BATAILLE D’ABRAHAM
Pendant le trajet que le chevalier de Lévis avait fait de Québec à Montréal, il avait été attristé de l’aspect déseit des campagnes, où l’on ne voyait que des femmes, des enfants et quelques vieillards occupés aux moissons, dont la plus grande partie était encore sur pied et se gâtait sous les averses fréquentes qui tombaient depuis le commencement du mois d’août. Le danger de la disette lui parut plus pressant que celui de l’ennemi, et il laissa à Montréal la moitié de son détachement pour y être employée aux récoltes. <t Il encouragea, dit-il, les femmes, les religieuses, les prêtres, et généralement tout le monde de la ville à aider directement ou indirectement à ce travail dont dépendait le soutien du pays. »
Le chevalier fit une inspection minutieuse du Saint- Laurent jusqu’à Frontenac, pour en reconnaître les endroits susceptibles de défense. Il fit immédiatement commencer, sur une île située à la tête des rapides, un petit fort auquel Vaudreuil donna le nom de Lévis. L’ingénieur Desandrouins avait été rappelé de l’île aux Noix pour en faire les plans et en surveiller la construction. Peu de temps auparavant était arrivé au camp du chevalier de La Corne, dressé dans l’i'e aux Galops^ M. de Langy, toujours prêt à accourir aux endroits les plus menacés. Sa présence avait communiqué une nouvelle ardeur aux partis de découvertes. Un de ces partis s’était rendu jusque sous les murs de Niagara, et en avait rapporté des informations qui avaient calmé les appréhensions qu’inspirait cette frontière. L’armée de Johnson n’avait fait aucun mouvement depuis la prise de ce fort, et ne paraissait occupée qu’à s’y fortifier.
La mission que le chevalier de Lévis avait à remplir à l’île aux Noix était assez délicate, car M. de Montcalm venait de lui écrire que Bourlamaque avait été froissé en apprenant sa visite d’inspection. « Je crois, écrivait Montcalm, n’avoir pas besoin, mon cher chevalier, de vous recommander, dans votre tournée à l’île aux
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Noix, d’agir vis-à-vis de Bourlamaque comme vous voudriez qu’un lieutenant général en agit vis-à-vis de vous s’il venait dans un poste que vous eussiez arrangé.
Lévis, avec son tact ordinaire, n’eut pas de peine à se conformer à ce conseil; il n’eut d’ailleurs qu’à approuver les dispositions prises par Bourlamaque.
Bourlamaque était, du reste, un soldat aussi actif qu’intelligent. La belle retraite qu’il venait de faire devant des forces supérieures en 'était une preuve, et il allait se distinguer encore davantage par sa conduite à l’île aux Ncix. Cinq jours après son arrivée dans cette île, il avait écrit à son général les dangers de tout genre qui l’entouraient dans sa nouvelle position.
Si Amherst eût débarqué au commencement d’août, à la sortie du lac Champlain, et marché directement sur Saint- Jean, comme le redoutait Bourlamaque, il n’aurait rencontré sur sa route qu’un petit corps d’armée de deux mille huit cents combattants, dont il n’y avait que dix-sept cent soixante-dix-huit de troupes régulières. Le reste se composait de miliciens, parmi lesquels « un grand nombre cl’enfants et de vieillards ». Sur cet effectif, Bourlamaque aurait eu encore à défalquer quelques centaines d’hommes pour garder l’île aux Noix. Le camp d’observation placé à Laprairie, sous M. de Rigaud, n’était que de quatre à cinq cents hommes et quelques sauvages. La flotte en miniature jetée sur le lac n’était montée que par cent soixante-dix-huit hommes, y compris les équipages. G était avec ces moyens infimes que Bourlamaque avait à faire face aux onze mille hommes d’Amherst. Il y réussit à force d’activité. En quelques semaines il eut élevé et armé de canons de solides retranchements, barré la rivière deAhaque côté de File par de fortes estacades, en un mot, mis la place en état de soutenir un coup de main. A peine prenait-il quelques heures de repos.
De temps en temps un petit billet daté du camp de Beauport, et tout récemment du saut Montmorency, où Montcalm avait établi son quartier général, l’instruisait des opérations du siège de Québec. Mais ce qu’on ne pouvait lui apprendre, c’était l’état de consternation où se trouvait l’armée assiégeante, à qui on avait vainement essayé de cacher la maladie grave dont était atteint le général Wolfe depuis sa défaite à Monlmorency. Sa faible constitution, minée par les fatigues du siège, n’avait pu résister au choc qu’il avait ressenti lorsque, du haut du navire d’où il dirigeait la bataille, il avait vü tomber l’élite de ses soldats, et avec eux les espérances dont il s’était flatté jusqu’à ce jour. Il crut son expédition manquée' il eut même l’idée d’aller se fortifier à l’île aux Coudres, et d’y laisser une partie de son armée, dans l’intention de revenir au printemps. Après l’échec du 31 juillet, il avait eu le tort d’en rejeter la faute sur ses braves grenadiers, à qui il reprocha d’être montés à l’assaut avec trop de précipitation. La faute en était bien plus au
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général, qui n’avait pas suffisamment calculé les difficultés qu’il avait sous les yeux. C’était sous l’empire du même désappointement qu’il avait lancé le manifeste que les écrivains amis et ennemis lui ont reproché, et dans lequel il déclarait aux Canadiens qu’ils n’avaient plus droit à sa pitié, puisqu’ils avaient méprisé ses offres de protection et refusé d’observer la neutralité qu’il leur avait demandée. En justice pour lui-même et pour son armée, il ne pouvait, disait-il, s’abstenir plus longtemps de les châtier de leur ingratitude, et il allait déchaîner ses soldats pour incendier leurs habitations, détruire leurs bestiaux et ravager leurs moissons.
