ACTE DEUXIÈME
M. de Senezergues, et nous avons marché jour et nuit pour arriver ici ce matin, 8 juillet, deux jours plus tôt que je n'avais cru possible. Que je suis heureux d’être arrivé à temps!
C’est le ciel qui t’envoie, mon cher Lévis, et je pleure de joie en te revoyant. Tout est possible avec toi, et, quand 1l le faut, tu as des ailes pour voler où le devoir t’appelle.
Tu vas commander ma droite. C’est là qu’est le danger, et c’est là qu'il faut vaincre!
LEVIS
Soit, nous vaincrons!
Vois-tu, mon ami, quand tu n'es pas là, je perds confiance en moi-même. Je ne me sens plus complet. Il me semble qu’il me manque un bras, mon bras droit.
Mais quand tu es à mes côtés, je ne doute plus de rien. Dans ce lointain pays, à mille lieues de la mère-patrie, sans communications pendant hnit mois de l’année, la patrie, c’est toi, c’est moi, ce sont ces braves gens qui sont toujours prêts à mourir pour elle. Mais pour qu'elle soit bien vivante, il faut que nous vivionstous les deux; si nous étions tués, ce serait la mort de la France en Amérique.
LEVIS
Ce n’est pas modeste, peut-être, mais c'est vrai. En Europe, dans les guerres ordinaires, quand un général est tué, on le remplace par un autre, et tout est dit. Mais ici, dans cette lutte suprême que nous
soutenons, la vieille France est incarnée en nous, et dans cette petite armée que nous commandons, notre défaite serait sa mort en Amérique.
Donc, 1l faut vaincre pour vivre.
LEVIS
Et 1l faut vivre pour vaincre!
LES SOLDATS jubilent, et poussent des acclamations
Bravo! Bravo! Bravo! Vive Montcalm! Vive Lévis! Vive la France! — {l'allégresse est à son comble.)
Leur joie me rappelle un épisode de mon histoire
romaine : Les cohortes de Rome commandées par
Quintus Cicéron, et bloquées par les Gaulois, manifestèrent la même joie quand elles virent arriver les légions de Labiénus.
Et maintenant, mon cher Lévis, nous avons une rude journée à faire. Les Anglais sont là-bas, auprès des ruines du fort William-Henry, et ils ont une armée de vingt-six mille hommes : Tu entends? vingt-six mille hommes!
LEVIS
Oui, et nous sommes un peu plus de trois mille. Un contre huit.
À peu près — C’est assez!
A Mio" = i é PPS MR PE DR TR COR ER SEP