorte de gouvernement à laquelle je n'aie point pensé; mais pour mon compte j'en cherche une qui soit à couvert d'un pareil reproche et qui soit tellement sans péché sur ce point que Montaigne, en son nom, puisse jeter à la tiémocratie la première pierre. Il faut voir dans Grote ' la discussion sur toute cette allaire. Mais sans demander à Montaigne les qualités critiques et judiciaires ni la profondeur d'érudition de Grote, n'est-il pas strictement juste d'exiger de lui qu'il ne tire pas si vite conclusion d'un exemple contre une forme de gouvernement et contre tout un peuple? Je sais sa partialité en faveur de Sparte. Mais c'est un grief de plus contre lui. Et puis, je n'aime pas qu'on soit épilogueur quand on n'a pas de mémoire, et qu'on lire d'un fait isolé tout ce qu'il peut rendre sans tenir compte des autres qui le réduiraient à moins.

Voyez ce que Montaigne dit - des égards que l'on doit aux princes vivants et de la liberté permise envers les mômes princes morts. Tout pour le respect, afin de maintenir l'ordre, tant (pi'ils sont là; tout pour la vérité et la justice, quand ils ont un successeur. La morale conservatrice les protège vivants,

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