SOLDATS
blessés.
(A. H. G., vol. 3498, pièce 138).
Si les Français avaient perdu, en tués et en blessés, le dixième de leur effectif, les Anglais, plus éprouvés, avaient à déplorer la perte de près de 2,000 des leurs, soit du sixième environ des troupes engagées. Dans sa lettre à Pitt, du 12 juillet 1758, Abercromby avoue « 464 hommes de troupes réglées tués, 29 perdus, et 1,117 blessés ; 87 hommes de milices de provinces tués, 8 de perdus, et 239 blessés, les officiers dans ce que dessus compris (1) ».
Le 9 juillet, à la pointe du jour, nos troupes attendirent, pleines de confiance, une nouvelle attaque des Anglais, mais rien ne vint troubler, vis à vis d'elles, le silence de la forêt. Les compagnies de volontaires, envoyées en reconnaissance, s'avancèrent jusqu'au moulin de la Chute sans y trouver d'autre trace de l'ennemi que les débris de ses embarcations auxquelles il avait mis le feu.
Le 10 juillet, le chevalier de Lévis, détaché avec les huit compagnies de grenadiers, les volontaires et une cinquantaine de Canadiens, s'avança jusqu'au Portage. Il y releva de nombreux indices d'une fuite précipitée de la part des ennemis. Dès le 9, de grand matin, Abercromby s'était replié sur la rive Nord du lac Saint- Sacrement, et cette armée qui, trois jours auparavant, avait gagné cette rive dans un ordre admirable, croyant
(1) Gazette extraordinaire de Londres. — Abercromby joignait à sa lettre la «liste des ofûciers des différents régiments qui ont été tués et blessés à Ticonderoga, le 8 juillet 1758 :
Tués. — Le brigadier général Howe, 2 colonels, 1 lieutenant-colonel, 2 majors, 6 capitaines, 16 lieutenants, 5 enseignes.
Blessés. — 1 colonel, 1 lieutenant-colonel, 5 majors, 30 capitaines, 35 lieutenants, 10 enseignes.
L'ingénieur Mathieu Clerck tué, et le quartier-maître French blessé. En tout, 34 officiers tués et 84 blessés.
(8 JUILLETa1758). 93
marcher à une conquête assurée tant elle avait foi dans sa force, se rembarqua à la hâte, profondément ébranlée dans son moral et hors d'état, malgré la supériorité du nombre, d'affronter les hasards d'un nouveau combat.
1 o,000 hommes avaient fui devant 3,000. Le Canada était sauvé. La victoire de notre petite armée tenait tellement du prodige que Montcalm et ses soldats l'attribuaient, avant tout, à l'intervention divine, au « doigt marqué de la Providence (1) ». Aussi, le 12 juillet, le général français fit prendre les armes à ses bataillons et chanter un Te Deum en action de grâces sur le théâtre même du combat. Les accents religieux de cette armée, le cadre grandiose de la scène, la majesté de la forêt rendue maintenant au silence et au repos, le calme de ces lacs et de ces rivières aux eaux transparentes, aux rives couvertes d'une puissante végétation, tout dut contribuer à graver en traits ineffaçables, dans l'âme des assistants, le souvenir de cette triomphale journée (2).
(1) Journal du marquis de Montcalm, p. 406. — Le G septembre 1758, M. de Malartic adressait à M. de Grémilles une Relation de ce qui s'est passé sur la frontière du lac du Saint-Sacrement, depuis le 30 juin jusqu'au 10 juillet {1758) inclus. « On doit, y disait-il, cette mémorable victoire à la bonté du Tout-Puissant qui s'est montré si souvent et ?i visiblement le défenseur du pays, à la prudence des dispositions, à l'attention des généraux à observer les mouvements des ennemis, à l'activité générale de tous les officiers, à la bravoure et l'intrépidité du soldat dont tous ont montré une ardeur incroyable, ne s'occupant que du soin de tirer à propos et ajuster tout ce qui paraissait derrière les arbres ou les souches » (A. H. G., vol. 3499).
