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cette brillante affaire est empreint d’une simplicité antique. Après que chacun a reçu sa part d’éloges, après avoir dit que « M. de Lévis, avec plusieurs coups de feu dans ses habits, et M. de Bourlamaque dangereusement blessé, ont eu la plus grande part à la gloire de cette journée, » il ajoute : « Le succès est dû à la va- » leur incroyable de l’officier et du soldat; pour moi, » je n’ai eu que le mérite de me trouver général de
: » troupes aussi valeureuses. » Le succès était grand,
mais chèrement payé. Dans les deux journées du 6 et du 8, les Français avaient perdu plus de sept cents combattants, chiffre énorme dans une si petite armée, où le prix d’un homme se multipliait par le carré des distances entre la France et l’Amérique. Bougainville était blessé à la tête, Bourlamaque avait l'épaule brisée. Malgré mille dangers bravés, Montcalm restait sain et sauf : après avoir choisi comme quartier général le sommet du mamelon central pour embrasser toute l’action, 1l s'était, de là, précipité, tour à tour, avec les piquets de réserve, à chaque point du retranchement où la résistance avait chancelé.
À la nuit des cris formidables firent retentir les voûtes de la forêt canadienne : v’était l’armée française qui, à la lueur des torches de pins, saluait son général. À cette heure-là de sa vie, Montcalm connut le délire de la victoire ; mais son cœur était trop fortement trempé pour ne pas être à l'épreuve des surprises enivrantes de la fortune. Deux jours après la bataille, se dressait sur le mamelon une grande croix de bois avec cette inscription pleine d’humilité et composée par le général :
Quid dux? quid miles? quid strata ingentia ligna? En signum! En victor! Deus hic, Deus ipse triumphat1.
1, Ne vantez ni le chef, ni les soldats, ni ces bois abattus : voici
plicité loges, coups angeoloire la va- * moi, ral de rand, 16 et cents mée, carré gainpaule estait r géasser our, [ran-
” les ran-
son anut for- Surss Îa roix
» et
Telle fut la bataille de Carillon, fait d'armes aussi héroïque qu’inconnu. Pauvre victoire délaissée dont l'histoire de France garde à peine la trace! Son souvenir semble s'être envolé avec le bruit des cloches qui en sonnèrent le Te Deum. La forteresse, témoin de cette lutte épique, a été détruite par les Français eux-mêmes : où fut Carillon, les Anglais ont bâti Tincondéroga. Comme vestige de la journée du 8 juillet 1758, il ne reste qu’un vieux drapeau français, retrouvé à Québec au fond d’un grenier. Dans leurs fêtes nationales, les Franco-Canadiens, qui, eux, n’ontrien oublié, portent aujourd’hui avecorgueille vieux guidon sous lequel les aïeux ont combattu pour la patrie.
Cependant le général victorieux crut avoir le droit de demander une récompense; la seule qu’il sollicite, c’est d’être rappelé : « Si jamais, écrit-ilau ministre le » 42 juillet, il y a eu un corps de troupes digne de » grâces, c’est celui que j’ai l'honneur de commander; » aussi je vous supplie, monseigneur, de l’en com- » bler. Pour moi, je ne vous en demande d’autre que » de me faire accorder par le roi mon retour : ma » santé s’use, ma bourse s’épuise. Je devrai 10 000 » écus au trésorier de la colonie, et plus que tout en- » core, l'impossibilité où je suis de faire le bien et » d'empêcher le mal, me détermine à supplier avec » instance Sa Majesté de m’accorder cette grâce, la » seule que j’ambitionne ; jusqu'alors je donnerai vo- » lontiers le dernier souffle de ma vie pour son ser-
» vice. » En attendant qu’on connût la volonté du roi, il fallait rester à son poste et tenir en échec l’armée d’Abercromby. Ralliée près des ruines de William Henry, elle s’y était fortifiée, et, encore quatre fois
l’étendard ! voici le vainqueur ! c’est Dieu, oui c’est Dieu qui seul, ici, triomphe! : où |
supérieure en nombre, menaçait toujours d’un re. tour offensif la petite armée de Montcalm dans son camp de Carillon.