A partir de ce moment, ses hordes de rangers, soutenues de l’infanterie légère et des Ecossais, se répandirent des deux côtés du ileuve, la torche à la main. On pouvait suivre leur marche aux nuages de fumée qui le jour s’élevaient dans les airs, et la nuit aux lueurs sinistres qui marquaient de taches rouges les maisons, les granges, les étables en feu. Les familles, retirées aux confins des paroisses, stationnaient sur les montagnes ou les hauteurs qui dominent les forêts, et suivaient d’un œil de désespoir le progrès de ces dévastations. Djs cris et des lamentations éclataient dans un groupe ou dans un autre, à mesure qu’ils apercevaient les flammes percer le toit de leurs habitations. Montcalm fut saisi de pitié pour les miliciens des paroisses les plus exposées. Il organisa neuf partis différents pour s’attacher aux pas des incendiaires et les décimer : un bon nombre, en effet, ne' revint pas de ces incursions. Les rangers, de leur côté, sous le prétexte toujours facile à inventer que les Canadiens se déguisaient en sauvages, scalpaient ceux qui tombaient sous leurs coups. Toutes les paroisses de l’île d’Orléans, celles de la côte de Beaupré, depuis le saut de Montmorency jusqu’au cap Tourmente, tout le littoral de la baie Saint-Paul, et vis-à-vis au sud du fleuve, sur une étendue d’une dizaine de lieues, depuis la rivière Ouelle jusqu’à l’Islet, tout fut réduit en cendres. Malgré l’injonction faite par le général anglais d’épargner les églises, plusieurs furent détruites.
« Les Anglais, remarque Montcalm, fidèles imitateurs de la férocité de nos sauvages, ont fait la chevelure à quelques habitants de la côte du sud. Croira-t-on qu’une nation policée s’acharne de sang-froid à mutiler des cadavres? Cette barbarie aurait été abolie parmi les sauvages, s’il était possible de les corriger. On leur paye fort cher les prisonniers, très peu les chevelures. On s’y est pris de toutes les manié: es et sans fruit; mais on n’a pas à se reprocher d’avoir suivi leur exemple. »
Le système de stricte défense adopté par Montcalm lui interdisait de s’opposer à ces ravages autrement que par de petits partis, qui ne pouvaient qu’inquiéter les incursionnistes. 11 concentra son attention sur la côte nord du fleuve, au-dessus de Québec, où la ruine des campagnes s’aggravait du danger imminent de se voir couper sa ligne de communication avec ses dépôts d’approvisionnements; ce qui,
en peu de jours, l’aurait mis à la merci de son adversaire. Il détacha le colonel de Bougainville avec mille hommes et la cavalerie de Rochebeaucour , et lui ordonna de s’échelonner le long du fleuve, d’épier tous les mouvements des ennemis, et de les repousser énergiquement partout où ils se présenteraient. Cette tâche allait être extrêmement ardue et fatigante, car les Anglais, menaçant plusieurs points à la fois, forceraient les troupes à des marches et contremarches continuelles.
Peu de jours auparavant, Montealm notait dans son Journal : « Un vent de nord-est violent, avec un brouillard épais, a tenu Farmée et la garnison très alertes. On peut être battu, c’est le malheur ordinaire au plus faible; mais le comble de l’infortune, c’est d’être surpris. »
On eût dit qu’il avait un vague pressentiment de ce qui devait lui arriver, lorsqu’il faisait cette interrogation à Bourlamaque : « Je ne sais qui de nous trois sera le plus tôt défait. »
La situation était, en effet, désespérante. Le bombardement de la ville, qui n’avait pas cessé, y avait accumulé de nouvelles ruines. En une seule journée, cent soixante maisons de la basse ville furent brûlées, et plusieurs caves voûtées, renfermant une grande quxntité d’objets précieux, crevées et abîmées pair les bombes. Ce quartier était le plus riche de la ville. Plusieurs citoyens opulents y avaient tout perdu. Autour de Québec et jusqu’à vingt- cinq lieues plus bas, les campagnes présentaient la même désolation. Dans l’armée, la détresse, devenue extrême, amenait le désordre et la désertion. Malgré les menaces et même les châtiments, une masse de Canadiens étaient retournés dans leurs foyers, pour y faire les récoltes et amasser quelques autres provisions, afin de ne pas mourir de faim ‘pendant l’hiver. Un grand nombre d’entre eux, dont les habitations avaient été incendiées, étaient en outre obligés de se faire des abris pour leur famille et les quelques bestiaux qu’ils avaient pu sauver. Plus de deux mille Canadiens, disait -on, avaient abandonné le camp.
Chaque fois que le vent tournait au nord-est, quelques vaisseaux ennemis tentaient le passage devant Québec, et souvent y réussissaient, malgré la canonnade de la ville. A la fin d’août, l’amiral Holmes se trouvait à la tête d’une douzaine de vaisseaux, dont les uns ancraient depuis Sillery jusqu’à Saint -Augustin, et dont les autres montaient et descendaient avec la marée, dans lé but de fatiguer nos troupes. La proximité de cette flottille avait forcé les vaisseaux français de remonter le Richelieu jusqu’aux G-rondines. Le fleuve était tellement infesté de berges angl lises, que les convois de vivres, qui tous venaient par eau de Montréal et des Trois-Rivières, ne pouvaient continuer leur route sans un péril extrême. Le transport par terre était devenu si difficile et si lent, faute de chevaux, de voitures et d’hommes pour les conduire, que l’armée était à la veille de manquer de provi-
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sions. Les soldats étaient réduits à trois quarterons de pain, et le peuple à un quarteron, comme aux plus mauvais jours de la disette.
