CHAPITRE VI
Administration du Canada. — Washington, major des milices de la Virginie. — Assassinat de M. de Jumonwville.
Les principes de l’administration française furent introduits au Canada, en 1663, par une ordonnance royale. La colonie, désormais gouvernée et régie par les mêmes lois et la même juridiction que la mère patrie, jouit également des mêmes privilèges. Cependant la liberté du commerce et de l’industrie ne lui fut pas accordée, et c’est ce qui contribua beaucoup à sa perte. Cette restriction resta funeste pour la Nouvelle-France. Les colonies anglaises, au contraire, jouissaient d’une liberté commerciale complète; aussi voyaient-elles leur coramerce prospérer tous les jours, au détriment du nôtre. Les habitants du Canada, se voyant réduits à demander à la métropole tous les produits manufacturés et les matières premières, éprouvaient, par suite du retard apporté dans les envois, des pertes
considérables, et se trouvaient pour la même raison
de privés d’un numéraire fort élevé qui ne faisait plus retour à la colonie.
Les sauvages, de leur côté, achetèrent pendant très longtemps leurs étoffes et leur eau-de-vie en France; mais à la suite de la liberté commerciale donnée aux Anglais, ils trouvèrent plus avantageux et plus commode à la fois de s'adresser pour leurs divers achats de marcnandises à des traitants et à des intermédiaires qu’ils voyaient continuellement parmi eux, et qui étaient à la solde de l’Angleterre.
Des règlements anciens et invariables présidaient à la fabrication des étoffes et des produits fabriqués en France. Leurs tarifs restaient toujours les mêmes. C'était, à coup sûr, ouvrir une porte toute grande à la concurrence anglaise et favoriser l’introduction de tous ses produits dans notre colonie. Les Anglais profitèrent avantageusement de cette situation; ils connurent bien vite les goûts des populations sauvages, et ils s’y conformèrent si rapidement, qu’au bout de quelques années ils ruinèrent presque, par la concurrence de leurs établissements manufacturiers et la modicité de leurs prix, toute l'importation française, si considérable et si avantageuse pour la métropole.
mt: are mé ARE SEE RS
le en rciale janta-
pour itants uellel’An-
daient fabri-
rs les
toute introe. Les situapopuapidenèrent ments
toute avan-
rose 2x DT Condé ss
he
Les fonctionnaires, dont le traitement n'était pas en rapport avec les dépenses excessives auxquelles is assujettissaient leur train de vie, s’enrichissaient sur les fournitures militaires dont ils avaient seuls le monopole. A cet effet, ils traitaient directement avec des marchands privilégiés et, toujours en se conformant à des tarifs, à des règlements anciens, arbitrairement établis par leurs prédécesseurs et quelquefois modifiés pour leurs avantages personnels, déjouaient ainsi par ces procédés rigoureux la concurrence qui eût été si profitable aux intérêts commerciaux et industriels du Canada. Notre colonie souffrait des spéculations nombreuses et malhonnètes auxquelles se livraient, en général, les intendants et les fonctionnaires peu scrupuleux qui ne craignaient pas de commettre des indélicatesses et des actes répréhensibles, sur lesquels le gouverneur fermait les yeux, mais qui finirent par être connus et dénoncés publiquement. Ce fut, en partie, la cause de tous nos malheurs au Canada.
L’Angleterre, mise au courant de cette situation déplorable et ficheuse, attendait patiemment le jour où elle pourrait s'emparer de la Nouvelle- France, qui, disons-le, malgré ses souffrances, se
Re
trouvait dans une grande prospérité à cause des richesses nombreuses qu’elle renfermait. Il ne se passait pas d’année sans que des escarmouches ne fussent engagées avec nos voisins. Le traité d’Aixla-Chapelle, dans l’un de ses articles, ordonnait que le règlement définitif des limites des deux colonies füt confié à l’examen d’une commission spéciale, désirant ainsi faire cesser des démêlés interminables entre les deux puissances ennemies. Mais les colons, excités, harcelés, corrompus même par les fonctionnaires anglais, envahis: ‘ent souvent le territoire acadien. Ils se livraient sur les peuplades sauvages de lAcadie à des excès sans nombre, pillaient, incendiaient les villages et maltraitaient les habitants qui montraient des sympathies pour la France. Ces actes féroces et inhumains, indignes d’un peuple civilisé, mais très usités chez les Anglais, soulevaient l’indignation de nos colons et obligeaient le gouvernement de la colonie française à sévir énergiquement contre les invasions fréquentes des colons virginiens et leurs empiètements sur notre territoire.
