ACTE CINQUIÈME
MALARTIC
Murray ne nous aurait pas infligé ce déshonneur.
LAPAUZE
L’Angleterre l’effacera, j'espère, d’elle-même.
MALARTIC
Je le crois. Peut-être consentira-t-elle même à nous rétrocéder le Canada dans le traité de paix qui sera signé à la fin de la guerre.
BOURLAMAQUE
Non, mon cher Malartic, c’est une illusion.
MALARTIC
Cependant, Murray le disait lui-même hier à M. de Lévis, en lui souhaitant une heureuse traversée. — Et sais-tu ce qu’il ajoutait en souriant, et quelle condition il y mettait!
BOURLAMAQUE
Eh! bien, quoi!
MALARTIC
L’Angleterre, a-t-il dit, rendra peut-être le Canada à la France, mais à condition que vous n’y soyez pas
envoyé comme gouverneur, parce que nous ne pourrions jamais le reprendre.
LAPAUZE
Bravo! C’est un bel éloge pour Lévis, mais qui ne le console pas. Je l’ai vu ce matin, et je l’ai trouvé bien abattu.
LA ROCHEBEAUCOURT
Oh! Le noble chevalier! Où est-il donc en ce moment?
LAPAUZE montrant le château
Il est là avec Murray et M. de Vaudreuil, à faire les derniers arrangements pour le départ des troupes.
L'Aventure et la Marie sont à l’ancre dans le port, et nous allons bientôt nous embarquer.
Quelle joie nous aurions de revoir la patrie, si nous y retournions vainqueurs! Mais qu’il est triste de ne pouvoir y rentrer l’arme au bras et les drapeaux au vent! Et que répondrons-nous, quand la France nous demandera Qu’avez-vous fait de ma fille?