Depuis la journée de Montmorency, les vastes salles de l’hôpital général n’avaient pas suffi à contenir les blessés qu’on y avait transportés. On avait converti en hôpital tous les appartements disponibles, même la chapelle et jusqu’aux greniers, hangars, granges, étables et appentis. Le site du monastère, au milieu de la vallée du Saint-Charles, le mettant à l’abri du bombardement de la ville, un bon nombre de familles s’y étaient réfugiées au commencement du siège, en même temps que les Ursulines et les Hospitalières de l’Hôtel-Dieu. Les trois communautés réunies, rivalisant de zèle et de charité, passaient les jours et les nuits auprès des malades. Les soins délicats qu’elles prodiguaient aux blessés anglais étaient parvenus jusqu’à la connaissance de leurs généraux, qui en avaient témoigné leur gratitude.
Mgr de Pontbriand, retiré au presbytère de Charlesbourg , où il se consumait de la maladie qui allait bientôt l’enlever, descendait cependant presque chaque jour consoler les malades de l’hôpital général.
A deux lieues plus loin, dans la mansarde d’une maison de l’Ange-Gardien voisine du camp Anglais, Wolfe était en proie à une fièvre qui épuisait le reste de ses forces. Le capitaine Knox, venu un matin de la pointe Lévis, afin de recevoir des ordres pour sa brigade, apprit qu’il n’avait pu descendre l’escalier pour prendre son dîner.
Wolfe, ne voulant pas que sa maladie retardât les opérations, remit le commandement aux trois brigadiers généraux : Monckton, Townshend et Murray, avec un mémoire contenant trois projets d’attaque. Par le premier, il proposait de remonter de nuit le Montmorency avec une partie de l’armée, de le traverser à trois lieues dans la forêt, et de tomber sur les derrières du camp de Beauport, pendant que le reste des troupes l’attaquerait de front. Par le second, il faisait traverser de nuit le gué du Saut au corps d’armée de Montmorency, et le faisait marcher le long des retranchements jusqu’à ce qu’on découvrît un endroit facile à escalader. Monckton, avec les troupes de la pointe Lévis, se trouverait prêt à débarquer, du moment que l’infanterie légère aurait gravi le coteau. Le troisième plan se réduisait à renouveler l’attaque du 31, par la droite du camp de Beauport.
Les trois brigadiers n’accédèrent à aucun de ces projets, parce qu’en supposant même qu’on réussît à déloger Montcalm de sa position, il se retirerait derrière les retranchements de la rivière Saint- Charles, et la campagne serait finie avant qu’on pût l’en chasser.
Chose singulière, le seul plan dont Wolfe ne dit rien dans ce mémoire était celui que le général français redoutait le plus, c’est-à-dire de couper ses commu-
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nications avec ses dépôts d’approvisionnements, en jetant un corps d’armée sur la
côte nord, ce qui le forcerait à livrer bataille. Ce fut le plan que proposèrent en
dernier lieu les trois brigadiers.
Wolfe y donna son adhésion, plus par condescendance que par conviction; car il ne croyait pas au succès de l’entreprise. L’état d’affaissement moral et physique où il se trouvait semblait lui enlever sa lucidité d’esprit ordinaire.
Du moment que le projet fut adopté, Wolfe mit à son exécution la même énergique volonté que s’il avait été certain du succès, sans toutefois y porter l’enthousiasme qui était dans sa nature. Son plus grand regret était de penser que peut-être
il n’aurait pas assez de force pour marcher en personne à la tête de son armée.
« Je sais parfaitement, disait-il à son médecin, que vous ne pouvez me guérir; mais pourvu que je ne souffre pas durant quelques jours et que je sois capable d’agir, c’est tout ce que je demande. »
Le dernier jour d’août, il se sentit assez bien pour sortir.
En présence de ses intimes, Wolfe épanchait l’amertume de ses pensées et s’écriait parfois, dans ses plus noirs accès, que s’il ne réussissait pas, il ne retournerait jamais en Angleterre, pour y être exposé, comme d’autres infortunés généraux, aux censures et aux reproches d’une populace ignorante.
Le général enviait son adversaire, que la fortune semblait favoriser. Celui-ci cependant se croyait, à l’heure même, en face de difficultés non moins grandes; et lui aussi épanchait avec ses intimes ses inquiétudes et ses ennuis. Le soir du 2 septembre, assis auprès de sa lampe, dans la maison qu’il occupait au saut Montmorency, il écrivait à Bourlamaque : « La nuit est obscure, il pleut; nos troupes habillées et éveillées dans leurs tentes, la droite et la ville des plus alertes. Je suis botté et mes chevaux sellés; c’est à la vérité mon allure ordinaire la nuit, suite des interruptions, signatures, visites et conseils des sauvages... Je vous voudrais ici...; car je ne puis être partout, quoique je me multiplie bien et que je ne me sois pas encore déshabillé depuis le 23 juin. »
Le nuage d’anxiété qui planait sur le camp de Beauport s’éclaircit pendant quelque temps. Les nouvelles venues de Montréal étaient plus rassurantes. M. de Lévis affirmait que l’armée de Johson ne menaçait pas les rapides, qu’Amherst ne sortait pas de Saint- Frédéric, et que d’ailleurs Bourlamaque se trouvait en état de tenir à File aux Noix jusqu’à la fin de la campagne. Bourlamaque lui-même l’avait écrit à Vaudreuil. Les mouvements de l’armée anglaise autour de Québec paraissaient indiquer la prochaine levée du siège. Déjà, depuis plusieurs jours, Wolfe avait commencé à démonter ses batteries sur les hauteurs de Montmorency. Bientôt il fut évident qu’il déblayait le camp du saut, et, le 3 septembre, il l’avait complètement évacué, après avoir mis le feu aux retranchements. « Si j’avais voulu
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croire tout le monde hier, disait Montcalm à Lévis, le 3 septembre, il n’y avait plus que trois ou quatre cents hommes, qu’il fallait aller charger. Ce matin, il n’y avait qu’à entrer dans le retranchement. M. Wolfe nous tendait une embuscade avec deux mille cinq cents hommes qui ont descendu en bon ordre du saut. La pièce de les a salués joliment, coulé une berge et incommodé une autre, ce qui était déjà arrivé hier. Dès ce soir, la droite est renforcée de deux mille hommes ; j’y passe demain, et Poulariès reste général depuis le saut jusqu’à l’église de Beauport. Nous avons toujours dix-neuf bâtiments au-dessus de Québec, et Bougainville, garde-côte,
Une maison seigueuriale : le manoir de Salaberry, à Beauport, quartier général de Montcalm
durant le siège de Québec.
