I.A mai:.;! I- iii -MNT-VERAN
Viens, ma chère fille, viens embrasser ton général et ton colonel.
LA MARQUISE DE MONTCALM (37 mm).
Hélas ! On me donne un colonel, mais on m'enlève mon général.
LE MARQUIS
On vous le rendra.
LA MARQUISE DE MONTCALM
Peut-ôtre. La guerre ne rend pas tout cf^ qu'elle prend.
LL MARQUIS
Mai.> MHi viens-toi, donc, ma chère amie. J'ai 44 ans, et j'en avais 14 quand je suis entré dans la carrière militaire. J'ai reçu le baptême du feu il y a 25 ans, et j'ai fait bien des campagnes
depuis lors, en Allemagne, en Bohême, en Italie. Il ■est vrai que j'ai bien failli laisser mes os au champ de bataille de Plaisance, et quand on me ramassa au milieu des généraux et des colonels tués ou blessés, je n'espérais plus guère te revoir, ma chère Louise. Mais j'en suis revenu tout de même.
LA MARQUISE
Oui, il n'en est pas moins vrai cependant que la guerre fait bien des veuves et des orphelins.
LE MARQUIS
La paix aussi a ses deuils. La mort peut nous atteindre partout, et en tout temps. Turenne fut tué par un boulet ; mais Condé qui avait livré tant de batailles, mourut je ne sais plus de quelle maladie vulgaire, dans sa paisible retraite de Chantilly.
LA MARQUISE
Oui, mais vous, vous enviez le sort de Tur
renne ?
LE MARQUIS
Autrefois, oui, mais en ce jour triste des adieux je me sens faibUr, et je préférerais finir m:es jours à tes côtés sous le beau ciel de notre
Provence, cultivant mes fleurs et mes vignes, relisant PluUxrque^ Corneille et mes vieux classiques grecs et latins, instruisant mes enfants et mes futurs petits enfants. Aie confiance, ma chère, cela viendra.
LA MARQUISE
Peut-être ! Mais il n'est pas rose, l'avenir qui repose sur im " peut-être ". Et puis vous êtes brave jusqu'à la témérité, mon cher ami * et si votre vaillance à toute épreuve fait mon admiration, je voudrais bien vous voir acquérir aussi cette vertu qu'on appelle " la prudence ".
LE MARQUIS
J'essaierai, pour vous plaire.
LA MARQUISE DE SALNT-VERAN
Et quels officiers aurez-vous sous vos ordres ? Vous a-t-on composé un état-major digne de vous ?
Oui, j'enunène avec moi des compagnons d'armes valeureux, distingués, qui pourront se-
l<*r mes efforts. Et d'abord, le chevalier de Ia ,is, qui est plus jeune que moi, mais (\uï a de très brillants états de service. 11 a fait avec moi la campagne ()' Italie, et dans la malheureuse bataille de Plaisance il a été blessé comme moi.
ONTCALM ET LEVIS
LA MARQUISE DE MONTCALM
C'est encore un méridional, au sang chaud, et ce sera peut-être pour vous un danger de plus.