ACTE CINQUIEME
surtout combien sont-ils ? Du reste, ils ont comme moi leurs int^^éts et leurs passions. Us n'ont pas la î^oif de lor, mais ils ont celle des honneurs et de la gloire, et c'est pour satisfaire leurs ambitions qu'ils travaillent. Leurs intérêts sont différents des nôtres, voilà tout
Et l'intén't de la France est-il bien de garder cette colonie au prix de sa fortune, et de son sang ?
Non, elle coûte trop cher, et elle est trop loin. Il y a trop longtemps que ce sol stérile est arrosé du sang de nos soldats. S'il est vrai que j'ai hâté sa f)erte, comme Vaudreuil m'en accuse, je m'en réjouis. J'ai rendu service à la France.
Prévoir la ruine publique, et la transformer en fortune privée, c'est de la sagesse et de Fhabilcté. Pourquoi n'aurions-nous pas vidé la maison quand nous savions (jue le canon ennemi allait y mettre le feu.
Mais n'avez-vous aucune inquiétude sur le sort qui vous attend dans la mère-patrie?
BIOOT
Aucune. Je ne crains ni Vaudreuil, ni Lé\ns. Ils sont impuissants contre moi à la Cour. Le roi, lui-même, ne me fait pas peur. Il est trop absorbé par ses iunours pour se préoccuper de mes affaires. Mes plaisirs ne troublent pas les
siens, et mes maîtresses coûtent moins cher au pays que la seule Pompadour.
Amasser quelques millions pour s^en faire un palais, c'est moins mal que d'entasser des cadavres pour s'en faire un piédestal comme ont fait Montcalm et Lévis.
VARIN
Est-ce que tu ne crois pas à la vertu ?
BIGOT
Non.
VARIN
Elle existe pourtant ?
BIGOT
Dans le dictionnaire, et je ne demande pas qu'on l'en efface. C'est un mot nécessaire dans la langue française.
Et le jugement de la postérité ?
BIGOT
Je m'en moque. Qu'elle élève un jour un monument à Montcalm, et qu'elle me voue aux gémonies, qu'est-ce que cela pourra bien mo faire ?