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DERNIERS ÉCRITS POUR LA POLOGNE

face aux exigences du travail intellectuel, je compte bien témoigner de ma fidélité aux convictions, aux instincts, aux passions légitimes et généreuses qui ont régné sur mon Ame et ma vie tout entière. Je le ferai d'autant plus librement que je n'ai plus et n'aurai plus jamais à garder les ménagements que prescrivent quelquefois à un chef de parti les exigences et les susceptibilités de ce parti, en vertu de l'axiome si bien formulé par Ledru-Rollin devant la Haute Cour en 1845 : « II me fallait « bien les suivre puisque j'étais leur chef. »

Je ne suis plus le chef de personne et je rentre par conséquent en pleine possession de ma liberté, pour en user, sans autres restrictions que celles de ma conscience, pendant le peu de temps qui me reste à vivre... (1)

On se rappelle en quel état d'exaspération Montalembert avait trouvé la Pologne pendant son voyage de 1861. Depuis lors, la nation en deuil est devenue la nation en flammes. Poussés à bout par les exactions de leurs conquérants, les Polonais se sont soulevés une dernière fois. Faucheurs de la mort et Légions du Désespoir luttent avec énergie contre un ennemi cent fois supérieur en nombre. L'Europe va-t-elle laisser égorger les restes de ce peuple héroïque ? Qui résoudra ce problème sanglant? Dans un éloquent article du Correspondant, sous ce titre : l'Insurrection polonaise (2), Montalembert se le demande. Il supplie la Russie de s'arrêter, d'abandonner une tâche aussi inextricable qu'immorale. Il supplie la France d'intervenir, sinon parles armes, du moins par la diplomatie, comme elle l'a fait pour la Grèce, pour l'Italie, pour le Mexique.

Un instant, il a l'illusion de croire que Napoléon III songe vraimentà restaurer la Pologne. Le 9 avril, Montalembert reçoit M. Pope Hennessy (3) qui sort des Tuileries. « Il me raconte toute sa conversation avec notre autocrate et j'en conclus comme lui que Napoléon III fera la guerre pour la Pologne. S'il en était autrement, il serait inutilement le plus menteur des hommes. 11 a parlé de son intention d'attaquer par la Baltique, de la lettre que le Pape va lui écrire sur la Pologne,

(1) .Montalembert à Foisset, 17 mai 1865.

(2) Février 1863.

(3) Membre de la Chambre des communes,, où son ardent dévouement à la cause polonaise l'avait fait surnommer Popeneski.

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de la nécessité de ne pas attendre trop de temps, when the Pôles are losing so many lives, and we are losing our char acier (l).La conférence a eu lieu en anglais. Hennessy part pour Vienne, avec la commission formelle d'engager l'Autriche dans la politique française, afin de se réconcilier sur le terrain de cet intérêt commun. Ce sont les propres paroles de l'Empereur. »

Hélas! Ces pourparlers n'aboutissent pas, et la Pologne est abandonnée de l'Europe. En vain se dresse- t-elle dans sa tombe, invoquant tour à tour par des adjurations poignantes la civilisation, l'humanité, le droit des gens, le droit nouveau, les idées modernes, la liberté, le progrès, l'honneur, la reconnaissance, la pitié, la conscience publique... A ses déchirants appels personne ne répond. Seul, le vicaire de J.-C, du Fils de Dieu mort pour les hommes sur la croix parle pour la nation crucifiée. Le 24 avril 1864, il fait entendre en sa faveur des paroles d'indignation et de pitié. C'est le moment critique où Montalembert vient de recevoir du cardinal Antonelli la lettre que nous avons rapportée. Ce coup douloureux ne l'empêche pas de proclamer dans son article Le Pape et la Pologne « qu'il n'y a de grand en Europe que deux opprimés, le Pape et le peuple polonais »>.

Pendant qu'au centre de l'Europe le czar consomme la ruine de la Pologne, au nord, la Prusse et l'Autriche s'unissent pour démembrer le Danemark. Montalembert proteste avec indignation contre cet abus de la force ; il protestera également contre l'écrasement de l'Autriche et les agrandissements territoriaux de la Prusse. « Grand partisan du fédéralisme et systématiquement hostile aux grands- États, écrit-il à Reichensperger, je déplore pour cette seule raison ajoutée à beaucoup d'autres les accroissements de la Prusse et l'absorption de l'Allemagne par cette puissance, dont l'histoire, sauf pendant les années de 1806 à 1814, n'est qu'un tissu d'iniquités. (2) »

Une fois pourtant, Montalembert se trouve dans le camp

(1) « Alors que les Polonais perdent tant d'hommes, et que nous, nous. ; us notre caractère. •< Journal. I A Reichensperger, 1er février 1867.

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