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SOUMISSION CHRETIENNE

mais elle est menée par une autre voie, par celle qui crucifie davantage, qui, sans rien laisser entreprendre à un esprit courageux, le tient accablé et anéanti sous la rude loi de souffrir. » On lit encore, dans le Journal du 18 janvier 1865 : <( Aujourd'hui, fête de la Chaire de saint Pierre à Rome, dont nous avions fait la fête de notre agence pour la liberté religieuse en 1831... Course à travers la neige pour communier à l'intention de cette fête... Je demande la grâce de la résignation et du respect pour cette autorité pontificale, qui, pour prix de trente-quatre ans de travaux incessants et désintéressés, me condamne à l'humiliation et au néant dans l'ordre spirituel, absolument comme l'a fait l'Empereur dans l'ordre temporel. »

Trois jours plus tard, le 21 janvier, il écrit à l'abbé Besson, le futur évêque de Nîmes :

«... En considération de l'affectueux dévouement que vous m'avez toujours témoigne, je vais vous parler avec ma franchise ordinaire et d'une façon toute confidentielle. Je crois qu'à l'aide de certaines interprétations, la conscience d'un catholique libéral comme moi peut se trouver à l'aise dans les termes de l'encyclique. D'ailleurs, dans tout ce qui nous regarde, il ne s'agit que de politique et non de théologie. Ni moi, ni aucun de mes amis, n'avons jamais soutenu les thèses absolues que condamne le Syllabus.

« Mais, en présence d'une pareille situation, mon devoir comme chrétien est d'accepter l'encyclique , et votre devoir comme prêtre est de me prêcher la soumission à cette grande loi de la souffrance, de l'épreuve, de l'expiation, qui est le fond de la vie, surtout de la vie chrétienne, et la condition du salut. En dehors de cela, croyez-le bien, mon cher ami, toutes les explications et toutes les interprétations, en ce qui me touche, sont vaines et dérisoires. Je vous dis tout cela pour vous seul, et en vous détendant expressément d'en rien communiquer à d'autres avant ma mort. Je vous le dis, parce que je voua regarde comme un ami spirituel, parce que je compte bien vous revoir de temps à autre en Franche-Comté, parce qu'alors, et même avant cela, vous pouvez être utile à mon àme, en aidant ma fille la religieuse à me faire un atmosphère de résignation et d'humilité où je puisse achever ma vie en silence, et en offrant à Dieu le sacrifice de mon àme navrée et de ma carrière deux fois brisée. Encore un coup, votre devoir, comme prêtre et comme ami, est de m'y aider, et j'y compte. ^1) »

(1) 21 janvier 1865.

Tel est l'état d'âme de Montalembert, au milieu de janvier 1865. un mois après l'encyclique , avant même la brochure de Msr Dupanloup. A ce moment lui arrive une lettre de M. Léon de Malleville. ancien ministre sous laprédence de Louis-Napoléon. Ce protestant, homme de foi vive, se désole de voir le christianisme battu en brèche de toutes parts et perdant chaque jour son influence sur les âmes. Il est persuadé que le Syllabus va augmenter le mal et qu'il n'y a pas d'autre moyen de défendre et de sauver la religion que la liberté. Il supplie donc Montalembert, non pas de se révolter, mais de se placer sur le terrain politique et de protester publiquement contre l'encyclique :

Il ne s'agit plus aujourd'hui pour l'Église d'une discorde intestine que l'autorité suprême a le droit d'étouffer par une décision souveraine et que chacun doit accepter; il s'agit de son avenir, de son existence, et ie laisser aucun voile sur ma pensée, de quelque chose de plus, julien dexkwfoi chrétienne. Vous le savez, ce n'est pas seulement e catholique que Je venrt, du siècle bat en brèche. L'Église protestante qui n'a d'autre fondement que la foi aux saintes Ecritures, est minée chaque jour par un trop grand nombre de ses propres lévites, infidèles à leurs vœux librement contractes, et usurpant insolemment le droit de faire asseoir dans la Chaire de Vérité l'incrédulité et le mensonge. Aussi, loin de sourire aux dangers de l'Église de Rome et de se préparer à recueillir ses dépouilles, l'Église protestante s'alarme des périls de son ancienne ennemie; elle sait trop bien que l'héritage de saint Pierre ne lui sera pas transmis par les vainqueurs... En ce moment solennel, ne désertez pas la cause que vous avez vaillamment servie, celle de l'union du siècle et de l'Eglise, de la liberté et de la religion. Rattachez à vous ceux que le divorce prononcé par l'encyclique entre ces deux grands principes pourrait égarer. Osez dire au Saint-Père que son infaillibilité ne s'étend pas au domaine temporel, politique ou civil, et que vous répudiez ses doctrines illibérales. Vous rentrerez plus fort dans la lutte et notre concours ne vous fera pas défaut.

Si vous restez sourd à notre appel, orate et silete, car votre voix sera désormais sans écho; et si, comme tout chrétien l'espère, les portes de l'enfer ne doivent point prévaloir contre la parole du Christ, il ne vous sera pas donné de concourir à son triomphe, puisque vous aurez décline au moment suprême l'honneur de concourir à sa défense. (1)

La réponse de Montalembert est admirable. Est-il besoin

-^ (1) 18 janvier 1865.

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