toujours en l’air. Je m’établis de ma personne à la maison de Salaberry, pour être en belle vue et a portée de tout. >
Le ton de satisfaction qui règne dans cette lettre ne laisse qu’entrevoir l’impression de délivrance que fit. naître dans le peuple et l’armée l’abandon du saut. Le bruit s’en répandit de tous côtés, et la colonie retentit d’éclats de joie; car on crut que c’était le signal de la levée du siège. Mais les généraux ne partageaient pas cette illusion. « Quelque flatteuse que puisse en être l’idée, écrit Vaudreuil à Lévis, je ne m’y arrête pas, et il est de la prudence que je m’arrange pour faire vivre l’armée jusqu’au 15 octobre. »
Il était facile de voir que ce n’était qu’un premier mouvement pour opérer une diversion. Wolfe profitait de chaque bon vent pour faire monter de nouveaux vaisseaux au delà de Québec. Il rassemblait ses trois corps d’armée à la pointe Lévis, afin de les jeter sur quelque autre point, et frapper, s’il était possible, un coup décisif. Quel était ce point? Il était impossible de le deviner, car Wolfe lui-même ne le savait pas. Il avait seulement résolu de tenter une descente au-dessus de Québec, et il attendait les circonstances pour en déterminer l’endroit précis.
Montcalm fit de nouvelles dispositions à son camp : quatre cents miliciens de
Montréal gardèrent la gauche, et cent quatre-vingts les gués d’hiver. La réserve de M. de Repentigny vint prendre les positions de Guyenne, qui alla camper à la droite, renforcée la veille par six cents hommes de Montréal ; et Royal-Roussillon se rangea auprès de M. de Repentigny sur le plateau voisin de l’église de Beauport. Une chaîne de postes relia le saut Montmorency avec la ville, qui reçut quelques renforts. Déjà Malartic et plusieurs officiers de hauts grades, prévoyant la catastrophe du 13, ne se cachaient pas de dire que « les précautions prises pour]la ligne de Beauport étaient excessives, et qu’on ne s’occupait pas assez des autres. x> Vaudreuil était du même avis, particulièrement pour l’anse du Foulon, qui n’était gardée que par une centaine d hommes; mais Montcalm persistait à croire que la falaise y était inaccessible. Aux observations que lui avait faites auparavant le gouverneur, il avait répondu : « Je vous jure que cent hommes postés arrêteront l’armée et nous donneront le temps d’attendre le jour et d’y marcher par notre droite. » Après de nouvelles remarques, il insistait : « Il ne faut pas croire que les ennemis aient des ailes, pour, la même nuit, traverser, débarquer, monter des rampes rompues, et escalader, d’autant q îe pour la dernière opération il faut porter des échelles. »
Dans la journée du 3, Bougainville vint passer une heure au manoir de Salaberry, pour faire part au commandant des inquiétules que lui causaient les dernières manœuvres de l’amiral Holmes, dont la flotte s’était rapproche'e de la ville. Ce fut probablement la dernière fois que Bougainville vit le général, qu’il aimait comme un père et admirait comme un héros. Le lendemain , le bataillon de Guyenne eut ordre de s’avancer sur les hauteurs d’Abraham pour être à portée de secourir au premier signal soit Bougainville, soit le camp, soit la ville. Les canons anglais, rapportés du saut Montmorency à la pointe Lé vis, ayant servi à augmenter les batteries, le bombardement redoubla d’intensité. « La ville, remarque M. de Foligné, ne peut être dans un état plus pitoyable, à moins d’être rasée. »
Durant la veillée du 4, l’ennemi, profitant d’un bon vent et d’une nuit obscure, réussit à faire passer devant Québec tout un convoi de bateaux chargés de bagages et de munitions. Dans l’après-midi du 5, Murray sortit du camp de Lévis avec quatre bataillons pour aller rejoindre, au-dessus de Sillery, les vaisseaux de l’amiral Holmes, et le lendemain, Monckton et Townshend le suivirent avec trois autres. M. de Rumigny, qui commandait un détachement de la Sarre, à Sillery, avait vu passer les régiments le long des falaises de Lévis et les avait incommodés du feu de ses batteries, pendant qu’ils traversaient à gué la rivière Etchemin]pour s’embarquer dans l’anse voisine.
