‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 23 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA DICTATURE. — LA CONFISCATION DES BIENS d'oRLÉANS. LE CORPS LÉGISLATIF. 1852.

Par sept millions de voix contre six cent quarante mille, la France sanctionna l'œuvre de Louis-Napoléon. Depuis le Consulat et l'Empire aucun homme n'avait joui d'un tel pouvoir ; le prince allait-il l'employer pour le bien? Montalembert se le demandait avec angoisse. « Nous sommes, disait-il, à une de ces heures solennelles qui se retrouvent rarement dans l'histoire des peuples ; il semble qu'on puisse atteindre en un instant ce qu'on aurait vainement poursuivi pendant de longues années. » C'est pourquoi^ au cours de ce mois de décembre, nous rencontrons souvent Montalembert à l'Elysée ; il eut cinq ou six entrevues avec le Président. « J'étais conduit près de lui, écrit-il^ par une sollicitude trop naturelle à l'égard des intérêts religieux, de cette liberté et de cette dignité de l'Église dontj 'avais été jusque-là le champion attitré, puis aussi par le désir de sonder ses intentions au sujet de cette Constitution dont la France lui abandonnait le soin de la doter. (1) »

Il est facile, à l'aide du Journal intime^ de se représenter leurs entretiens. Louis-Napoléon se montrait aimable, mais plein de réserve ; il goûtait peu les leçons de son visiteur ; ce n'était pas avec cette fière indépendance qu'il entendait être

(1) Lettre à Daru, p. 100.

Page 1