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relatif aux enfants des officiers tués au service de l'Etat, les enfants du général Montcalm, tué à la campagne de Québec, au lieu de la somme de 3,000 francs qu’ils devaient se partager entre eux aux termes dudit article, toucheront 1,000 livres chacun ; l’Assemblée Nationale autorise les commissaires par elle nommés pour la distribution des nouvelles pensions à exprimer, dans le brevet
: de 1,000 livres qui sera délivré à chacun des dits enfants,
que cette exception a été décrétée par elle comme un témoignage de son estime particulière pour la mémoire d’un officier aussi distingué par sestalents et son humanité que par sa bravoure et ses services éclatants. La même mention sera faite dans les brevets qui seront ex« pédiés à la famille d’Assas !,
® Nous empruntons au Moniteur du 2 août 1790 le compterendu de la discussion qui, dans la séance du 31 juillet, motiva la rédaction de l’article 19.
« M. Freteau : M. de Montcalm a laissé quatre enfants vivants, à chacun desquels l'Etat a donné 1,000 livres de pension, pour témoigner sa reconnaissance à celui qui a soutenu l'honneur des armes françaises à Québec, et dont le tombeau eût été couvert des lauriers de la victoire si ce grand homme eût vécu deux heures de plus. Mme de Damas, sa fille, a reçu au lieu de 1,000 livres, 4,000 livres. Je viens, de sa part, remettre mille écus à la nation. (Des applaudissements interrompent l’orateur.) Un propose que l’on conserve un capital de 4,000 livres pour la famille de M. de Montcalm, en énonçant, dans le nouveau brevet, que c’est par égard pour les services de leur père. Mun° de Damas attend de cette énonciation un plus grand motif d’encouragement pour sr* enfants, ?
« M. Camus : Les enfants de M. de Montcalm ont été plus maltraités que leur sœur ; en reconnaissant la générosité de i action qu’elle fait aujourd’hui, je crois qu’on doit aussi laisser à la nation la faculté de reconnaître les services de leur père. ze demande
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Malgré la perte du Canada, et leur retour en France, ajoute le R. P. Martin, les compagnons d'armes de Montcalm n'avaient pas oublié le théâtre de tant d’exploits ni un général qui avait été leur idole. Ils avaient songé immédiatement à élever un monu-
donc que la proposition de M. Freteau soit renvoyée au comité des pensions,
M. de Montcalm : Je remercie l’assemblée au nom de mes cousins, de la bienveillance dont on veut bien les honorer ; ma famille ne sert point pour l'argent, l'honneur est la seule récompense qu’elle ambitionne.
« M. de Montcalm reçoit les applaudissements de l’assemblée.
« M, de Nouilles : La proposition de M. Freteau doit être prise en considération. Les services de M. de Montcalm ont fait connaître son nom dans les deux mondes ; sa valeur et ses talents militaires ont honoré les armes françaises. Je ne retracerai point les actions de guerre qui ont distingué ce brave général; mais je citerai un fait particulier qui touchera l'assemblée et qui lui montrera que les vertus civiques et guerrières ont des droits sur tous les peuples. Lorsque les troupes françaises sé sont présentées dans le Nouveau-Monde, elles ont reçu des témoignages d’attachement de plusieurs hordes de sauvages ; iln’en est aucun qui n’ait donné des marques de respect pour la conduite de M. de Montcalm à la tête de nos troupes dans la guerre du Canada, et des témoignages d’admitation pour sa mémoire. Il n’en est point qui n’ait demandé des nouvelles de son nom, de sa famille, et qui n’en ait conservé un souvenir juste et touchant. Si son fils n’a point de service, disait-on; nous le mettroris à notre tête, Je vous demande si de pareilles preuves d’un mérite éclatant peuvent tre douteuses, et si à l’instant où les sauyages montrent de la reconnaissance pour des actions glorieuses dont vous avez joui, je demande si vous serez au-dessous de ces peuples non policés pour les sentiments de générosité et de reconnaissance. J’insiste sur la motion de M, Ftreteau. »
La proposition est adoptée,
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ment.à sa mémoire pour honorer le lieu de sa sépulture, et laisser dans le Canada un souvenir éloquent de leurs regrets.
Bougainville, alors lieutenant-colonel d'infanterie, adressa la lettre suivante à MM. de l’Académie des Inscriptions à Paris, pour obtenir leur concours :
Messieurs.
