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LE P. LACORDAIRE ET L'UNIVERS

versatilité n'inspirent pas d'estime et qu'on ne pourrait corriger comme ils le méritent sans manquer à la loi de douceur et de charité... » Il craint d'ailleurs qu'une polémique directe ne produise pas les résultats qu'on en attend.

« L'Univers s'appuie sur les peurs et les passions du moment où nous somuKs. Apostat public, il a choisi son terrain au centre même de toutes les réactions, et il a couvert sa lâcheté propre de la lâcheté de tous, en y ajoutant, pour se dérober encore plus à la vindicte de sa conscience, l'audace immesurée des opinions contraires à celles qu'il avait auparavant soutenues. Le prendre au corps, si l'on veut s'y résoudre, c'est prendre au corps tout ce qui ne sait plus où il en est, et le nombre en est considérable. Il y a des torrents dont le seul remède est de les laisser couler; l'obstacle doublerait leur force, la liberté leur ôte la puissance de se créer un lit. La saison change et ils se dessèchent sur un sable stérile. Tel sera le sort de l'Univers. Les événements de 1848 l'ont l'ait ce qu'il est; les événements que Dieu prépare le feront ce qu'il doit être, un triste souvenir de faiblesse dans la pensée, d'orgueil et de honte. (1)»

Néanmoins, comme il ne s'agit point de se prendre corps à corps avec l'Univers, mais de soutenir ses principes avec constance et honneur, Lacordaire promet de seconder Montalembert de toutes ses forces.

«L? Correspondant, écrit-il . n'est pas destiné à vaincre, mais à s'honorer, et à honorer l'Église de son honneur. V\\ temps viendra ou un sera bien aise de le citer, comme, en nous rappelant la pose servile de l'épiscopat français sous le premier Empire, nous sommes bien aises de pouvoir nommer MM. de Boulogme, d'Astros, de Frayssinous , l'abbé Émerj rôle est même le plus beau de tous, et rien n'a laissé dans L'histoire une place plus lumineuse que les nums représentants de la dignité humaine dans les temps de bassesse. 2 »

Le Correspondant est alors dirigé par M. Lenormant, savant réservé, exact, scrupuleux, qui. jadis professeur en Sorbonne, brisa noblement sa carrière pour servir la cause catholique. Cependant, il faut bien le dire, sa direction est

(1) Lacordaire à Montalembert, 18 janvier L855.

(2) Lacordaiiv a Montalem imbre 1855.

languissante et la revue ne compte en 1855 que 672 abonnés, îl en coûte au vieux soldat d'abandonner la forteresse qu'il commande; il donne sa démission, puis la reprend et la redonne encore. Mais Montalembert et ses amis ne consentent point à le laisser partir et le gardent avec eux. Les principaux actionnaires du Correspondant , entre autres MM. de VosTiié et de Saint-Seine, continuent de lui prêter leur généreux concours. Comment va-t-on s'organiser? Il faudrait un directeur jeune et énergique qui sacrifiât sa vie à l'œuvre. Montalembert ne trouve personne.

« C'est incroyable, mais c'est vrai, écrit-il à Foisset. On ne trouve plus de jeunes gens comme il me semble que j'étais à 25 ans; ceux qui n'ont pas de quoi manger travaillent et bien, mais n'ont pas de loisirs à consacrer axiCorrespondant.Cem qui ont quelque chose vont à la campagne et veulent bien donner de temps à autre un article, mais avant tout ils veulent prendre leurs aises. Du dévouement à une mission , à une noble ambition, à une œuvre sérieuse et pénible, pour le seul amour du bien, pour Came et l'honneur, on n'en voit pas trace... (1) »

En attendant qu'on découvre ce directeur, un comité de rrédaction est constitué. Montalembert le préside ; il a pour membres MM. de Falloux, le prince de Broglie, Lenormant, Foisset et Augustin Cochin; pour secrétaire, le dévoué M. Douhaire. Au mois d'octobre 1855, la plupart d'entre eux se réunissent à la Roche en Breny. Mgr Dupanloup se joint à eux et, dans la grande salle du château, le prince de Broglie donne lecture d'un article sur la polémique religieuse qui doit servir de programme au nouveau Correspondant. C'est dans ce remarquable travail, approuvé par tous les membres du comité, qu'il convient de chercher les idées de la revue.

En 1852, Montalembert avait tracé dans ses Intérêts catholiques les progrès accomplis au nom de la liberté. Le prince de Broglie rappelle ce grand réveil des idées religieuses et la sympathie générale dont jouissait l'Église de 18i8 à 1850. Il constate qu'en ces dernières années le mouvement s'est arrêté, l'opinion s'est retournée/ Qu'on interroge les organes quotidiens ou périodiques qui représentent cette opi-

1 Montalembert à Foisset, 12 mai 1855.

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