ACTE CINQUIÈME 145 CISELLE
Sur les quelques milliers de colons qui se sont montrés des héros, qui ont cultivé le sol de la patrie, qui l'ont arrosé de leurs sueurs pendant la paix et de leur sang pendant la guerre, et qui pour cela même ne veulent pas l’abandonner. Ceux-là ne sont pas des jouisseurs; ils sont des soufirants, et ce sont les soufirants qui rachètent les peuples. |
Montcalm et vous, général, avez écrit à la pointe de l’épée la plus glorieuse page de notre histoire; mais cette histoire n’est pas finie, et c’est à nous, Canadiens et Canadiennes, de la continuer.
Nous compléterons l’œuvre de la France, celle qu’elle voulait faire à l’origine, et que Dieu ne lui a pas permis d'achever.
Comme elle, nous incarnerons l’héroïsme militaire; et nous resterons fidèles à Dieu, de qui seul dépend l’avenir des nations.
LEVIS
Quelle âme patriotique vous avez, Giselle!
GISELLE
C’est l’âme de ma grand’mère, Madeleine de Verchères. Il y à deux mois, je suis allée prier sur son tombeau, et c’est elle qui m'a dicté mon devoir, et qui m’a inspiré de vous dicter le vôtre. Au nom de notre amour, Gaston, partez — la France vous réclame.
146 MONTCALM ET LÉVIS Lévis se lourne vers le portrait de Montcalm :
« O mon général, inspirez-moi! »
On entend le pas cadencé des soldats qui passent el qui vont s'embarquer à bord des navires. Ils sont suivis par une foule immense d'hommes, de femmes et d'enfants. Tout à coup un grand crti retentit dans la rue : Vive la France !
Giselle court à la fenêtre et dit :
« C’est la France qui part. « O France adorée, adieu !... »
D’autres cris retentissent sur la place du Château.
LEVIS
C’est la France qui reste.
GISELLE
C’est la mienne, et sa devise sera : « je me souviens. »
Souvenez-vous aussi, Gaston; dans la vie nouvelle qui va s'ouvrir pour vous, au milieu du hasard des batailles, n'oubliez pas votre petite France d'Amérique pour laquelle vous avez si glorieusement combattu ; et dites-vous bien alors qu'ici, sur les bords du grand fleuve, il y aura une amie qui priera pour vous, et qui restera fidèle au souvenir, et à l’amour sacrifié.
Séparons-nous, (xaston; suivez la France qui s’en va.