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Dumas, le précepteur fidèle, se consola difficilement de ce coup fatal, et sa désolation vive et sincère traduisit parfaitement tout le chagrin et la douleur qu’il lui causait.
Le marquis de Montcalm participa à l'éducation de son illustre frère et profita des doctes lecons de Dumas. Il reçut, de plus, les leçons du père Étienne, ex-oratorien de Marseille, qui fit son éducation littéraire, Dumas ne lui donnant que des leçons de sciences et de mathématiques. Profitant des enseignements de ses deux maitres, Montcalm fit de rapides progrès, plus lents sans doute que ceux de Candiac, et 1l n’atteignit pas aussi rapidement cette hauteur d'intelligence et de génie à laquelle parvint en quelques années le prodigieux enfant, mais il n’en resta pas moins un élève studieux et plein de talent. Il montra que ses précepteurs ne travaillaient pas dans une terre ingrate et il conserva pendant toute sa vie le goût de l'étude qu'ils avaient su lui inspirer.
Montcalm aimait beaucoup les lettres, il lisait les auteurs grecs dans leur texte, et professait un véritable culte pour Plutarque, qu’il préférait à tous les
autres. La vie des héros de l’antiquité, leur caractère viril, leur ardent patriotisme et leurs talents
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militaires ou civils, étaient bien de nature à frapper et à captiver longtemps une imagination vive et pénétrante comme celle de Montcalm. A côté des âmes solidement trempées que le biographe grec met à nu dans ses œuvres, Montcalm rapprochait les personnages héroïques de Corneille. Il établissait des parallèles entre les grands capitaines de la Grèce et les détenteurs de l'antique vertu romaine, qui, dans Æorace, s'élèvent par l'amour de la patrie au-dessus des plus tendres affections de la famille, Ce mouvement des passions humaines, tantôt aux prises de la nécessité, tantôt à l’épreuve de la vertu et du courage, ce développement incomparable des situations dramatiques, des caractères et des sentiments, les grandes luttes morales qu'ont à soutenir, à chaque instant, les personnages qu’il met en scène, ont certainement fait de Corneille le plus grand de nos poètes dramatiques.
C'est à cause de toutes ces qualités maiïtresses, de ce génie poétique qui anime tout ce qu’il met en lumière, que Montcalm s’éprit vivement des œuvres de Corneille. Aussi nous pouvons conclure que c’est dans ces lectures absorbantes et fructueuses
qu'il trempa son âme et fortifia la virilité et la force de son caractère, en s’arnant de cette
flamme patriotique que l’on aimerait à voir briller dans tous les cœurs.
Ainsi, dès sa jeunesse, Montcalm était prêt à la lutte ; il avait appris à acquérir de l’ascendant et de la domination sur lui-même. Viennent les épreuves les plus redoutables, les périls les plus dangereux, les situations les plus difficiles, sa grande âme résistera à tout et son courage ne faillira jamais. La lecture des faits héroïques de l'antiquité fit de lui un militaire, puis un héros. A un pareil brave sera désormais réservée la tâche de défendre l'honneur de la nation française. A ce capitaine
naissant écherront des missions toujours ingrates, difficiles et périlleuses ; mais il s'acquittera de toutes avec succès, jusqu’au jour où un ordre de la cour de Versailles l’enverra dans l'Amérique du Nord raviver une colonie mourante et lutter contre un ennemi dix fois supérieur en nombre.
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