‹ Montcalm et Lévis, drame historique en cinq actes avec prologue et six tableauxChapitre 25 sur 109 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Tovtte

LAriact mi goalrt mut» boouB» déSksi m cri d« ** VIt* Ia FtmwI ** Lm (Wos ctoénutB M i«Mciit dana kM bras rua da l'anm

Ah ! quelle joie de te voir arriver en ce momeDt, mon cher Lévis !

Mon bonheur est aussi grand que le vôtre. Imaginez-vous que je m'en allais aux Cinq Nations iroquoises quand j'ai reçu Tordre de venir vous rejoindre. Il ne me paraissait pas possible d'être ici avant le 10 juillet, et je l'ai écrit à M. de Vaudreuil ; mais quand j'ai appris que l'ennemi vous pressait, et que le 10 serait peut-être trop tard, j'ai pris avec moi quatre cents hommes et M. de Senezerjçues, et nous avons marché jour et nuit pour arriver ici ce matin, 8 juillet, deux jours plus tôt que je n'avais cru possible. Que je suis heureux d'être arrivé à temps !

C'est le ciel qui t'envoie, mon cher Lévis, et je pleure de joie en te revoyant. Tout est possible avec toi, et, quand il le faut, tu as des ailes pour voler où le devoir t'appelle.

Tu vas commander ma droite. C'est là qu'est le danger, et c'est là qu'il faut vaincre f

LEVIS

Soit, nous vaincrons !

. Vois-tu, mon ami, quand tu n'es pas là, je perds confiance en moi-même. Je ne me sens plus complet. Il me semble qu'il me manque un bras, mon bras droit.

Mais quand tu es à mes côtés, je ne doute plus de rien. Dans ce lointain pays, à mille lieues de la mère-patrie, sans communications pendant huit mois de l'année, la patrie, c'est toi, c'est moi, ce sont ces braves gens qui sont toujours prêts à mourir pour elle. Mais pour qu'elle soit bien vivante, il faut que nous vivions tous les deux ; si nous étions tués, ce serait la mort de la France en Amérique.

LEVIS

Ce n'est pas modeste, peut-être, mais c'est vrai.

En Europe, dans les guerres ordinaires, quand un général est tué, on le remplace par un autre, et tout est dit. Mais ici, dans cette lutte suprême que nous soutenons, la vieille France est incarnée en nous, et dans cette petite armée que nous commandons, notre défaite serait sa mort en Amérique.

ACTS DBUXIBlfB 43

Donc, il faut vaincre pour vivre.

LBVI8

Et il faut vivre pour vaincre !

LES SOLDATS t^bOmt, «i powat d» »<^^

Bravo ? Bravo ! Bravo ! Vive Montcalm ! Vive Lévis I Vive la France ! — O'Mtytmn «i à

•oo eonble.)

Leur joie me rappelle un épisode de mon histoire romaine : Les cohortes de Rome commandées par Quintus Cicéron, et bloquées par les Gaulois, manifestèrent la même joie quand elles virent arriver les légions de Labiénus.

Et maintenant, mon cher Lévis, nous avons une rude journée à faire. I^es Anglab sont là-bas, auprès des ruines du fort William-Henry, et ils ont une armée de vingt-six mille honmies : Tu entends ? vingt-six mille honmies I

LEVIS

Ouï, et nous sommes un peu plus de trois mille. Un contre huit.

A peu près — C'est asseï ?

LEVIS

Oui, c'est assez pour vaincre ; mais ce n'est pas assez pour poursuivre l'ennemi vaincu, et l'anéantir.

Non, tu vois d'ici le terrain, les lignes de retranchements, le fort, la rivière, et voici mon plan de bataille.

Au premier appel des clairons, les bataillons marcheront en avant, et borderont les retranchements, en se groupant plus nombreux aux angles des redans.

Derrière eux, les grenadiers rangés en bataille attendront l'ordre de marcher où besoin sera.

Là-bas, dans la pente qui borde la forêt, les Canadiens se battront en tirailleurs, en se cachant derrière les arbres.

Bourlamaque est chargé de la gauche avec les régiments, LaSarre et Languedoc.

Toi, tu prendras la droite avec Guienne, Béarn, et la Reine.

Moi, je me tiendrai au centre avec le premier de Berry, et le Royal Roussillon.

Le deuxième bataillon de Berry, commandé par Trécesson, gardera le fort.

Page 1