Si les monuments décernés par la voix publique aux défenseurs de l'Etat, en Grèce et dans l'Italie, sont un des principaux objets de vos études, la plus noble de vos prérogatives est le droit que vous avez d’en consacrer de pareils à ceux de vos concitoyens que des qualités rares, des services importants, de grandes actions produites parde grands motifs, ont rendus chers à la France. La Nation se repose sur vous du soin que d'anciennes Républiques prenaient elles-mêmes; c’est à vous qu'il appartient d’acquitter ce que l’on croit devoir aux hommes illustres qu’elle a perdus, mais qui se sont immortalisés en la servant,
Le marquis de Montcalm mérite de vous cet honneur. Il a vécu trop peu pour la patrie, assez pour sa propre gloire, puisqu'il n’est mort qu'après avoir eu le temps et les occasions de manifester à nos yeux des talents, un courage et une vertu que des épreuves décisives, et, de plus d’un genre, ont mis dans tout leur jour. Nos ennemis, en même temps qu'ils prodiguaient les témoignages de la plus haute estime à leur chef tué dans la même affaire, ont comme nous pieuré notre général. Les habi-
‘tants de leurs provinces, dont le nom de Montcalm fut
la terreur, ont mêlé leurs regrets aux larmes de nos soldats, dont il était le père et l'exemple.
Les Anglais, maitres aujourd’hui des lieux où ses cendres reposent, veulent bien nous y laisser le droit d'y rendre un hommage public à la mémoire d’un homme qu’ils honorent autant que nous le regrettons. Le corps du marquis de Montcalm est déposé dans l’église des Ursulines, à Québec. Une inscription manque à sa tombe. Prètez, Messieurs, votre voix à la juste douleur des troupes qu’il commandait, aux regrets des Canadiens qu'il a défendus et aux sentiments que lui doit à jamais sa Nation.
Pour répondre à ce désir, l’Académie composa en latin une inscription historique ‘, qui fut gravée sur le marbre et dont nous donnons la traduction :
Ici repose Pour vivre à jamais dans la mémoire des deux mondes, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, ® Marquis de Saint-Véran, baron de Gabriac, Commandeur de l’Ordre de Saint-Louis, Lieutenant général dans les armées françaises ; Citoyen éminent, militaire distingué,
Qui jamais n’aspira qu'à la seule vraie gloire,
Doué d’un génie également heureux et cultivé; Éleÿé successivement à tous les grades par son mérite, Consommé dans toutes les connaissances de l’art militaire;
| Grand capitaine En Italie, en Bohème, en Allemagne; S’acquittant toujours de ses fonctions comme un homme Capable d’en remplir de plus importantes :
1 Juurnal encyclopédique, juin 1761.
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Illustre déjà par les dangers qu’il avait affrontés, Et envoyé à la défense du Canada, Avec une poignée d'hommes il repoussa plus d’une fois Les armées ennemies.
Il s'empara de places garnies de troupes et bien fortifiées. Endurci au froid, à la faim, aux veilles, aux fatigues, Plein de sollicitude pour ses soldats, jusqu'à l'oubli De lui-même, adversaire redoutable, vainqueur magnanime, Il suppléa A la fortune par le courage, et au nombre d'hommes Par l’habileté et l’activité,
Pendant quatre ans, il a retardé, par ses dispositions Et sa valeur, la perte imminente, de la colonie ; Enfin, après avoir longtemps déjoué par toutes les ressources De sa prudence,
Une armée nombreuse, commandée par un général intrépide Et hardi, une flotte formidable,
Mis dans la nécessité de combattre,
Il tomba blessé au premier rang et au premier choc. Fortifié par la religion qu'il avait toujours pratiquée,
Il mourut, 4 Au grand regret des siens, et même de ses ennemis, Le 14 septembre de l’an du Seigneur 1759, A l'âge de quarante-huit ans.
Les Français en pleurs, Déposèrent dans la fosse, que l'éclat d’une bombe avait creusée, Les restes de leur excellent général, Et les confièrent à la loyauté d’un ennemi généreux,
Mais, pour élever un monument de cette nature sur un s0l qui n’appartenait plus à la France, il fallait l’assentiment du gouvernement anglais. Jean- Pierre de Bougainville, frère de l’ancien aide de camp de Montcalm, et secrétaire de l’Académie, fut chargé d’en faire la demande.
