DIEU ET L'AME
(liges et oracles employés à leur profit et instruction, en leurs religions fabuleuses, bien, par sa luiséricorde. daignant à l'aventure fomenter par ces bénéfices temporels les tendres principes d'une telle quelle brute connaissance que la raison naturelle nous a donnée de lui au travers des fausses images de nos songes.
ison seulement fausses, mais impies aussi et injurieuses sont celles que l'homme a forgé de son invention.
Et, de toutes les religions que saint Paul trouva en crédit à xAthènes, celle qu'ils avaient dédiée à une Divinité cachée et inconnue lui sembla la plus excusable.
Pythagoras adumbra {esquism, approch't) la vérité de plus pi'ès, jugeant que la connaissance de cette cause première et PJtre des êtres devait être indéfinie, sans prescription, sans déclaration ; que ce n'était aulre chose que rextrême effort de notre imagination vers la perfection, chacun en amplifiant l'idée selon sa capacité. Mais si Numa entreprit de confornmr à ce projet la dévotion de son peuple, l'attacher à uiu^ religion purement mentale, sans objejt, préfixe et sa?is nuHange matériel, il entreprit chose de nul usage : l'esprit lunnain ne se saurait maintenir, vaguant en cet infini de ])ensées informes ; il les lui faut compiler en certaiiu' image, à son modèle. La majesté divine s'est ainsi pour iu)us aucunement (<n quelque manière) laissée circonscrire aux limites corporelles : ses sacrements supernaturels et célestes ont des signes de notre terrestre condition : son adoration s'exprime par offices et paroles sensibles : car c'est l'honnne (jui croit et qui prie. Je laisse à part les autres arguments (pii s'employent à ce sujet. Mais à peine (avec mal) me ferait-on accroire que la vue de nos crucifix et peinture de ce piteux {pUoj/ablc) supplice, (jue les ornements et mouvements cérémonieux (pleins de sohnnitc) de nos églises. (]ue les voix accommodées à la dévotion de notre ])ensée, et cette émotion des sens n'échauffent Tâme des peuples tFune passion rehgieuse de très utile effet.
De celles (1) auxquelles on a. donné coros, connue la nécessité l'a requis, pariui cette cécité universelle, je me fusse, ce lue semble, plus volontiers attaché à ceux qui adoraient le Soleil.
•Il La lumière commune,
r/<i il (In iiioti(ip ; ot si ]>ieii :ui rhof {n lo i''ir.) porto des yeux, lies rayons du Soleil sont ses yeux radieux,
(1) Des divinités.
(^)ui doimeiit vie à tous, nous maintiennent et gardent. Et les faits des huniahîs en ce monde regardent : ("e beau, ce grand soleil qui nous fait les saisons, Selon qu'il entre ou sort de ses douze maisons (1) ; Qui remplit l'univers de ses vertus connues ; Qui d'un trait de ses yeux nous dissipe les nues : L'es])rit, l'âme du monde, ardent et flamboyant, En la course d'un jour tout le ciel tournoyant ; Plein d'immense grandeur, rond, vagabond, et ferme ; Lequel tient dessous lui tout le monde pour terme ; Eu repos sans repos ; oisif, et sans séjour; Fils aîné de nature et le pT're du jour (2).
D'autant qu'outre cette sienne grandeur et beauté, c'est la pièce de cette machine que nous découvrons la plus éloignée de nous, et, par ce moyen, si peu connue, qu'ils étaient pardonnables d'en entrer en admiration et révérence.
Thaïes (3), qui le premier s'enquêta (recJwcha) de telie matière, estima Dieu un esprit qui fit d'eau toutes choses ; Ahaximandcr, (pie les Dieux étaient mourants et naissants à diverses saisons, et que c'étaient des mondes infinis en nombre ; Anaximènes, que l'air était Dieu, qu'il était produit et immense, toujours mouvant. Anaxagoras, le premier, a tenu la description et manière de toutes choses être conduite par la force et raison d'un esprit infini. Alcmœon a donné la divinité au soleil, à la lune, aux astres et à l'âme. Phythagoras a fait Dieu un esprit épandu par la nature de toutes choses, d'où nos âmes sont déprises ; Parmenides, un cercle entourant le ciel et maintenant le monde -par l'ardeur de la lumière. Empedocles disait être les Dieux les quatre natures desquelles toutes choses sont faites ; Protagoras, n'avoir rien que dire s'ils sont ou non, ou quels ils sont ; Democritus, tantôt que les images et leurs circuitions sont dieux ; tantôt cette nature qui élance ces images ; et puis notre science et intelhgence. Platon dissipe sa créance à divers visages : il dit, au Timéc, le père du monde ne se pouvoir nommer ; aux Lois (ju'il ne se faut enquérir de son être ; et ailleurs, en ces mêmes livres, il fait le monde, le ciel, les astres, la terre et nos âmes dieux, et reç()it en outre ceux qui ont été re(;us par
( 1 ) l,es ddii/.c signes ilu Zodiaqui'.
(2) Vers de Konsaiu), Hcii/oiitmiicc iia peuiilc de F nuire. ())) Ea idupart des (tpinioiis (jne Montaigne rai)porte ici siu" la divinité lui (Jiit été fournies par Cicékon dans le De nalura deuruin.