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LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION

l'honneur de proposer à l'Assemblée législative d'émettre le vœu que la Constitution soit revisée. » Dans les bureaux, Montalembert se prononce énergiquement pour la revision. Il ne cache pas ses préférences pour une royauté limitée, mais il croit que la France actuelle est trop révolutionnaire pour supporter cette forme excellente. « Puisque nous sommes condamnés à la République, je désire que cette République soit la meilleure possible. J'ai toujours travaillé dans ce sens depuis qu'elle a été proclamée. C'est pourquoi je demande la revision de la Constitution, parce qu'elle empêche la République de coexister avec l'ordre et la prospérité publique. Elle est mauvaise surtout lorsqu'elle empêche le pays de renouveler le mandat du pouvoir exécutif, mais elle Test encore parce qu'elle consacre la permanence des agitations parlementaires et le conflit nécessaire entre les deux pouvoirs. . . Si on empêche la revision, qu'une opinion de plus en plus nombreuse regarde comme un remède réel ou imaginaire des maux actuels du pays..., on n'aura fait qu'augmenter l'impopularité de la Constitution et de la République. Elles seront l'une et l'autre emportées par le flot de la réprobation universelle. Veut-on les sauver, il faut ouvrir la porte; autrement, elle sera enfoncée... » A la suite de ce discours , Montalembert est nommé membre de la Commission chargée d'examiner le projet et prend une part active à ses travaux.

Pour aboutir, la revision devait rallier le chiffre exorbitant de 546 voix; jamais l'ancienne majorité n'avait atteint une telle proportion. S'il souhaitait vraiment cette re vision légale, le Président ne devait-il pas se rapprocher de L'Assemblée et rompre avec la politique provocante qu'il pratiquait depuis quelque temps? Il fit tout le contraire. Le 18 juin, il assistait à l'inauguration solennelle du chemin de fer de Dijon: Montalembert l'acompagnait, ainsi que le président de L'Assemblée et le ministre de l'intérieur, Léon Faucher. Le soir, au banquet, il prit la parole et se répandit en critiques amères contre l'Assemblée. Les convives étaient effarés; Dupin s'assit pour protester; Montalembert adressa au prince «|r vifs reproches, el Léon Faucher déclara qu'il démissionnerait si 1rs phrases aiguës ne disparaissaient pas du texte officiel. Le Président

accorda tout ce qu'on voulut, mais le coup était porté.

Les débats sur la révision s'ouvrirent le li juillet. Nous n'avons pas à les raconter ici. Berryer y pronouça en faveur de la royauté le plus éloquent peut-être de tousses discours. Mieux que personne, Odilon Barrot exprima les sentiments de Montalembert. Il dit les vices de la Constitution : une Chambre unique, deux pouvoirs issus de la même source et, pour ainsi dire, armés l'un contre l'autre ; il montra qu'il y avait quelque chose de plus redoutable qu'une prorogation des pouvoirs présidentiels, c'était un coup d'État. Il conjura l'Assemblée de céder à la France, qui voyait dans la re vision son salut, et ne pardonnerait pas à ceux qui méconnaîtraient sa volonté. Quelques amis pressaient Montalembert de parler; il était prêt, mais crut devoir s'abstenir. « Après avoir entendu M. de Falloux et M. Berryer, écrivait-il à Mgr Dupanloup, après les avoir admirés comme ils méritent de l'être, je n'en suis pas moins demeuré convaincu qu'ils étaient dans le faux, et qu'ils n'avaient ni l'un ni l'autre le sentiment de ce que pense et de ce que veut la France actuelle. Sans avoir la prétention de croire que j'eusse pu les réfuter victorieusement, je n'ai pas voulu qu'on pût me reprocher d'avoir atténué en quoi que ce soit l'effet de leurs discours. Nous verrons dans trois mois combien ils auront fait de conversions dans la Chambre et dans le pays. Personne ne me saura gré de cette abstention : les illusions et les in justices seront aussi tenaces les unes que les autres; mais je m'y résigne d'avance... (1) »

On connaît le résultat de ces discussions. Le projet de revision réunit 446 voix contre 278; il manquait 97 voix pour que le chiffre légal fût atteint. M. Thiers était en grande oartie responsable de cet échec; c'est alors qu'il eût pu dire : « L'Empire est fait ! » En refusant de reviser la Constitution, l'Assemblée venait de la condamner à l'étranglement.

(1) Montalembert à Mgr Dupanloup, 25 juillet 1851.

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