‹ Montcalm devant la posterité: étude historiqueChapitre 19 sur 22 · ID · texte numérisé non relu

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ment, Montcalm, quoi qu'en aient dit certains historiens ou chroniqueurs malveillants, n'obéit pas à l'impétuosité du moment. Il crut avantageux pour lui de se dégager de ces troupes anglaises qui menaçaient la ville et pouvaient l'attaquer d'un moment à l'autre. Sa conduite était logique et commandée par les circonstances elles-mêmes. Attendre Bougainville et être rejoint par lui , n'était-ce pas ce que souhaitait Montcalm et ce qu'il supposait? Mais il était écrit que le Canada succomberait dans cette lutte aussi longue qu'inégale. Québec devait être le tombeau de Montcalm après avoir été pendant quatre années le théâtre de ses exploits*

Dès le 1 3 au matin, Montcalm monte à cheval et marche l'épée haute contre l'ennemi, à la tête seulement de quelques milliers de braves. L'armée anglaise était rangée en bataille dans les plaines d'Abraham, depuis le lever du jour. Le signal du combat fut donné; un choc épouvantable se produisit aussitôt. La mêlée fut terrible; on se battit presque corps à corps. Nos soldats, emportés par une furie incroyable, se battirent en désespérés et vinrent, pour la plupart, tomber aux pieds des Anglais. Les balles sifflaient de

tous les côtés. L'armée anglaise, forte de sa masse et solidement préparée à cette attaque, résista énergiquement, et prit le dessus dès le début de la bataille. Wolfe, à la tête des grenadiers de Louisbourgy ordonna une charge à la baïonnette et s'élança lui-même courageusement dans la mêlée. Plusieurs balles l'atteignirent à la poitrine et il tomba bientôt foudroyé. Avant d'expirer, il apprit que l'armée anglaise était victo* rieuse et que les Français fuyaient déjà : (c Je meurs content, » dit-il alors. Ce furent ses dernières paroles.

Nos soldats, malgré leur bravoure, furent écrasés par le nombre et contraints de reculer à plusieurs reprises. Montcalm, qui s'était aperçu de la supériorité des Anglais et qui voyait déjà ses troupes battre en retraite, résolut de tenter un suprême effort. A cet effet, il rassembla les restes épars de son armée et chercha à disputer à la mort les quelques bataillons incomplets qui lui restaient encore. Mais les intrépides montagnards écossais s'étaient élancés à la poursuite de nos vaillants soldats et les mettaient en pleine déroute.

Au moment où il se retirait avec ses troupes , Montcalm, qui avait déjà été blessé, reçut encore

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une balle dans les reins. Le valeureux général put se soutenir à cheval et rentrer à Québec, escorté par ses grenadiers. Sa grande préoccupation, en apprenant que sa blessure était mortelle, consistait à ne pas voir les Anglais dans Québec ( i ) . Son désir se trouva satisfait, car, malgré tous les soins des chirurgiens, il mourut le lendemain, i[\ septembre 1759, à 4 heures du matin. Avant de mourir, il avait fait ses adieux à ses troupes et aux officiers qui l'avaient brillamment secondé pendant cette campagne. Il pensa sans doute aussi à Candiac, à sa famille, qu'il ne verrait plus, et n'oublia pas le Canada vaincu. Le successeur de Wolfe reçut une lettre de Montcalm mourant, dans laquelle le brave soldat lui recommandait d'avoir des égards pour les Canadiens vaincus et de traiter avec humanité les prisonniers finançais (2). Le soir, on l'enterra avec pompe dans la chapelle des Ursulines de Québec. Les officiers et les soldats pleurèrent leur chef bien-aimé ; les habitants regrettè-

(1) Paroles prononcées avant sa mort.

(2) Voici ce document précieux ;

« Général, l'humanité des Anglais me rassure sur le sort des « prisonniers français et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci (( les sentiments qu'ils m'avaient inspirés. Qu'ils ne s'aperçoivent « pas qu'ils ont changé de maître. Je fus leur père, soyez leujr « protecteur. »

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rent vivement leur vaillant et courageux défenseur. La ville, à la mort de Montcalm^ se trouva dans la consternation et l'épouvante; tout le monde entrevoyait déjà les conséquences d'un pareil désastre. On ne savait que faire, tellement ce coup terrible et inattendu venait de paralyser les esprits et les volontés. Telle fut cette bataille qui mit aux prises deux chefs incomparables, jeunes tous les deux, patriotes et dévoués à la cause qu'ils avaient mission de défendre. Wolfe et Montcalm se sont immortalisés sur les hauteurs d'Abraham, à quelques mètres de Québec. Par sa victoire, Wolfe a conquis pour l'Angleterre le Canada et anéanti notre influence en Amérique; par sa mort héroïque, Montcalm, abandonné par la métropole , s'est enseveli sous les ruines d'une colonie chancelante^ affaiblie et incapable de résister plus longtemps à l'ennemi. Saluons ces deux héros que le hasard de la guerre réunit dans un sort commun, dans une gloire identique; admirons leur belle conduite et leur mort héroïque, et inspirons-nous de leurs dernières paroles et du courage avec lequel ils moururent tous les deux!

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