Pendant ce temps, de graves évènements s’accomplissaient à trois cents lieues de là : le cercle de l’invasion que la défaite des Anglais sur les bords de Champlain avait détendu au centre, s'était resserré aux extrémités. Le Saint-Laurent, ce prodigieux cours d’eau, tour à tour lac, fleuve, cataracte, océan, était alors comme aujourd’hui la grande artère du Canada; mais à cette époque il était en outre l’unique accès du pays. Pour y assurer l'entrée à leurs vaisseaux, les Français avaient construit, à grands frais, dans l’île Royale ou du Cap-Breton, qui commande l'entrée du golfe Saint-Laurent, une place forte, ville de quatre mille âmes, avec un vaste port; c'était Louisbourg, le Dunkerque de l'Amérique. Depuis les premiers jours de juin 1758, la ville était assiégée par terre et par mer. Au bout de deux mois, on se rendit à l’amiral Boscawen et au général Amherst. Dès lors le Saint- Laurent fut ouvert aux Anglais, en même temps qu’il se fermait pour les Français. La citadelle était retournée contre la place.
Un mois après cette catastrophe, un partisan américain, Bradsteet, à la tête de trois mille de ses compatriotes, s’embarquait sur le lac Ontario, près des ruines du fort détruit en 1796, et s’en allait venger Chouaguen sur Frontenac, défendu par une garnison de soixante-dix hommes. « Les ennemis, écrit Mont- » Calm, se sont emparés du fort de Frontenac, qui, à » la vérité, ne välait rien ; mais ce qu’il y a de plus » fâcheux, ils ont pris beaucoup de vivres, bea ucoup » de marchandises, quatre-vingts canons grands et » petits, et détruit la marine, qui était due à ma prise
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» de Chouaguen, en brûlant cinq de nos bâtiments et » en emmenant deux; celte marine nous assurait la » supériorité sur le lac Ontario que nous perdons en » ce moment. » En même temps à l’ouest, un corps de six mille hommes, sous les ordres du général Forbes et du colonel Washington, s’approchait du fort Duquesne. Peu à peu on remarquait dans les pays d'en haut le refroidissement des sauvages; les Anglais leur offraient une grosse printe par chevelure et les comblaient de présents qui n’étaient pas en argent faux, comme les ouvrages que Bigot faisait fabriquer. Les Iroquois, nos vieux ennemis, se renfermaient dans une neutralité menaçante : déjà beaucoup de leurs guerriers avaient paru dans le camp anglais.
À la nouvelle de tant de désastres et de tant de périls, Montcalm oublie ses déceptions, ses humiliations, ses pressentiments : il se relève, il se retrouve; aux grands courages, il faut les grands dangers. « J'avais demandé, écrit-il au ministre, mon rappel » après la glorieuse journée du 8 juillet ; mais puisque » les affaires de la colonie vont mal, c’est à moi à tà- » cher de les réparer ou d’en retarder la perte le plus » qu'il sera possible. »
Ce n’est pas que Montcalm eût la moindre illusion. Le 1* septembre, il exposait ainsi au ministre. ar dépêche chiffrée, le véritable état du Canada à «-ite époque : « Monseigneur, la situation de la Nouvelle- » France est des plus critiques, si la paix ne vient pas » au secours. Les Anglais réunissent avec les troupes » deleurs colonies mieux de cinquante mille hommes ;
» nonobstant l’entreprise de Louisboursg, ils en ont.
» eu trente mille qui ont agi cette campagne vis-à-vis » le Canada. Qu’opposer à cela? huit bataillons qui > font trois mille deux cents hommes; le reste, troupes
ere — £ = RE ie ire > à