A la nouvelle de cette marche, on a battu la générale au camp de Beauport et fait avancer les compagnies de grenadiers et la réserve de M. de Repentigny avec presque tous les sauvages, dont le nombre était encore considérable, quoiqu’il en
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fût parti beaucoup pour retourner dans leurs pays. La réserve de M. de Repentigny stationna au pied de la côte qui conduit à la porte Saint-Jean, et les compagnies de grenadiers à la fourche des chemins de Samos et de Sillery. Vaudreuil mandait à Bougainville : « Je n’ai pas besoin de vous dire, monsieur, que le salut de la colonie est entre vos mains, que certainement le projet des ennemis est de nous couper la communication en faisant des débarquements au nord ; il n’y a que la vigilance qui puisse y parer. »
Il lui détaillait ensuite ses dernières dispositions, et ajoutait : « Par cet arrangement, voici ce qu’il y avait depuis l’anse des Mères jusqu’au cap Rouge : cent cinquante hommes entre l’anse des Mères et l’anse au Foulon; trente hommes à Samos; cinquante hommes à Saint-Michel; cinquante hommes à Sillery; deux cents hommes au cap Rouge. »
Puis il donnait le tableau des forces dont il disposait en sus, « tant pour garnir les autres postes que pour frapper en masse, non compris les sauvages; » ce qui formait un effectif de deux mille cent hommes. Et il concluait : « Je crois, monsieur, qu’avec cela et un peu de bonheur vous ferez de la bonne besogne. Je n’ai pas besoin de vous recommander d’établir le régiment de Guyenne dans le point central. En un mot, carte blanche sur les moyens. » Eafin, dans l’inquiétude que lui inspirait toujours le poste de Foulon, il lui conseillait de l’augmenter de cinquante hommes tirés de la compagnie de Repentigny, la plus aguerrie des troupes canadiennes.
Le lendemain, M. de Montbeillard accompagnait l’envoi de deux pièces de campagne d’un petit billet où percent les anxiétés déjà exprimées par Malartic :
« Je voudrais bien que toute votre plage fût hérissée comme celle-ci et retranchée de même, cela vous épargnerait bien des allées et venues. Au demeurant, vous faîtes une bien belle campagne; puisse-t-elle finir comme elle a commencé et puissions-nous voir couronner vos peines et vos travaux comme je le désire t »
L’armée anglaise achevait de s’entasser sur les vaisseaux, et un ordre du jour du général Wolfe, qui l’avait rejointe dans la nuit du 6, l’avait prévenue de se tenir prête pour un prochain débarquement. Elle était fatiguée des longueurs du siège et impatiente d’agir.
La frégate le Seahorse avait reçu à son bord le 43e régiment , dans lequel servait John Knox\ « Le capitaine Smith et ses officiers nous donnèrent, dit-il, l’hospitalité, d’une façon princière, et n’oublièrent rien pour rendre aussi agréable que possible l’état d’encombrement où nous étions. »
Le matin du 7, après une nuit d’orage et de vent, le soleil s’était levé dans une atmosphère tiède et claire. L’escadre de l’amiral Holmes leva l’ancre devant Sillery et remonta le fleuve en louvoyant à la faveur d’une légère brise et de la marée
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montante. Chaque fois que les vaisseaux tiraient une bordée vers la côte nord, les sentinelles’françaises et les sauvages cachés au bord de la grève envoyaient quelques balles parmi les^habits rouges et les uniformes bariolés qui fourmillaient sur les ponts. L’escadre jeta l’ancre vis-à-vis la rivière du cap Rouge, dont les deux rives ouvertes en entonnoir présentaient en ce moment un spectacle au ssi animé que pittoresque.
Les batteries flottantes canonnèrent quelques-uns des vaisseaux dont les berges, remplies de troupes, montaient et descendaient le fleuve comme pour tenter une descente; mais, après divers mouvements, elles se retirèrent sans s’être approchées. Ce n’était qu’une fausse démonstration destinée à retenir le corps principal de Bougainville aux environs du cap Rouge, « tandis qu’une descente était préméditée ailleurs, peut-être plus bas, j> augurait Knox. De son côté, l’amiral Saunders feignait de menacer la^droite du camp de Beauport, en faisant exécuter des sondages et poser des bouées en face de la Canardière.
Wolfe, monté sur la corvette le Hanter , en compagnie de quelques officiers, poussa une reconnaissance jusqu’à la Pointe-aux-Trembles, d’où il redescendit aussi perplexe qu’avant son départ. Les pluies continuelles qui tombèrent les deux jours suivants suspendirent les opérations et firent craindre pour la santé des troupes entassées sur les vaisseaux.
Ce mauvais temps exposait plus que jamais l’armée française à manquer d’approvisionnements.
Montcalm profita de ce temps de répit pour dicter à son secrétaire Marcel un projet de cantonnement pour le prochain hiver. « Il s’en faut bien, disait-il à Lévis en lui adressant ce projet, que la campagne soit finie ici, depuis le départ du saut. Ainsi, au contraire, augmentation de batteries et de feu sur la ville. Une petite escadre de vingt bâtiments, cinquante ou soixante berges, depuis trois jours , vis-àvis Sillery et le cap R.ouge. Bougainville côtoyant; la ligne très longue! Hier, sur les 10 heures du soir, démonstration d’attaque; cent berges en bataille à mi-chenal. J’avoue que je vous voudrais ici, et que je voulais que M. le marquis de Vaudreuil vous en envoyât un ordre conditionnel, s’il n’y avait rien à craindre et que tout fût bien... » A la fin de la même lettre il ajoutait : « Je vous voudrais ici pour cette épineuse queue, où je crois à une tentative quelque part. » Et le lendemain : « Voici un travail à faire, où Lapause peut vous servir d’avance, au cas où la colonie soit sauvée, car elle ne l’est pas encore. N’en écrivez rien au marquis de Vaudreuil, mais à moi seul...
