‹ MontalembertChapitre 182 sur 217 · CONSEILS MX JEUNES GENS · texte numérisé non relu

CONSEILS MX JEUNES GENS

Bolant ici-bas que le souvenir des efforts et des sacrifices consacrés à l'éternelle lutte du bien contre le mal. du vrai contre le faux.

11 faut savoir labourer et semer sans compter sur la moisson, mais la certitude que cette moisson, même faite par d'autres, profitera au triomphe du bien. Ce bien est toujours difficile à faire, mais il se fait; et depuis la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ en ce monde, il a lentement mais incontestablement progressé. L'histoire, d'accord avec la raison, le prouve chaque jour davantage à ceux qui ['étudient sincèrement Le présent vaut mieux que le passé, et l'avenir vaudra mieux que le présent.

st vous, bons et chers jeunes gens, qui êtes les hommes de l'avenir et qui en aurez, chacun en ce qui le concerne, la responsabilité. Vous ne sacrifierez pas cette mission à d'aveugles regrets ou à des utopies puériles. J'ai été, comme historien et comme polémiste, l'apologiste laborieux du passé catholique, mais je me révolte avec indignation contre ceux qui vont y puiser, comme la plupart des oracles actuels de la publicité religieuse, de ridicules et furibondes diatribes contre l'esprit moderne, ou des programmes d'institutions theocratiques ou autocratiques que cet esprit, Dieu merci, n'acceptera jamais.

Résolus à rester inviolablement fidèles aux lois et aux dogmes de vos pères, vous avez tous le droit et le devoir de vous arranger du temps et du pays où Dieu vous a fait naître. Vous n'y manquerez jamais d'épreuves ni de périls; mais en subissant les uns, en bravant les autres, avec l'humble et viril courage du chrétien, demeurez convaincus que vos pères ont eu tout autant et même plus à souifrir que vous. Rien ne contribuera plus qu'une telle conviction à vous donner le calme et la persévérance qui vous seront nécessaires dans la suite de votre vie... i

Chose curieuse, ce vaincu ne parle que de victoires, du triomphe certain et définitif de ses saintes causes ; ce malade, cet impotent, comme iL s'appelle lui-même, a le don de guérir nos langueurs contemporaines. En le quittant, sous l'étreinte de sa main vaillante, on n'emporte pas seulement une affection profonde pour sa personne, on se sent l'àme enflammée, pleine de courage, de foi, d'espérance en un meilleur n venir. C'est ce qu'exprime à merveille une lettre retrouvée parmi cent autres dans les papiers de Montalembert, la lettre d'un jeune, qui depuis lors a noblement combattu pour l'Église :

... Je veux vous dire que votre souvenir, vos exemples, auront une très grande part dans tout ce que je pourrai faire de bien. C'est dans vos

(1)25 août 1869.

écrits, dans vos discours, dans vos conversations que j'ai puisé cet amour décisif de la vérité et de la justice qui anime, j'ose le dire, ma vie tout entière. J'ai ce même et unique but qui a inspiré toutes vos pensées et toutes vos actions. J'ai appris de vous à respecter la liberté des âmes, humainement faciles à l'erreur, divinement faciles à la vérité, capables au milieu des luttes de faiblir, mais capables aussi de se relever vigoureusement, si l'œuvre tyrannique des hommes n'empêche pas l'œuvre libératrice de Dieu. J'ai appris de vous à comprendre ce qu'il y a de beau et de généreux même chez nos ennemis, et à le reconnaître, à le reconnaître hautement...

Je ne sais comment vous dire tout ce que j'éprouve : c'est de l'affection, une affection profonde, respectueuse, filiale, dévouée, pleine d'admiration et pleine aussi de douleur, puisque vous souffrez tant... (1)

(1) Le baron d'Yvoire à Montalembert, juillet 1869.

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