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Voici sa lettre à W. Pitt :
Sir,
Les honneurs rendus sous votre ministère à M. Wolfe m’assurent que vous ne désapprouverez pas que les troupes françaises, dans leur reconnaissance, fassent leurs efforts pour perpétuer la mémoire du marquis de Montcalm. Le corps de ce général, que votre nation même à regretté, est enterré à Québec. J'ai l'honneur de vous envoyer une épitaphe faite par l’Académie des Inscriptions. J’ose, Monsieur, vous demander la faveur de l’examiner, et si vous n’avez pas d’objections, vous voudrez bien m'obtenir la permission, de l’envoyer à Québec, gravée sur un marbre qui sera placé sur la tombe du marquis de Montcalm. Si l’on m’accorde cette permission, j'ose me flatter que vous voudrez bien m'en informer, et m'envoyer en même temps un passe-port, afin que le marbre avec l’épitaphe puisse être reçu sur un vaisseau anglais, et placé par les soins de M. Murray dans l’église des Ursulines.
Veuillez me pardonner, Sir, si je me suis permis de vous interrompre dans vos occupations si importantes; mais en travaillant à immortaliser les hommes illustres et patriotes éminents, vous vous ferez honneur à vousmême. |
Je suis, etc.
BouGAINVILLE.
Le grand ministre anglais répondit à la demande; par cette lettre écrite en français ! :
Monsieur,
Ce m'est une grande satisfaction de pouvoir vous envoyer l'agrément du roi sur un sujet aussi intéressant
1 Journal encyclopédique, juin 1761:
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qu'est l’épitaphe, qui est d’une beauté achevée, que l’Académie des Inscriptions à Paris a faite pour M. le marquis de Montcalm et qu’on désire envoyer à Québec, gravée sur un marbre qui doit être posé sur la tombe de cet illustre militaire. On ne peut qu’applaudir à la noblesse des sentiments des troupes françaises qui ont servi en Canada, en voulant rendre un pareil tribut à la mémoire de leur général, qu’elles ont vu mourir à leur tête d’une manière digne d'elles et de lui-même.
Je me ferais un plaisir, Monsieur, de faciliter en toutes choses des intentions aussi respectables, et, d’abord qu'on me fera savoir les arrangements qu’on aura pris pour faire embarquer ce marbre, je ne. manquerai pas de vous faire parvenir aussitôt le passe-port que vous désirez et d’envoyer au gouverneur de Québec, les ordres pour sa réception,
Au reste, Monsieur, je vous supplie d’être persuadé de ma juste sensibilité sur ce qu’il y a d’obligeant sur mon compte dans la lettre dont vous m'avez honoré, et de croire que je saisis comme un bonheur l’occasion de témoigner les sentiments d’estime et de considération distinguée avec lesquels j’ai l’honneur, etc.
Londres, 10 avril 1761.
W. Pirr.
Mais le projet de monument ne reçut pas une exécution immédiate, le bâtiment qui portait la plaque de marbre ayant fait naufrage avant d'arriver à Québec. ù
En 1827, le comte de Dalhousie, gouverneur des possessions anglaises dans l’Amérique septentrionale, eut la noble pensée d’honorer à la fois la mémoire de Wolfe et de Montcalm. Il convoqua au
château Saint-Louis une assemblée de citoyens et nomma un comité chargé de l'exécution de son projet. Le monument s'élève dans le jardin public de Québec, dominant toute la rade; c’est un obélisque de pierre de 22 mètres de hauteur.
Sur la façade principale, on lit cette inscription en latin, due à J. Carleton Fischer :
Ils doivent à leur valeur le même trépas, A l'histoire la même renommée, Et à la postérité le même monument 1,
Les deux faces latérales portent ces noms en relief de bronze :
Wolfe Montcalm
Sur le dé qui sert de base, est appliquée une plaque de marbre blanc avec l'inscription suivante en latin :
La première pierre De ce monument, élevé à la mémoire Des hommes illustre:
Wolfe et Montcalm, A été posée Par George, comte de Dalhousie Gouverneur général Des provinces anglaises De l'Amérique septentrionale, (Hommage négligé pendant de longues années, Aujourd’hui encouragé par sa protection,
1 Mortem virtus, — communem famam historia, — monumentum posteritas dedit.
Stimulé par son exemple, Et secondé par sa munificence,' Quoi de plus digne d’un illustre général!) Le XI novembre De l'an de grâce M D CCC XXVII Sous George IV, roi d'Angleterre.
Un autre gouverneur anglais, lord Aylmer, obéissant au même sentiment que le comte de Dalhousie, fit placer en 1831, dans l’église des Ursulines, audessus de l’endroit où reposaient les restes de Montcalm, cette éloquente épitaphe :
Honneur à Montcalm Le destin en le privant de la victoire, L'a récompensé par une mort glorieuse,
Quant à l'inscription composée par l’Académie, elle a été gravée sur le monument funèbre que la population de Québec a élevé à Montcalm en 1859.
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