« En vérité, s’il n’y a rien à craindre pour votre partie, j’avoue, mon cher chevalier, que je vous désirerais bien pour celle-ci, où tout n’est pas encore dit. »
Le jour même que le général français traçait ces lignes anxieuses, son antago-
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niste exprimait des idées plus sombres encore dans une lettre à lord Holderness, écrite à bord du Sutherland , ancré vis-à-vis le cap Rouge. L’état du ciel, dans cette journée orageuse, était en harmonie avec la tristesse de ses pensées. Le vent du
Wolfe déclara aux membres du conseil que, bien éloigné de penser autrement qu’eux,
il était au contraire de leur avis.
nord-est, qui s’engouffrait entre les deux falaises, sifflait lugubrement dans les cordages en blanchissant les vagues autour du vaisseau amiral. La pluie qui fouettait les vitres des hublots ne laissait pénétrer qu’un demi-jour dans la cabine où Wolfe écrivait. Sa figure était d’une extrême pâleur, car il était à peine rétabli d’une dernière attaque de sa maladie. Après avoir donné au secrétaire d’État un résumé des opérations du siège, des obstacles qu’il avait rencontrés, des préparatifs d’une der-
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nière tentative qu’il croyait inutile, il finissait par cet adieu découragé : « Je suis assez rétabli pour faire ma besogne, mais ma constitution est entièrement ruinée, sans la consolation d’avoir rendu aucun service considérable à l’État, et sans la perspective d’en rendre. »
Le matin du 10, le vent tourna au sud-ouest, et le soleil se levait radieux derrière les coteaux de la pointe Lévis. Wolfe, qui avait déjà fouillé de l’œil toutes les anses et les rochers de la rive nord, depuis Québec jusqu’à la Pointe-aux-Trembles, prit avec lui le brigadier Townshend, l’ingénieur Mac-Iveller, quelques officiers, et descendit jusqu’à une demi-lieue en amont de Québec, vis-à-vis l’anse au Foulon, mieux connue actuellement sous le nom d’anse de Wolfe. Cet endroit lui avait, diton, été indiqué par le major Stobo.
Wolfe examina attentivement, à l’aide d’une longue-vue, une coulée par où descend le ruisseau Saint-Denis, ombragé aujourd'hui comme alors par de hautes futaies. De chaque côté, surtout à l’est, l’escarpement saffaise et forme une déclivité par où passe un chemin public. Wolfe compta soigneusement les tentes dont les cônes blancs se détachaient à travers les arbres sur le penchant de la falaise. Il n’y en avait qu’une douzaine, et il paraissait y avoir peu de mouvement aux environs. Wolfe en conclut que le poste était peu gardé, et qu’une surprise de nuit y était peut-être possible. Mais l’entreprise semblait si téméraire, qu’il n’osa la proposer directement au conseil de guerre. Il prit un moyen détourné. C’est du moins ce qu’affirment deux annalistes du siège, le chevalier Johnstone et l’auteur du Journal tenu à l’armée , tous deux servant dans le camp français. Il est assez étrange que les chroniqueurs anglais, pas même Knox, dont le récit est pourtant si complet, ne fassent point mention de ce fait. « Les manœuvres que nous voyions faire depuis, quelques jours à l’ennemi au-dessus de Québec, dit le Journal, et la connaissance que nous avions du caractère de M. Wolfe, ce guerrier impétueux, hardi et intrépide, nous préparaient à une dernière attaque. La résolution en était effectivement, bien prise dans l’armée anglaise, ün y avait tenu, ainsi que nous l’avons appris par différents officiers anglais, après la levée du camp du saut, un conseil de guerre où tous les officiers généraux opinèrent unanimement pour la levée du siège. Les officiers de mer observaient que la saison déjà avancée rendait de jour en jour la navigation du fleuve* plus périlleuse; et les officiers de terre, dégoûtés par la longueur d’une* campagne aussi infructueuse que pénible, regardaient comme inutile de rester plus longtemps devant des retranchements qui leur paraissaient inattaquables. D’ailleurs, les uns et les autres ajoutaient que leur armée, toujours en proie aux .maladies, se fondait insensiblement. Alors M.. Wolfe, voyant qu’il ne pouvait rien gagner en heurtant de front l’opinion générale, prit adroitement les choses d’un autre côté; il déclara aux membres du conseil que, bien éloigné de
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penser autrement qu’eux, il était au contraire de leur avis sur l’inutilité de prolonger le siège de Québec; qu’aussi, dans la proposition qu’il allait faire, il voulait se dépouiller de la qualité de géréral pour ne rien attendre que de leur opinion pour lui.
« — Enfin, messieurs, leur dit-il, la gloire de nos armes me semblant exiger que nous ne nous retirions point sans faire une dernière tentative, je vous demande avec instance de vouloir bien ne vous y point refuser. Je veux que, dans cette circonstance , notre premier pas nous mette aux portes de la ville. Je vais dans cette vue essayer de faire pénétrer par les bois de Sillery un détachement de cent cinquante hommes seulement. Que toute l’armée se prépare à suivre. Si ce premier détachement rencontre de la part de l’ennemi quelque résistance, je vous donne ma parole d’honneur que, regardant alors notre réputation comme à l’abri de toute espèce de reproche, je n’hésiterai plus à me rembarquer. »
Le zèle qui animait un si brave général passa chez tous les officiers qui l’entendaient, et l’on ne s’occupa plus dans son armée que des dispositions nécessaires pour l’exécution d’un si noble projet. j>
Depuis plusieurs jours, l’escadre de l’amiral Holmes levait l’ancre devant Sillery à chaque marée et se laissait dériver jusqu’à Saint-Augustin et souvent au-dessus, d’où elle redescendait avec le baissant. Ce va-et-vient continuel épuisait les troupes de Bougainville, forcées de marcher jour et nuit pour se tenir vis-à-vis des vaisseaux, afin d’empêcher un débarquement.