(2) En souvenir de sa victoire, Montcalm fit planter sur le champ de bataille une croix avec cette belle inscription, qu'il avait lui-même composée et traduite :
Quid du x? quid miles ? quid strata ingentia ligna ? En signum! en victor! Deus hic, Oeus ipse, triumphat. « Chrétien, ce ne fut point Montoalm et sa prudence, « Ces arbres renversés, ces he'ros, leurs exploits, « Qui, des Anglais confus, ont brisé l'espérance : « C'est le bras de ton Dieu, vainqueur sur celte croix ».
Il n'est peut-être pas, dans toute notre histoire militaire, de fait d'armes où chef, officiers et soldats, aient mis mieux en relief les qualités guerrières de notre race. Dès la première heure, Montcalm voit clairement le danger qui menace Carillon. Il n'a qu'une poignée d'hommes à opposer aux Anglais, un fort à peine ébauché pour appui, et quelques jours de vivres pour tout approvisionnement. 11 n'en accepte pas moins la lutte, et, dès son arrivée à Carillon, loin de se réfugier sous le canon de la forteresse, il adopte un dispositif en échelons qui donnera à ses ennemis l'impression d'une plus grande force et qui lui permettra de retarder de quelques jours la marche des Anglais, temps suffisant pour que ses soldats, auxquels il sait pouvoir tout demander, fassent sortir de terre de formidables retranchements. Le choix de la position défensive de Carillon et l'ordre dicté aux troupes la veille du combat font le plus grand honneur au coup d'œil et à la prévoyance de Montcalm. Mais il se révèle surtout grand capitaine en discernant, aux premières manœuvres d'Abercromby, que ses adversaires hésitent et tâtonnent, qu'un funeste aveuglement les domine et qu'ils vont s'offrir à lui comme une proie. Enfin son sang-froid, durant ces huit jours, ne se dément pas un instant. Ainsi qu'il l'écrivait à sa mère, Montcalm n'a pas « eu la moindre inquiétude depuis le 30 juin (1) », jour de son arrivée à Carillon. Ce calme et cette confiance, il les inspire à son entourage, à ses officiers et à ses soldats dont il est adoré et dont il est certain de tout obtenir à l'heure du danger. « Vive le Roi et notre général ! », sera leur cri de
(1) Sommervogel, Comme on servait autrefois, p. 118.
ralliement, et ils prodigueront au feu la bravoure, l'entrain, la gaieté, qui font de nos soldats un instrument de combat d'une souplesse incomparable.
Plein de modestie dans son triomphe, Montcalm ne songe qu'à reporter sur ses compagnons d'armes la gloire de cette journée. « Tous les commandants de corps, écrit-il à M. de Vaudreuil, le 9 juillet, et en général tous les officiers, se sont comportés de façon que je n'ai eu que le mérite de me trouver général de troupes aussi valeureuses et d'avoir attention de les faire secourir successivement, suivant que les parties de notre abatis étaient plus ou moins vivement attaquées (1) ». A son ami Doreil, il fait de la bravoure de nos soldats ce magnifique éloge : « L'armée et trop petite armée du Roi vient de battre ses enoemis. Quelle journée pour la France! Si j'avais eu 200 sauvages pour servir de tête à un détachement de 1 ,000 hommes d'élite, dont j'aurais confié le commandement au chevalier de Lévis, il n'en serait pas échappé beaucoup dans leur fuite. Ah! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres! Je n'en ai jamais vu de pareilles (2) ». Enfin, trait où se révèle l'amour profond de Montcalm pour sa vaillante armée, au lendemain du combat, il n'a plus qu'une pensée, celle d'attirer sur elle les récompenses du Roi les plus signalées. « Si jamais il y a eu un corps de troupes digne de grâces, écrit-il au maréchal de Belle-Isle le 12 juillet, c'est celui que j'ai l'honneur de commander. Aussi je vous supplie, Monseigneur, de l'en combler et de lui accorder toutes celles que j'aurai l'honneur de vous proposer (3) ».
(1) A. H. G., vol. 3498.
(2) Montcalm et Lévis, t. [, p. 427.
(3) A. H. G., vol. 3*98.
