I. Archives nationales, X, 1602, f
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principe, demander et obtenir entrée au Parlement de^aris. Quand il le fit, des circonstances spéciales donnaient à sa requête un caractère particulier. Quelques jours auparavant, la Cour avait pris une résolution fort nette, qui venait d'être appliquée. Pourquoi Montaigne demanda- 1 -il à s'y soumettre, lui que rien n'obligeait à cela? Entendait-il donner de la sorte son approbation à une mesure qui restreignait les édits de tolérance? Voulait -il montrer par là qu'il ne lui coûtait pas de faire profession ouverte de la religion romaine ? Il est intéressant de constater la spontanéité de la détermination. Quand Montaigne venait ainsi prêter serment de catholique sans y être convié, les cours de province n'avaient pas encore exigé de leur personnel une pareille affirmation. A Bordeaux, notamment, la décision ne fut prise qu'un mois après, le 17 juillet, et on l'exécuta seulement dans la séance du 24 juillet, chacun venant faire adhésion entre les mains du Premier Président'. Il en fut de même, avec plus ou moins de facilité, à Rouen et à Toulouse*. Pourquoi Montaigne prit-il les devants ? Faut-il en conclure que l'attitude du Parlement de Paris lui sembla excellente ? Peutêtre. En ce cas, il ne serait pas le seul dont la jeunesse se montra moins tolérante que l'âge mûr. Montaigne resta alors assez longtemps éloigné de
1. Boscheron des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux, t. 1er, p. i55. — E. Gaullieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux, t. I«»", p. 415.
2. A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, 1840, in-80, t. II, p. 416. -- Dubédat, Histoire du Parlement de Toulouse, i885, in-80, 1. 1^^ p. 409.
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son poste. Si aucune fonction ne l'attachait au roi, il cherchait bien visiblement à ne pas quitter la cour. On a cru jadis que notre philosophe avait rempli la charge de secrétaire de Catherine de Médicis : Terreur est depuis longtemps reconnue, et François Montaigne, qui fut secrétaire ordinaire de la chambre du roi et de la reine -mère, n'avait qu'une analogie de nom avec le nôtre. Le long séjour à la cour de Michel de Montaigne, à cette époque, n'en est pas moins indiscutable. Le D' Payen pense qu'il a duré au moins jusqu'en février i563". Je n'y contredis pas. C'est ainsi que Montaigne put accompagner Charles IX à Rouen et que, sans doute, il assista au siège de cette ville. Rouen, on le sait, était tombé au pouvoir du parti huguenot à la suite d'une émeute locale, dans la nuit du i5 au i6 avril i562. Grâce à l'énergie de Montgomery, les réformés étaient parvenus à s'y établir très fortement. Il fallut reprendre la ville de haute lutte, et le siège fut meurtrier. Le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, père du futur Henri IV, qui soutenait alors la politique de la reine -mère et dirigeait les travaux d'investissement, y fut mortellement atteint. L'issue fut moins fatale au duc de Guise qui s'y trouvait aussi : il faillit perdre la vie des mains d'un assassin, mais échappa à ce complot. Montaigne raconte un beau trait de magnanimité du duc, à ce propos 2. Il n'en parle pas en témoin
1. D"* J.-F. Payen, Examen de la vie publique de Montaigne, par M. Grûn, Paris, i856, in-80, p. 3i.