Enfin, tout étant prêt, la nuit du 12 septembre fut fixée pour la descente. A partir de ce moment, une succession de circonstances inouïes conccururent au plus étonnant succès. La fortune, qui jusque-là s’était montrée si hostile au général anglais, parut lui accorder toutes ses faveurs. Cette puissance invisible que les païens appelaient la fatalité, et que les chrétiens nomment la Providence, voulait le triomphe de sa cause. Deux déserteurs de Royal- Roussillon , échappés du camp de Bougainville dans la journée du mercredi 12, assurèrent que le poste du Foulon était à peine gardé, et que, le soir même, un convoi de vivres devait descendre pour ravitailler le camp de Beauport. La difficulté des transports par terre avait contraint le munitionnaire de recouiir à ce périlleux expédient. L’essai en avait été fait depuis quelque temps et avait réussi. Les bateliers choisissaient les nuits noires et se laissaient dériver en silence avec leur changement le long du rivage nord, dans les ténèbres doublement épaisses projetées par les falaises. L’occasion ne pouvait être [plus belle pour Wolfe, et il résolut d'en profiter. Il ferait précéder le convoi et tâcherait de tromper les sentinelles en se faisant passer pour Français.
Dès leTmatin de. ce jour, les détachements de Saint-Nicolas s’étaient embarqués, et le colonel Burton avait ordre de réunir à la nuit tombante tout ce qui restait de
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troupes disponibles, tant à la pointe Lévis qu’à i’île d’Orléans, de remonter, en suivant le pied de la falaise, jusque vis-à-vis l’anse du Foulon où il se tiendrait prêt à traverser au premier signal.
Ce même jour, Wolfe lança du vaisseau amiral, le Sutherland , sa dernière proclamation :
« Les forces des ennemis sont divisées, dit-il ; il y a maintenant une grande disette de vivres dans leur camp et un mécontement universel parmi les Canadiens. Le second commandant est allé à Montréal ou à Saint- Jean, ce qui nous donne raison de penser que le général Amherst s’avance dans l’intérieur de la colonie. Un coup vigoureux frappé par notre armée dans cette conjoncture peut décider du sort du Canada. Nos troupes au-dessous de Québec sont prêtes à se joindre à nous; toute notre artillerie légère et les outils sont embarqués à la pointe Lévis, et les troupes débarqueront là où les Français semblent s’y attendre le moins. Le premier corps qui mettra pied à terre marchera directement à l’ennemi et le chassera de tous les petits postes qu’il peut occuper; les officiers auront soin que les corps qui suivront ne tirent pas par erreur sur ceux qui marcheront en avant. Les bataillons se formeront sur la hauteur avec promptitude et se tiendront prêts à charger tout ce qui se présentèra. Quand l’artillerie et les troupes seront débarquées, un détachement sera laissé pour garder le lieu du débarquement, tandis que le reste marchera en avant et tâchera de forcer les Français et les Canadiens à livrer la bataille. Les officiers et les troupes doivent se rappeler ce que le pays attend d’eux, et ce qu’un corps de soldats déterminés, endurcis à la guerre, est capable de faire contre cinq faibles bataillons français mêlés à des paysans sans discipline. »
Par une nouvelle faveur de la fortune, cette proclamation ne fut connue dans l’armée anglaise qu’après le départ d’un déserteur du Royal-Américain, qui s’esquiva le jour même.
Deux petits billets, écrits la veille par Montcalm, l’un à Bourlamaque, l’autre à Lévis, révèlent dans quelle situation d’esprit il était avant le coup de foudre du J 3. Il disait à Bourlamaque :
« Je suis accablé de travail, et l’humeur me saisirait souvent comme vous, si je ne pensais que j’ai été payé par l’Europe pour n’en avoir pas. »
Contre son habitude, il écrivit tout entières de sa main les quelques lignes adressées à Lévis, les dernières probablement qu’il ait tracées :
« Je réponds par celle-ci, mon cher chevalier, à la lettre que vous m’avez écrite le 7. Je manquai de courrier par la faute de Saint- Sauveur. Bien de nouveau ici. L’article des vivres, pain et viande; mais n’importe, l’Anglais restât-il jusqu’au 1er novembre, nous soutiendrons. »
Au coucher du soleil, le marquis descendit au rivage de Beauport, accompagné
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de Marcel, et, après avoir examiné une batterie qu’il venait de faire augmenter, il se promena longtemps avec lui le long des retranchements, en observant de fois à autre la flotte de l’amiral Saunders, dont les gros vaisseaux avaient ouvert leurs voiles et se rapprochaient des grèves de la Ganardière, tandis qu’un grand nombre, de berges, chargées de marins, se rassemblaient vers la pointe de l’île d’Orléans. C’était le commencement d’une fausse attaque convenue entre Wolfe et l’amiral, pour retenir au-dessous de Québec la masse des troupes françaises. Bientôt toute la flotte fut en mouvement : les vaisseaux échangèrent des signaux entre eux et entre l’ile d’Orléans et la pointe Lévis ; le bombardement de la ville reprit avec une nouvelle fureur et joignit ses grondements lointains à la canonnade plus rapprochée des vaisseaux qui balayaient les batlures de Beauport, comme pour préluder à une descente. Ce déploiement de forces, coïncidant avec la fin du jour, reportait aux scènes grandioses du 31 juillet et acheva de tromper Montcalm sur les vrais desseins des ennemis. A mesure que s’éteignirent les dernières lueurs du crépuscule pour faire place à une nuit obscure, les feux des bivouacs allumés dans le camp étoilèrent toute la côte de Beauport, depuis Montmorency jusqu’à la ville. Le général, conversant toujours avec Marcel, remontait vers le manoir de Salaberry, lorsque M. de Poulariès vint l’avertir que plusieurs berges s’approchaient vis-à-vis du plateau occupé par son régiment. Montcalm fît alors prendre les armes aux troupes et border les retranchements. B 'détacha en même temps le capitaine Marcel avec une de ses ordonnances auprès de M. de Yaudreuil, en recommandant de venir lui donner avis au premier incident qui surviendrait. B continua à circuler entre le manoir et le ravin de Beauport, en s’entretenant avec M. de Poulariès et le chevalier Johnstone. Sa conversation, toujours animée, prit un accent de vive émotion à mesure que la nuit s’avançait. B avait le pressentiment d’un danger prochain qu’il ne pouvait préciser. A 1 heure du matin, il envoya Poulariès à son régiment et continua sa marche avec Johnstone. Son inquiétude se portait surtout vers les bateaux de provisions qui, d’après l’avis de Bougainville, devaient descendre cette nuit-là même : « Je tremble, répétait-il souvent au chevalier, qu’ils ne soient pris, et que cette perte nous ruine sans ressource, car nous n’avons de provisions que pour peu de jours. »
A la même heure, Wolfe avait les mêmes pressentiments d’une mort prochaine. B fit ses dernières dispositions testamentaires, comme s’il eût eu la certitude qu’il ne survivrait pas au lendemain. En témoignage d’estime et d’atlachement pour ses collègues dans le commandement, il légua son argenterie à l’amiral Saunders, ses équipages à Monckton, et à Carleton ses papiers avec ses livres. Tous ses ordres donnés, et n’ayant plus qu’à attendre la marée, il fit venir dans sa cabine, à bord du Sutherland , un de ses compagnons de jeunesse en qui il avait une particulière confiance, John Jarvis, commandant la corvette le Porc-Épic, qui devint plus tard
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amiral avec le titre de lord Saint- Vincent. Il passa une heure avec lui dans l’intimité, et lui fit part de ses pressentiments. Au moment de lui dire adieu, il sortit de son gilet le médaillon contenant le portrait de Mu« Lowther et le remit à son ami, en le priant de le rendre à sa fiancée lorsqu’il serait de retour en Angleterre, si ses appréhensions se réalisaient.
