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RECEPTIONS ACADÉMIQUES

prend et on l'applaudit, quand, de sa voix puissante, il flétrit le Césarisme romain et s'écrie : « Il ne s'agit pas pour le nouveau souverain de conquérir des intelligences et des âmes; il est assez puissant tant qu'il possède de quoi les corrompre. Le peuple- roi n'est plus qu'un peuple d'esclaves, qui se complaît et s'enorgueillit dans les folies et les bassesses de son esclavage... »

La même année, M. de Sacy fait son entrée à l'Institut. En un temps où la liberté de la presse est proscrite, l'Académie est heureuse de recevoir un homme qui est le modèle et l'honneur des journalistes. Elle pense ensuite au vieux duc de Brogiie, un des hommes les plus éminents du gouvernement de Juillet. L'éloge qu'il prononce alors du marquis de Saint-Aulaire est aussi l'éloge de la monarchie tombée, en même temps qu'un chef-d'œuvre d'éloquence (1).

Pendant que l'Académie accueille le duc de Brogiie, la mort lui enlève le comte Mole. Pour le remplacer, Montalembert songe aussitôt à M. de Falloux, avec lequel il a repris ses cordiales relations d'autrefois, et il le recommande chaudement à M. Guizot. Mais Thiers se plait à contredire Guizot et boude encore Montalembert ; il reproche à Falloux d'avoir dit que « le Deux Décembre était autant l'œuvre de ses victimes que de ses auteurs », et s'oppose à l'élection projetée. En vain Mg" Dupanloup s'agite, multiplie les démarches et les prières; il ne parvient point à désarmer M. Thiers et n'obtient que son abstention. M. de Falloux est néanmoins élu, le 10 avril 185G, après trois tours de scrutin et Montalembert court lui porter cette bonne nouvelle. « Notre joie, dit-il, est d'autant plus vive qu'elle a été plus incertaine et plus contestée. »

Cependant le gouvernement commence à perdre patience.

(1) Le discours du duc de Brogiie contient aussi L'éloge du Dix-huit Brumaire qu'il voulait opposer au Deux Décembre. Mais la commission académique retrancha comme dangereuse la critique du second coup d'État, en maintenant l'éloge du premier. Ce qui valut au nouvel académicien, lorsqu'il fut présenté aux Tuileries, ce compliment de l'Empereur : •• J'espère que votre petit-fils dira du Deux Décembre ce que vous avez dit du Dix-huit Brumaire.- M. de Brogiie répondit: <• lï 'histoire en jugera. • Mais il s'était attiré cette riposte par sa maladresse.

Chaque jour ses journaux dénoncent l'Académie et appellent à grands cris un coup d'État contre elle. On répète une menace de M. Baroche, ministre de l'Intérieur: « Ces gens-là se conduisent comme s'ils étaient un club, on les traitera de même. » — « Ne perdez pas de vue l'Académie, écrit Montalembert à Mgr Dupanloup : elle est le point de mire de toutes les haines, de toutes les jalousies et de toutes les bassesses... Tous crient : A bas l'Académie! parce que c'est encore une aristocratie et une liberté qui a survécu au naufrage général. Il nous importe beaucoup, à vous et à moi, qu'elle ne veuille pas prêter le flanc à des critiques fondées. (1) »

Loin de montrer, comme on l'en accuse, une condescendance excessive pour le rationalisme de certains académiciens, Montalembert ne manque pas une occasion de les combattre. « Quand je vais à eux, dit-il, ils me rappellent à mon passé, en restant trop souvent fidèles au leur; témoin la lutte qui a éclaté entre M. Cousin et moi au mois de juin dernier: témoin les implacables rancunes de MM. Mignet, Thiers et de Rémusat, avec qui je n'échange que des paroles de guerre dans mes discours académiques. » Il s'agit ici de ces deux séances pendant lesquelles Montalembert s'efforce d'empêcher que le fameux livre de J. Simon sur le Devoir ne soit couronné! « Nous sommes battus, écrit-il, mais non sans honneur et sans avoir recueilli d'utiles désaveux. »

D'accord en politique avec MM. Cousin et Villemain, il cherche à les rapprocher de l'Église et à les y faire entrer. Tout en s'indignant de l'acharnement avec lequel certains évêques réclament à Rome la condamnation de Cousin, Montalembert le supplie de corriger ses ouvrages et de les soumettre à l'autorité religieuse. Dès le 1*2 novembre 1853, à la suite d'une discussion sur la volonté divine, Cousin répond à son contradicteur :

«... J'ai mis à cet endroit deux citations de saint Thomas, qui s'exprime plus directement que je ne le fais; en sorte que s'il vous plaisait encore de chercher ici à mordre, c'est au seigneur saint Thomas que vous auriez à faire. Enfin, pour plaire à de beaux yeux que vous pouvez regarder

(1; Montalembert à Msr Dupanloup, 10 janvier 1857.

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