LE CORRESPONDANT ET L'UNIVERS
maine, tandis que le prince de Broglie, accusé de rationalisme, démontre l'insuffisance de la Religion naturelle de ^ Jules Simon, le Père Gratry réfute le système de M. Saisset; le P. de Yalroger et M. Foisset, en de savantes et vigoureuses études, combattent les théories subversives de M. Pienan. Nous! ne disons rien des travaux de Mgr Dupanloup, de LenormantA d'Auguste Nicolas et de l'abbé Perreyve. Mais comment ne pas signaler les écrits de M. de Melun et de M. Cochin, cet autre Ozanam, sur les questions sociales, l'organisation de la charité, le paupérisme et l'esclavage? Parler en chaque époque le langage le plus élevé de cette époque, être aussi savant que les plus savants, aussi éloquent que les lettrés, en même temps les dominer tous par les lumières de la foi, tel est, tel fut toujours le but des catholiques du Correspondant. Ils pensent ainsi servir utilement l'Église et ils ont raison. Le succès du reste ne tarde pas à récompenser leurs efforts : la revue qui en 1855 n'a guère plus de 600 abonnés en compte bientôt plus de 3 000."
Cependant T Univers voit avec dépit surgir le rival qui vient combattre ses théories absolutistes. Il lui fait une guerre acharnée et quotidienne. Dès le \ novembre 1855, il dénonce ces enragés de modérés, qui ont l'audace de penser autrement que lui. Il raille ces journalistes temporisateur*, yy endormis, qui biaisent avec le symbole catholique, qui rougissent du Christ, de ses saints, des lois de son Eglise. Il recommence le 19 décembre et continue les mois et années suivantes. Il a beau jeu contre un numéro de revue mensuelle, avec trente numéros de journal tirés à dix mille exemplaires et chargés de ce que Louis Veuillot appelle le métal naï / de la rr- Hté. Les directeurs du Correspondant ne manquent pas, quand il le faut, de relever le gant. C'est d'ordinaire M. Cochin, qui, en quelques pages ironiques et dédaigneuses, riposte à Louis Veuillot. M. deFalloux intervient dans la lutte en esquis-
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sant d'une plume vengeresse l'histoire r\n Parfi( catholique. Quant à Montalembert, il n'écrit guère d'article sans exhaler un cri d'indignation contre « les fanatiques serviles » ; mais il refuse de suivre ses adversaires sur le terrain des personnalités « Ces gens-là, dit-il, attaquent toujours les personnes, jusque dans les détails les plus intimes et les plus minutieux, et tout le clergé applaudit. Quant à nous, nous signalons sans détour les extravagances et les palinodies d'une œuvre collective, d'une école tout entière, et les mêmes gens qui applaudissent aux grossièretés de l'Univers, nous reprochent de faire une guerre d' allusions! (1) »
Dans cette lutte, l Univers, soutenu par de puissantes amitiés, affiche une confiance sans réserve. Ses rédacteurs et ses partisans déclarent hautement qu'il est l'organe du Saint - ||Siè^e. < Quand on est contre l'Univers, dit à Montalembert un des principaux curés de Paris, on est contre le Pape. » Toutes sortes de faits et de récits, mis chaque jour en circulation, accréditent cette idée.
Tout d'abord, Montalembert et ses amis refusent de croire à cette solidarité : « Le Saint-Sièse, disent-ils, n'est représenté par aucun journal. Il règle les croyances et non les opinions. Il parle par lui-même, ou par les cardinaux, les congrégations, les évêques. Il n'intervient dans la polémique religieuse entre catholiques que pour laisser à tous pleine latitude en ce qui n'est pas la foi, conseiller à tous de mutuels égards, rappeler à ceux qui l'oublient l'immortelle devise de l'Église : In necessariis imitas, in dubiis libertas, in omnibus cari tas. (2 »
Cependant M. de Falloux prie M. Sauzet, ancien président de la Chambre des députés, qui voyage alors en Italie, de voir le Souverain Pontife et de connaître sa vraie pensée. Dans toutes ses lettres, Montalembert interroge son beaufrère, M-r de Mérode. « ... Nous ne sommes pas, écrit-il. de ceux qui exigent qu'on supprime ou qu'on bâillonne nos adversaires. Nous demandons seulement que les gens de YUni-
1, Lettre à Cochin, 18B7.
:. Sauzet à M. de Falloux.