SAINT COLUMBA
aimer cet ardent jeune homme, soldat plutôt que moine, passionné pour la poésie et plus encore pour l'Irlande, associé à toutes les luttes, à toutes les discordes de sa race et de son pays? Comment ne point partager sa douleur, lorsqu'exilé dans l'ile sauvage d'Iona, il se retourne vers Erin, « versErin où les chants des oiseaux sont si mélodieux et où les clercs chantent comme les oiseaux, où les jeunes gens sont si doux et les vieux si sages, les hommes illustres si nobles à regarder et les femmes si belles à épouser ». Cependant la grâce le transforme ; Columba devient le plus humble des pénitents, le plus mortifié des moines. Qu'on se représente « ce grand vieillard aux traits réguliers et doux, à l'accent suave et puissant, tonsuré à l'irlandaise, avec le haut de la tête rasé et les cheveux pendants par derrière, revêtu de la coule monastique, assis à la proue de sa barque d'osier recouverte de peaux, naviguant à travers l'archipel brumeux et les lacs étroits du nord de l'Ecosse ». Il affronte les terribles Pietés, les plus dépravés et les plus féroces de tous les barbares; il les dompte, il s'en fait aimer et leur fait aimer X.-S. J.-C; il parsème d'églises et de sanctuaires monastiques leurs forêts, leurs défilés, leurs montagnes inaccessibles, leurs bruyères sauvages, leurs îles à peine habitées. Parvenu au terme de sa carrière, il se consume en veilles, en jeûnes, en macérations formidables et redouble surtout de bonté et de charité. Quel dommage si une critique étroite ou timorée nous avait privés de tant de légendes charmantes dont la vie de saint Columba est comme émaillée, si on ne nous avait conservé ni le songe prophétique de sa mère, ni la vision de ses trois sœurs qui veulent à toute force l'embrasser, ni l'histoire de la pauvre cigogne irlandaise chassée par la tempête comme il l'a été lui-même, ni les larmes de son vieux cheval qui, prévoyant la mort de l'apôtre, vient poser la tête sur son épaule et pleure, ni tant d'autres histoires attendrissantes, où l'imagination et le cœur des poètes d'Iona s'est plu à fixer le souvenir de la charité incomparable de leur père envers tous les hommes, mais particulièrement envers ses enfants !
Columba et ses moines ont évangélisé l'Ecosse : mais qui convertira les Anglo-Saxons demeurés païens? Tout d'abord
il répugne aux Bretons Gallois d'annoncer la bonne nouvelle à leurs oppresseurs; Rome y pourvoira. On a cent fois raconté cette scène touchante du rachat des esclaves Angles sur un marché de Rome par le moine Grégoire. Devenu pape, il envoie le moine Augustin avec quarante compagnons pour conquérir à Jésus-Christ les divers royaumes de l'Heptarchie Saxonne. Ces missionnaires débarquent dans le pays de Kent et, précédés de la croix, s'avancent vers le roi Ethelbert qui les accueille avec faveur et finit par se convertir. Ce n'est là qu'un commencement ; de nombreuses régions demeurent infidèles. DeCantorbéry, leur monastère central, les disciples de Benoit appellent à la rescousse les disciples de Columba; mais ils ne peuvent s'entendre. Montalembert a définitivement établi l'insignifiance de leurs différends, qui n'avaient d'autre objet que la date de la célébration de la Pàque et la forme de la tonsure monastique. Cette querelle, aggravée d'ailleurs par une réaction païenne, n'en compromet pas moins l'œuvre d'Augustin et de ses compagnons.
Après une courte interruption, la tâche abandonnée par les moines romains est reprise par les Irlandais. Sur l'invitation du roi Oswald, saint Aidan et plus tard Colman, fils spirituels de saint Columba, s'établissent à Lindisfarne et gagnent à J.-C. plus de la moitié de l'Angleterre. Pendant que les Bénédictins, fixés à Cantorbéry, suivent avec un mélange de satisfaction et de dépit les progrès de leurs rivaux, Dieu leur envoie un homme supérieur qui ranime en eux le feu sacré, les ramène dans la mêlée et contraint les moines celtiques à reconnaître l'autorité et les traditions romaines : nous voulons parler de saint Wilfrid.
Saint Wilfrid occupe dans le quatrième volume des Moines la même place que saint Columba daus le troisième. Issu dune noble famille anglo-saxonne, il étudie tour à tour à Lindisfarne, à Cantorbéry et à Rome; en 655, il revient de cette dernière ville, résolu à achever la conversion de son pays et à faire triompher la discipline romaine et la règle bénédictine. Au prix de quels efforts, de quelle énergie, de quelles persécutions il y parvient, Montalembert le raconte longuement. Dans un récit saisissant et dramatique, il expose