‹ MontalembertChapitre 7 sur 217 · LA MAJORITÉ SE DIVISE · texte numérisé non relu

LA MAJORITÉ SE DIVISE

talembert, ne peut avoir oublié l'angoisse universelle à l'approche du terme fatal... Tous les regards entrevoyaient l'abîme ouvert à nos pieds; tous cherchaient un moyen de salut et. à vrai dire, un sauveur. (1) » Ne perdons point de vue cet état d'esprit si nous voulons juger sainement les événements qui vont suivre.

M. Thiers partit pour Claremont, où Louis-Philippe agonisait. « Je veux, disait-il à Montalembert, baiser une dernière fois la main de mon vieux roi. » Berryer et trente-six représentants légitimistes se rendirent à VViesbaden, auprès du comte de Chambord, tandis que Montalembert entreprenait le voyage de Rome que nous avons raconté ailleurs : « Puisque tout le monde va voir ses souverains respectifs, je vais voir le mien à Rome. ±

La majorité de l'Assemblée était monarchique; mais, pas de restauration possible sans fusion, c'est-à-dire sans le rapprochement des deux branches de Bourbon. Aussi ne parlaiton que de fusion. « Ce serait le salut ! », soupiraient à la fois Berryer, Falloux et Mole. « Votre fusion, répliquait Thiers. épouvantera les bourgeois et en jettera les deux tiers dans le camp des rouges. » — « Elle va se faire, disaient les uns; rien n'est plus facile : les princes la désirent. — Vous l'attendrez longtemps encore, » répondaient les plus avisés.

En cette mêlée confuse, quelle allait être l'attitude des catholiques? 11 semblait que la vieille alliance de l'Église et du royalisme, telle que la Restauration l'avait connue, allait se reproduire et s'imposer comme un fait incontesté. L'évêque de Langres, Mgr Parisis, affichait alors un dédain amer pour la vie publique et privée du Président; Mgr de Salinis et Mur Pie étaient hautement légitimistes; depuis longtemps, Mur Dupanloup et son organe l'Ami de la Religion^ menaient

- les derniers mois il>' sa vie, Montalembert, s i con-

duite politique, pendant les événemi L852, dénaturée et tr

tie par ses ad\. crivit, sous forme de lett r- ■ à M. Daru, le récil de

ces deux années de t I l important écrit de 160 pages est demeuré

inédit jusqu'à ce jour. Nous y puiserons souvent. (2 Montalembert à l'abbé Dupanloup, 16 1850.

campagne pour la fusion. Mais je laisse la parole à Montalembert :

« M. Louis Veuillot, qui était déjà alors, comme aujourd'hui, l'oracle quotidien du clergé, avait subitement imaginé d'arborer la cocarde blanche et surtout de l'imposer à tous les croyants avec la même arrogance et les mêmes hyperboles qu'il a déployées depuis au service du césarisme napoléonien. Il apportait, selon son habitude, au service de sa nouvelle lubie plus d'invectives personnelles que d'arguments. M. Bonaparte, comme il appelait alors le Président de la Piépublique, n'était qu'un cheval civil et ne pouvait aspirer tout au plus qu'au rôle d'Augustule. Ces diatribes servaient d'ailleurs d'assaisonnement à de nouvelles théories historiques et politiques : « M. le comte de Chambord est le pou- « voir... Hors de lui, il n'y a que la Révolution... La souve- « raineté nationale, c'est l'anarchie... Pendant dix-huit ans « l'anarchie a siégé aux Tuileries et dans les Chambres. (1) » Tels étaient les axiomes qu'il fallait adopter sous peine d'hétérodoxie (2)... » Naturellement, les feuilles religieuses de province faisaient écho à r Univers et à V Ami. Le prince Louis n'était pas insensible à ces attaques, et, quand Montalembert partit pour Rome, il le pria d'exprimer au Pape le regret qu'elles lui inspiraient.

Il va sans dire que Montalembert répudiait énergiquement cette attitude. Il s'indignait de voir de nouveau professée « cette doctrine de l'inamissibilité du pouvoir, doctrine contraire à la théologie ultramontaine, à ce qu'enseigne l'histoire de tous les peuples chrétiens et à ce que nous avons dit et soutenu depuis vingt ans ». Le comte de Chambord ne lui inspirait aucune prévention : « Si lui et moi nous étions seuls à trancher la question, déclarait-il à Foisset, il serait demain roi de France. (3) » Mais il n'admettait ni son principe ni son droit. Le prince s'en attristait et, recevant vers cette époque Charles de Riancey, il lui dit : « M. de Montalembert a trop le sentiment de la foi pour ne pas avoir

(1) Univers du 25 septembre et du 3 octobre 1850

Lettre au comte Daru, p. 10.

(3) Montalembert à Foisset, 21 septembre 1851.

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