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Montcalm et le Canada français [microforme]

Vers la fin de l’année 1870, dans l’assemblée des Artisans de Montréal, un sujet dé la reine d'Angleterre finissait ainsi son discours d'ouverture des classes du soir : « Et si quelqu'un veut savoir maintenant jusqu’à quel point nous sommes Français, je lui dirai : Allez dans les villes, ailez dans les campagnes, adressez-vous au plus humble d’entre no: et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fixe l’attentior. ‘du monde; annoncez-lui que la

1. Le lecteur sait quele Canada, notre ancienne colonie continentale de l’Amérique du Nord, conquis par les Anglais au siècle dernier, fait encore partie des possessions britanniques. Malgré la complète séparation de la colonie et de la mère-patrie, la langue, les mœurs, et les lois civiles de la France sont restées vivantes sur toute une partie du territoire américain. Cette région, arrosée par le Saint-Laurent inférieur, porte le nom de Bas-Canada et a pour villes principales Québec et Montréal.

France a été vaincue; puis mettez la main sur sa poitrine et dites-moi ce qui peut faire battre son cœur aussi fort, si ce n’est l’amour de la patrie. » L’invincible attachement de la race franco-canadienne à la mère-patrie fut toujours connu : on savait que le temps, la distance, la domination étrangère n’avaient pu bannir la vieille France de la mémoire de ce pays qui, seul entre toutes nos colonies, porta le nom si doux, le nom si plein d’avenir et si décevant de Nouvelle-France. Mais quel témoignage eût valu celui de cette instinctive douleur, éveillée par nos malheurs mêmes, et qui révéla peut-être à plus d’un Canadien, jusqu'alors insouciant de son origine, quel

sang coulait dans ses veines.

Hélas! qui l’oublie ? Depuis cette première séparation, d’autres pays aimés nous ont été ravis; d’autres lambeaux de notre chair nous ont été arrachés pour payer un inexorable créancier. La patrie a connu de nouveaux adieux, de nouvelles douleurs. Mais ainsi que sur les bords du Saint-Laurent on s’est souvenu, ailleurs on se souviendra : l’image de la France vaincue reste longtemps assise au foyer deses enfants exilés, puisque, à 1500 lieues de nos côtes, après un siècle écoulé, l'Angleterre compte encore un million de sujets dont elle n’a pu faire des Anglais.

De ce côté-ci de l'Atlantique, comment eussionsnous jamais oublié un pays où, disent nos voyageurs, notre image se reflète comme dans un miroir ! Cependant l’histoire de cette cruelle séparation de la France et du Canada était peu connue. On savait en gros qu’à une triste époque de nos annales, sous le règne

de Louis XV, alors que les drapeaux français étaient souvent abaissés, celui de l’armée d'Amérique fut tenu haut et ferme ; on savait encore que s’il tomba, lui aussi, ce fut pour servir de linceul au général de cette vaillante armée. Mais les détails de la catastrophe dans laquelle sombra notre grande colonie les péripéties de ce drame poignant, ont été longtemps ignorés.

Aujourd’hui, grâce à la publication des archives de la Guerre et de la Marine, grâce aux travaux des historiens canadiens et à la découverte d’une précieuse correspondance de famille, la lumière s’est faite, et le dévouement de Louis de Montcalm et de ses troupes nous apparaît avec une étonnante grandeur.

Pour la France, hier encore vêtue de deuil, n’estce pas maintenant l'heure de se souvenir, l'heure de s’incliner pieusement devant toutes les grandes victimes de l’honneur national? Qu'importe que leurs ossements aient déjà blanchi : les serviteurs fidèles qui expirèrent jadis pour la France, faisaient-ils moins que les bien-aimés de la patrie qui sont morts hier!

Avant d'aborder le sujet de cette élude, en expliquant par quel enchaînement de fautes et de malheurs le Canada fut perdu, il n'est pas inutile de rappeler au lecteur, d’après les derniers travaux historiques, ce qui a précédé dans ce pays là conquête anglaise. |

Un point surtout mérite l’attention. C’est, l’origine assez obscure de la fatale querelle qui nous coûta

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notre colonie nationale. On sait que la guerre de Sept Ans eut l'Amérique pour berceau, mais on peut ignorer comment elle naquit : sera-ce une consolation de savoir que jamais notre pays ne fut plus provoqué, plus menacé, et qu’en vérité nos adversaires abusèrent de la permission accordée à Fontenoy quand, en les saluant, on leur avait dit : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers | »

CIAPITRE PREMIER

En jetant les yeux sur les vieilles caftes de l’Amérique septentrionale, dressées, il y a deux siècles, par les Delisle, on est frappé d’étonnement de voir qu’à cette époque les deux tiers de ce continent appartenaient à la France. Dans un coin de l'immense espace enfermé entre les terres arctiques et la frontière du Mexique, voici, sur le bord de la mer Atlantique et en dedans du demi-cercle décrit par les monts Alleghanys ou Apalaches, le petit groupe des colonies anglaises, novau des futurs Etats-Unis; le reste, tout le reste, sauf la Floride encore aux Espagnols, était à nos pères, aux compatriotes des Cartier, des Ghamplain, des Marquette et des Cavelier de la Salle.

Ün peu diminuée par les cessions exigées lors de la paix d’Utrecht, notre colonie du continent américain était encore, au milieu du xvirr° siècle, grande comime la moitié de l’Europe. A l’ouest et au sud, la Louisiane, c’est-à-dire tout le bassin du Mississipi entre les Alleghanys et les Montagnes Rocheuses; au nord, le Canada et le Labrador, constituaient le nouveau

monde français. Sans doute, rien à cette époque,

dans nos vasies possessions méridionales, n’eût fait.

prévoir leurs merveilleuses et prochaines destinées. La Louisiane ne comptait qu’une ville, la Nouvelle- Orléans, et en remontant vers l’ouest les rives du:

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