Pour lui-même, il ne demande d'autre faveur que son rappel: « Ma santé s'use, ma bourse s'épuise. Je devrai, à la fin de l'année, 10,000 écus au trésorier de la colonie, et, plus que tout encore, les désagréments, les contradictions que j'éprouve, l'impossibilité où je suis de faire le bien et d'empêcher le mal, me déterminent de supplier avec instance Sa Majesté de m'accorder cette grâce, la seule que j'ambitionne (1) ». Pour ses seconds, MM. de Lévis et de Bourlamaque, Montcalm ne se déclare satisfait que s'ils obtiennent les grades de maréchal de camp et de brigadier : « Si cette journée peut me procurer quelque gloire, je la partage avec MM. de Lévis et de Bourlamaque, et particulièrement avec le premier, M. de Bourlamaque ayant eu le malheur d'être blessé avant que l'action fût décidée. Je crois, Monseigneur, que bien loin que personne pût leur envier les grâces de maréchal de camp et brigadier que je supplie le Roi de leur accorder, on trouverait peut-être étonnant qu'ils ne l'obtiennent pas (2)».
Les autres officiers de l'état-major ne sont pas oubliés. Le grade de colonel est demandé pour M. de Bougainville, qui « a été blessé » et possède « du talent et de l'intelligence », ainsi que pour le chevalier de Montreuil qui « s'est conduit, dans cette journée, avec beaucoup de courage, j'en étais bien sûr, mais avec une activité que je ne lui connaissais pas. Cet officier serait bien à la tête d'un corps, il mérite des grâces (3) ». Montcalm insiste sur le concours précieux que lui ont prêté, à cette heure décisive pour le salut du Canada, MM. de Pontleroy et Desandrouins : « Je ne saurais trop vous
(4) Montcalm au maréchal de Belle-Isle, Carillon, 23 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498).
(2) Montcalm au maréchal de Belle-Isle, camp de Carillon, 29 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498).
(3) Ibid.
dire, écrit-il au maréchal de Belle-Isle le 29 juillet, dans un mémoire spécial, que le succès (de l'action du 8) en est dû à l'abatis tracé et conduit par les sieurs de Pontleroy et Desandrouins ; que le premier sert le Roi à merveille, malgré les désagréments qu'il essuie, et dont il est juste que vous le dédommagiez — je vous serais très obligé de le bien traiter ; — et que le second, indépendamment de sa besogne, m'a servi d'aide de camp à la journée du 8. Ainsi je regarderai la croix de Saint-Louis, que je demande pour lui, comme une grâce personnelle (1) ».
Afin de récompenser les chefs de corps, Montcalm demande deux places de brigadier, en première ligne pour M. de Roquemaure, le plus ancien, qui « s'est bien comporté » à l'action du 8, en deuxième ligne pour M. de Senezergues, qui ne vient que le troisième dans l'ordre d'ancienneté, après M. de Fontbonne, mais M. de Senezergues « est celui de nos lieutenants-colonels le plus en état de commander avec dignité un corps, celui qui est le plus employé ici et le seul qu'on pourrait laisser à la paix si on laissait deux bataillons pendant un an ou deux. Il sert par honneur et ambition, car il est très à son aise. De vouloir faire deux brigadiers, dont un hors de tour, j'inclinerais pour lui et d'augmenter la pension de M. de Fontbonne, et je pense qu'il faut au moins, si on ne fait que M. de Roquemaure, qu'il paraisse, dans la réponse qui me sera faite, que le Roi sait qu'il y a aussi d'autres lieutenants-colonels qui peuvent aspirer d'arriver au même grade (2) ».
Puis, dans un long mémoire, Montcalm passe en revue l'avancement et les récompenses que méritent les offi-
(1) A. H. G., vol. 3498.
