‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 42 sur 242 · OPINION DU P. LACORDAIRE ET DU P. DE RAVIGNAN · texte numérisé non relu

OPINION DU P. LACORDAIRE ET DU P. DE RAVIGNAN

lèvera de l'abaissement que vous lui aurez préparé, comme elle se relève toujours; mais ce sera en désavouant votre mémoire, comme vous avez A longtemps désavoué la mémoire des courtisans cléricaux du xvn° et iuxvni® siècles. (1) »

Au moment même où se consommait cette rupture doulou- [•euse, Dieu ménageait à Montalembert une compensation. Oom Guéranger s'éloignait; un autre moine, plus grand encore et plus tendrement aimé, Lacordaire, revint. On sait pour quels motifs les deux amis s'étaient séparés en 1849; depuis lors ils ne s'écrivaient plus. Lacordaire avait vivement blâmé l'attitude de Montalembert au coup d'État, et celui-ci aégligea même de lui envoyer les Intérêts Catholiques. Un oon curé de campagne prêta ce livre à Lacordaire ; il le lut 3t tressaillit de bonheur. «... Ce m'est une joie inénarrable, écrivit-il à son ami, de te retrouver tel que je te tenais dans mes bras il y a vingt-deux ans... (2) »

Naturellement, la presse française et étrangère s'occupe des intérêts Catholiques. L'espace nous manque pour reproduire 5es appréciations variées. A Rome, la Civilta Cattolica, organe des Jésuites et dirigée par le célèbre P. Curci, attaque en es défigurant les idées de Montalembert, si bien que celui-ci 3n est réduit à protester publiquement. En revanche, le P. de Buck, le savant bollandiste de la Compagnie de Jésus, réprouve sévèrement les doctrines de la Civilta : « Toutes les fois que e la lis, dit-il à Montalembert, je suis tenté de la percer à 30ups de canif! » Le P. de Ravignan de même, bien qu'il n'aime guère le gouvernement représentatif, félicite tendrenent son ami : «... Vous m'avez ému, ravi, profondément oénétré de reconnaissance envers Dieu et envers vous. Cet listorique de l'Église depuis 50 ans, ces tableaux divers sont "emplis d'aperçus et de sentiments qui transportent l'âme, îtferci mille fois. L'Église vous bénira et la main du juste Juge ^ous couronnera. (3) »

V Univers con^diGVQ une série d'articles diU^ Intérêts Catho-

(1) Montalembert à Dom Guéranger, 6 février 1853.

(2) Lacordaire à Montalembert, 10 novembre 1852.

(3) Le P. de Ravignan à Montalembert, 26 octobre 1852.

liques, et ces articles achèvent d'élargir le fossé profond qui sépare Montalembei t de Louis Veuillot. V Univers appelle le livre « une Marseillaise parlementaire ». L'unique motif de cette publication, dit-il, est Tennui. Montalembert cède au dépit de n'être rien, à l'envie de faire figure parmi les vainqueurs de l'avenir... Il manque de franchise... N'étant plus rien dans l'État et n'étant pas daué d'une abnégation aussi haute que sa pensée, il ne sait pas se tenir tranquille et jouir des victoires de l'Église.. . ; il travaille à faire sortir l'Église du terrain de la liberté cathoUque et à teindre son drapeau des couleurs d'un parti... V Univers au contraire n'est jamais sorti du rôle de spectateur silencieux et paisible... Il est toujours prêt à servir sous les ordres de Montalembert comme il l'a toujours fait... Au fond, ils ont toujours été- d'accord et ils le sont encore... etc.. (1) » Louis Veuillot prouve cette entente quelques jours plus tard, les 17 et 18 novembre ; en deux articles intitulés : De la liberté sous r absolutisme, il entreprend l'éloge de la monarchie absolue, et présente le règne de Louis XIV comme l'idéal du gouvernement catholique et vraiment libéral :

« En ce qui regardait l'Église comme en ce qui regardait l'État, la Constitution permettait et secondait tout bon dessein de réforme; elle of* fraitau Bien sécurité et facilité... Personne en ce temps-làne trouvait nécessaire qu'une tribune fût dressée en permanence sur la place publique. On croyait que les grands intérêts de l'Etat se discutaient mal devant un peuple ignorant. On ne voulait donner ni aux orateurs la tentation de chercher la popularité, ni à la foule l'occasion de s'émouvoir et la tentation d'intervenir. »

On juge par ces citations combien le désaccord s'accentuait chaque jour entre l'orateur et l'écrivain. Ils conservaient pourtant quelques relations. Vers cette époque, le directeur de l'Univers ayant eu la douleur de perdre sa femme, Montalembert s'empressa de lui adresser ses consolations :

(1) V. VUnivers^QS 1", 6, et 13 novembre 1852. — Mgr Pie écrivait à Montalembert : «... Je n'entends en aucune manière approuver la ligne politique ni les articles récents de l'Univers en ce qui vous regarde; je suis et je serai toujours plein du plus sympathique et respectueux dévouement envers votre personne... » 10 novembre 1852.

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