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L'EGLISE ET LA DEMOCRATIE

Après avoir ainsi indiqué aux catholiques l'esprit avec lequel ils doivent aborder la démocratie, l'orateur leur signale les dangers de ce nouveau régime. C'est d'abord l'esprit révolutionnaire qui trop souvent se confond avec la démocratie, qui, « par les terreurs qu'il inspire comme par les appétits qu'il excite, est le principal auteur de tous les abaissements de la vie publique de notre temps » : — c'est la soif désordonnée de l'égalité qui fomente une défiance haineuse contre tout ce qui s'élève ou se redresse, « qui noie le talent, l'éloquence, la vertu , la justice sous les flots de ces masses aveugles et muettes, irresponsables et inviolables, que nul châtiment n'atteint, que nulle leçon ne corrige, mais que d'indignes meneurs égarent et dominent trop souvent, pour les conduire, à travers les saturnales de l'émeute, aux honteuses douceurs de la servitude; » — c'est cette centralisation insensée, chaque jour plus envahissante, cette lèpre sociale qui se répand sur l'Europe entière, cette passion universelle et furibonde des places qui fait de la société une proie dont vivent des générations entières de parasites, cette assimilation graduelle entre les législations et les institutions de tous les pays, qui prépare l'avènement d'une sorte de cosmopolitisme nouveau, et finira par tuer la notion de patrie, en même temps que le sentiment de la dignité individuelle.

Voilà pour la vie politique. Dans la vie morale, les périls sont plus sérieux encore. Parmi eux, Montalembert signale « la passion universelle et exclusive du bien-être, la disparition du frein de l'honneur, le culte dépravé du succès immoral, l'humilité chrétienne remplacée par la servilité, la vogue d'une publicité sans bornes acquise à tout ce qui attaque le dogme et la morale chrétienne ; l'effrayante popularité d'écrivains sans pudeur et sans foi, si bien qualifiés par M. Guizot de malfaiteurs intellectuels ; l'éducation de nos enfants, celle même de nos filles, convoitée, disputée par la main insatiable des monopoleurs incrédules qui, sous le nom et les couleurs de l'Etat, nous les arracheraient pour les enfermer dans des prisons intellectuelles et les \ retenir jusqu'à ce que la trace des croyances domestiques soil oblitérée de leurs âmes; la religion, enfin, victime de l'indifïérence

des masses, de l'acharnement des lettrés, de la défiance ou de l'hostilité du pouvoir. » en attendant qu'on lui livre le suprême assaut.

Certes, ces maux sont graves, ces périls sont terribles. Ils ne le sont pas plus que ceux dont nos pères ont triomphé et il nous est parfaitement possible de les vaincre.

Montalembert s'élève à la plus haute éloquence quand il présente les remèdes que l'Église réserve aux maux de la démocratie. Non seulement elle peut ffuérir ces maux, mais elle a tout à espérer du développement des principes et des libertés modernes. Et l'orateur prend l'une après l'autre ces idées modernes, le suffrage universel, l'égalité devant la loi, l'égale répartition des charges et des obligations civiles et sociales, la liberté d'enseignement, la liberté d'association; il n'a pas de peine à montrer quel grand parti les catholiques en pourraient tirer. « Il n'y a pas, dit-il, une seule de ces libertés dont les catholiques n'aient encore plus besoin que les démocrates. » Oui, et même la liberté de la presse! Certes, Montalembert n'en méconnaît pas les abus; il ne demande ni son impunité absolue ni sa liberté illimitée; mais elle a pour nous d'immenses avantages. « Pour nous, catholiques, qui sommes en minorité dans tant d'États modernes, et qui, là même où nous sommes en majorité, n'en avons ni les droits ni la force, c'est le premier de nos besoins. La liberté delà presse, c'est la liberté de la plainte ; et la plainte, quand elle a pour auxiliaire la publicité, c'est le levier qui. renverse les murailles des citadelles et des cachots. (Très bien!) Oui, si oppressive que soit la légalité, si violents que soient les préjugés populaires, la plainte armée du droit d'écrire et de parler saura en venir à bout. » [Nouveaux bravos.)

Reste la liberté des cultes. Montalembert remet au lendemain à traiter ce sujet immense et délicat entre tous. Ce premier discours, dont nous ne pouvons donner qu'une sèche analyse, est accueilli par d'unanimes applaudissements.

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