(2) Montcalm au maréchal de Belle-Isle, camp de Carillon, 19 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498).
ciers particuliers. Ce travail respire le sentiment profond de justice et d'équité qui animait Montcalm et lui faisait peser, à leur juste valeur, les mérites de chaque officier. Rien n'est d'ailleurs comparable à l'art avec lequel il s'emploie à les mettre en relief, sans en oublier aucun (1).-
Lorsqu'on apprit à Versailles les détails de cette victoire inespérée, qui faisait tant d'honneur au nom français, l'admiration alla sans partage à Montcalm et à sa vaillante armée. Louis XV lui-même, secouant son apathie, invita les évêques du royaume à chanter un Te Deum en l'honneur du succès remporté par « ses braves soldats du Canada (2) ». A son arrivée à la cour, Bougain ville, dépêché par Montcalm pour faire connaître sous son véritable jour la situation critique de la colonie, entendit le maréchal de Belle-Isle déclarer « en pleine audience que, s'il lui eût été possible de faire d'un maréchal de camp un maréchal de France, le Roi eût fait cette grâce au marquis de Montcalm (3) ». Bougainville eut aussi la joie de voir que la France entière s'associait au vœu de son Roi : « Toute la terre m'a chargé de compliments pour vous, écrivait-il à Montcalm, le 18 mars 1759 Je vous nommerais toute la
France si je voulais nommer toutes les personnes qui
(1) Ce mémoire porte, en titre, ces mots: Canada. 19 juillet 1758. Grâces demandées pour les troupes qui se sont trouvées à l'action du 8 juillet sous les ordres du marquis de Montcalm (A. H. G., vol. 3498).
(2) Dans une lettre du 18 mars 1759, Bougainville, alors en France,
écrivait à Montcalm : « Le Te Deum chanté pour l'affaire de
Carillon doit vous faire plaisir et aux troupes, car le Roi dit dans sa lettre : « Mes braves soldats du Canada » (Casgrain, Lettres de la cour de Versailles, p. 109).
(3) Journal de Bougainville, dans La Jeunesse de Bougainville, p. 128.
vous aiment et vous veulent maréchal de France. Les petits enfants savent votre nom (1) ».
Dans le mois de mars 1759, M. de Bougainville s'embarquait à Bordeaux. Il était porteur du mémoire renfermant les grâces dont le Roi, .sur la proposition de Montcalm et sur les recommandations du maréchal de Belle-Isle, avait comblé les huit bataillons français du Canada (2). Montcalm était élevé au grade de lieutenant général, sans qu'il fût désormais question de son rappel
(1) Bougainville à Montcalm, Blaye, 18 mars 1759 (Lettres de la cour de Versailles, p. 109).
(2) Dans un premier travail avec le Roi, le 20 octobre 1758,1e maréchal de Belle-Isle obtenait les grâces suivantes pour les huit bataillons détachés au Canada :
MM. de Montcalm, le grade de lieutenant général; de Lévis, celui de maréchal de camp ; de Bourlamaque, 700 livres d'augmentation de pension ; Chevalier de Montreuil, 600 livres de pension ; de Bougainville, 400 livres de pension ; de la Rochebeaucourt, 400 livres de gratification; Marcel, 400 livres de gratification; de Roquemaure, lieutenant-colonel de La Reine, 500 livres de pension ; de Fontbonne, lieutenant-colonel de Guyenne, 500 livres de pension; de Senezergues, lieutenant-colonel de la Sarre, 500 livres de pension ; de Bernetz, lieutenant-colonel de Royal-Roussillon, 400 livres d'augmentation de pension ; de Privât, lieutenant-colonel de Languedoc, 500 livres de pension ; de Trivio, lientenant-colonel du 2e bataillon de Berry, 500 livres de pension; de Trecesson, commandant du 3e bataillon de Berry, la commission de lieutenant-colonel.
Croix Pensions
Officiers subalternes. de Saint-Louis, ou «ratifications.
La Reine 3 8
La Sarre 3 12
Royal-Roussillon 2 8
Languedoc 3 13
Guyenne 2 6
Berry 2 5
Béarn 4 <)
Dans un deuxième travail, du 10 février 1759, le maréchal de Belle-
auquel il avait lui-même renoncé. La prise de Louisbourg, à la fin de juillet 1758, celle du fort de Frontenac, dans les derniers jours d'août, lui avaient fait entrevoir la perte prochaine du Canada. Comprenant que l'heure n'était plus aux récriminations, il avait oublié les humiliations et les blessures de son amour-propre, et écrit au Ministre de la Guerre, le 9 septembre 1758 : « J'avais demandé mon rappel après la journée glorieuse du 8 juillet, mais, puisque les affaires de la colonie vont mal, c'est à moi à tâcher de les réparer ou d'en retarder la perte le plus qu'il me sera possible (1 ) ».