La guerre devait fatalement recommercer avec une plus grande intensité de part et d’autre que
dans le passé. Il fallait, bon gré mal gré, empêcher
e des ne se es ne l’Aixt que lonies ciale, ermius les ar les e terplades nbre , taient pour lignes An-
>ns et
fran-
asions ON
piète-
* avec € que
A bécher
l'Angleterre, qui jugeait le moment venu de frapper un grand coup, de s'établir dans les vallées du Saint-Laurent et de l'Ohio, où nous avions construit des forts et des lignes de défense redoutables. Le fort Duquesne principalement fut élevé, à cette occasion, pour déjouer les savantes et habiles combinaisons de Washington, jeune major des milices de la Virginie, déjà très habile, très connu et fort dévoué aux Anglais. Cet officier de vingt ans à peine, doué d’un génie précoce, profita des fonctions de parlementaire auprès des Français pour parcourir, étudier et connaitre le pays dans lequel la guerre allait bientot éclater. Il avait même essayé de s'attacher les Indiens et tous nos sauvages par de séduisantes promesses.
Dès l’année 1754, Dinwidie, gouverneur de la Virginie, commença les hostilités, sans en avoir recu l’ordre de son gouvernement et à l’insu des autorités françaises. M. de Contrecœur, qui commandait nos troupes, ayant eu connaissance des agissements des ennemis, dépêcha à leur chef un parlementaire, M. de Jumonville, et le chargea de sommer les Anglais d’avoir à évacuer notre territoire. Cet officier allait accomplir sa mission,
lorsque dans la nuit du 27 au 28 mai, en traver-
ee sant les forêts habitées par des sauvages ennemis, il fut assassiné avec sa faible escorte par les troupes du jeune Washington. Non content de permettre la réalisation d’un lâche guet-apens, Washington commanda le feu à ses troupes et tira lui-même sur les Français. Cet acte féroce, cet outrage violent porté aux droits sacrés d’un parlementaire, cet abominable meurtre, contraire à toutes les règles de la guerre, inflige à la mémoire de Washington une flétrissure impérissable. C’est en vain que ce grand militaire, qui, par ses vertus, son énergie et son génie, fit proclamer, en 1776, l’indépendance des Etats-Unis d'Amérique, a essayé, dans ses mémoires, de se laver de cette tache ineffaçable qui l’avait marqué au front. Toutes les raisons qu'il a fait valoir en sa faveur n’ont jamais pu et ne pourront à aucun prix l’absoudre. Il savait parfaitement que sa victime était envoyée en parlementaire, car elle en avait le caractère et les distinctions suffisantes pour éviter toute erreur sur sa personne. C'est donc volontairement, et non à son insu, comme il l’a prétendu plus tard, que Washington a tiré et fait tirer sur M. de Jumonville et son escorte, assouvissant ainsi sa haine pro-
fonde pour la France.
mis, 1pes ttre ton éme viOire, les de
. en son l'in ayé, nefralmais vait rledissur D à que onro-
En Angleterre, on a essayé aussi de le justifier, et en faisant l'historique de cet important événement certains historiens ont cherché à démontrer que Washington ignorait absolument que M. de Jumonville vnit à lui en parlementaire. Toutes les preuves que l’on à produites en sa faveur n'ont convaincu personne. Elles démontrent seulement les bonnes intentions des Anglais pour Washington, leur ami dévoué et leur défenseur autorisé à ce moment-là. Les Anglais ont été si souvent coutumiers du fait, qu’il n’y a pas lieu d’insister ni de fournir à l'appui de nos allégaïions les dires de l'historien Bancroft, la lettre de M. de Contrecœur adressée au gouverneur du Canada, et la missive reçue par l’abbé de Lisledieu, vicaire général de la Nouvelle-France, sur cet événement. Ce dernier document, digne de foi, prouve, de la façon la plus ges 1rrÉCUSsables, que l'officier français envoyé comme parle-
catégorique et à l’aide de témoigna
mentaire portait pavillon, et qu'il avait fait toutes les démonstrations et pris toutes les mesures nécessaires et réglementaires pour prouver le caractère dont il était revêtu. On le voit, toutes ces ac-
cusations légitimes sont accablantes pour le grand Washington et le condamnent surabondamment.
she La postérité s’est, depuis longtemps, prononcée sur l'assassinat auquel il se livra. Elle l’a jugé comme il le méritait et, dans son impartialité et sa justice, elle a décerné le plus bel hommage au martyr du devoir, au parlementaire assassiné par un ennemi oublieux du droit des gens (Tr).
(1) Voir : Le Canada sous la domination française, par Dussieux (Lecotfre, Paris), p. 116, 117 et suiv.
Dus-
PATES Es