MARC-ANTOINE MURET
D*aprè& le portrait attribué k NicoUs Denisot.
ville comme Bordeaux, l'enseignement des mathématiques est nul ; on ne songe pas à apprendre à compter aux enfants, tandis qu'on leur dévoile tous les secrets des flexions latines. L'étude du grec est très sommaire et très rapide, sans travail effectif. Quelques parents se plaignaient de cette organisation
incomplet^. Jules-César Scaliger eût voulu que ses enfant? apprissent plus de grec'. Est-il admissible que les hommes d'affaires, qui avaient la haute surveillance du Collège de Guyenne, n'aient pas fait la remarque combien cet enseignement était mal entendu dans une ville de négoce si florissante et si prospère? Il semble, au contraire, que ces bourgeois aient pris plaisir à voir leurs fils c latiniser », de la sorte. Montaigne, lui, fut choqué d'une éducation qui s'attachait tant aux mots, sans regarder assez au fond des choses. Cette c suffisance livresque » ne lui alla à aucun moment : il voulait qu'on développât davantage le jugement de l'enfant, c Qui demanda jamais à son disciple ce qu'il lui semble de la rhétorique ou de la grammaire, de telle ou telle sentence de Cicéron? On nous les plaque en la mémoire toutes empennées, comme des oracles, où les lettres et les syllabes sont de la substance de la chose 2. > Il eût voulu que l'enfant perdît moins de temps en de vaines discussions de mots : c II ne doit au pédagogisme que les premiers quinze ou seize ans de sa vie; le demeurant est dû à l'action; employons un temps si court aux instructions nécessaires. » Faut-il s'étonner que, plus tard, il remarque encore : « Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses et plus de livres sur les livres que sur un autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser 3.»
1. J. de Bourrousse de Laflfore, Jules-César de Lescale (Scaliger). Agen, i86o, in-8o, p. 33 et 39.