Général, officiers et soldats, apprirent par M. de Bougainville, au mois de mai 1759, que la France, impuissante à leur faire parvenir de nouveaux secours, les abandonnait à leurs seules ressources, mais cette nouvelle attristante ne leur causa aucun découragement. La pensée de leurs fatigues, de leurs dangers, de leur isolement, s'effaça devant la munificence des récompenses royales qui effaçaient l'éclat des promotions les plus enviées. Aucun blâme, aucun murmure ne s'éleva à l'adresse de la mère-patrie, et M. de Bougainville, témoin de la joie de ses compagnons d'armes, pouvait écrire au Ministre de la Guerre, le 16 mai 1759 : « On connaît l'énormité de leurs forces (aux Anglais), et cette
Isle faisait signer au Roi un tableau complémentaire où étaient accordés à :
MM. de Bourlamaque, le grade de brigadier; de Senezergues, le grade de brigadier; de Bougainville, le grade de colonel; de Montreuil, 400 livres d'augmentation de pension; de Bernetz, sa retraite et 1,200 livres de pension ; de Poulhariès, le commandement de Royal- Roussillon et la commission de lieutenant-colonel ; 3 capitaines, des augmentations de pensions ou gratifications ; 1 capitaine, sa pension de retraite (A. H. G., vol. 3499, pièce 142).
(1) Montcalm au maréchal de Belle-Isle, Montréal, 9 septembre 1758 (A. H. G., vol. 3499).
connaissance ne fait qu'augmenter le zèle des troupes. Les grâces que vous leur avez procurées, Monseigneur, les témoignages qu'elles ont de la satisfaction de Sa Majesté, répandent une joie et une ardeur qui font disparaître les misères et les dangers de toute espèce qui nous environnent (1) ».
En apprenant son élévation au grade de lieutenant général, Montcalm en reporta discrètement l'honneur sur ses vaillants soldats. « Dites aux troupes, mandait-il le 15 mai 1759 à M. de Bourlamaque alors à Carillon, que j'ai une grande reconnaissance de mon avancement, que je leur dois à la façon distinguée dont elles ont servi sous mes ordres (2) ». Envers le Ministre de la Guerre, il se porta garant, le lendemain, que sa petite armée et lui-même reconnaîtraient, par un dévouement
sans bornes, les faveurs insignes du Roi. « Je suis
aussi comblé que reconnaissant de la grâce que Sa Majesté m'a accordée en m'avançant au grade de lieutenant général. Cette grâce ajouterait à mon zèle pour son service si la chose était possible. Je ne suis pas moins pénétré de reconnaissance pour toutes celles que vous avez procurées à MM. de Lévis, de Bourlamaque, de Senezergues, de Montreuil, de Bougainville, et au corps de troupes que j'ai l'honneur de commander. Nous ne sommes vraisemblablement pas éloignés d'événements qui nous mettront à portée de mériter de plus en plus les bontés de Sa Majesté, et j'ose vous répondre d'un entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou périr (3) ».
(1) M. de Bougainville au maréchal de Belle-Isle, Montréal, 16 mai 1759 (A. H. G., vol. 3510).
(2) Ca-grain, Lettres de Montcalm à Bourlamaque, p. 314.
(3) Montcalm au maréchal de Belle - IsIp, Montréal, 16 mai 1759 (A. H. G., vol. 3540)
On sait comment Montcalm et ses soldats tinrent parole. Quelques mois plus tard, lui-même tombait en héros sous les murs de Québec. Avant de renoncer à une lutte sans espoir, les vainqueurs de Carillon : La Reine, Béarn, Guyenne, Royal-Roussillon, Rerry, Languedoc et La Sarre, disputeront encore, pendant une année, avec le seul secours de leur courage, le Canada à ses envahisseurs, et étonneront nos ennemis par la vitalité de leur résistance. Fidèles à leur passé et à la mémoire de Montcalm, ils jetteront un rayon de gloire consolateur sur les derniers jours, si sombres et si remplis de tristesse, de la Nouvelle-France.