Les vingt-deux vaisseaux de l’amiral Holmes ne levèrent l’ancre, au cap Rouge, qu’à l’entrée de la nuit. La marée, qui achevait de monter, ne les entraîna qu’à une petite distance de Saint- Augustin, d’où ils redescendirent avec le reflux, comme ils avaient fait les jours précédents, sans qu’aucun mouvement inusité éveillât le soupçon des factionnaires du rivage. Tout était activité cependant sur les navires. Les troupes savaient qu’une descente aurait lieu cette nuit même; mais un petit nombre d’officiers seulement connaissaient en quel endroit elle allait se faire. Les soldats nettoyaient leurs armes, les équipages se préparaient à la manœuvre des bateaux. Le colonel Howe, commandant de l’infanterie légère, frère du héros tombé l’année précédente devant Carillon, faisait appel à l’élite de ses soldats. Il choisissait vingt-quatre braves, à qui il réservait l’honneur de marcher les premiers au combat.
Les moiteurs de la nuit flottant sur le fleuve épaississaient les ténèbres et empêchaient de voir à distance. Aux ombres vagues qui glissaient sur les eaux, les sentinelles françaises placées en vigie sur les cimes du cap Rouge reconnurent et signalèrent le passage de la flotte; mais Bougainville, convaincu qu’elle remonterait avec le flux, comme aux autres marées, ne jugea pas à propos de la suivre.
Depuis quelques jours il semblait frappé d’aveuglement. Malgré les ordres les plus formels de Vaudreuil, lui enjoignant de garder sur les hauteurs d’Abraham le régimen de Guyenne pour se porter en peu d’instants aux endroits menacés, il l’avait laissé partir pour le camp de Beauport. Il avait également négligé de suivre le conseil du gouverneur, qui, après lui avoir fait remarquer que le poste du Foulon n’était pas assez gardé, lui avait dit d’y ajouter cinquante hommes de la compagnie de Repentigny.
« Bougainville, dit Johnstone, avait un grand fonds d’esprit, du bon sens et beaucoup de bonnes qualités; mais à une très grande bravoure se joignait chez lui beaucoup d’ignorance de l’art militaire, qu’il n’avait jamais étudié. »
Grâce à des influences de cour et à la faveur de Mme de Pompadour, il était passé de simple aide de camp au grade de colonel, au grand mécontement de plusieurs officiers plus anciens et plus méritants que lui. Le soir du 12, il avait envoyé dire, contre toute apparence, que l’armée anglaise était rentrée au camp de la punte Lévis; puis, au lieu de suivre la flotte sans jamais la perdre de vue, comme il en avait l’ordre formel, il resta inactif au cap Rouge avec tout son détachement.
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Pourquoi ne se rapprocha-t-il pas des hauteurs d’ Abraham, comme les manœuvres des Anglais le lui indiquaient? Pourquoi ne renvoya-t-il pas les grenadiers et les volontaires qui sont l’àme de leurs régiments? Pourquoi, après avoir informé Vaudreuil et Montcalm, ainsi que les postes de Rumigny, de Douglas et de Vergor, qu’il enverrait cette nuit même les bateaux chargés de provisions, n’a-t-il pas averti de son changement de résolution pour qu’ils ne les attendissent plus? Tout cela, conclut Johnstone est inexplicable.
Mais ce qui est impardonnable de la part de Bougainville, c’est d’avoir, au mépris des avertissements du gouverneur réitérés dans la lettre où il lui donnait carte blanche sur les moyens , changé ou du moins laissé partir, trois ou quatre jours après, le commandant du Foulon et laissé le poste aux mains de Vergor, cet officier mis en jugement peu d’années auparavant pour avoir livré presque sans résistance le fort de Beauséjour1. L’armée, comme les généraux, se reposaient entièrement sur lui. L’avantveille encore, Montbeillard lui écrivit de Beauport :
« Nous passons ici les nuits au bivouac, et nous avons grand tort; c’est vous qui veillez pour nous. »
Durant tout l’été, il avait eu sous les yeux l’infatigable vigilance de Lévis, qui, placé dans la même position que lui sur la rivière Montmorency, n’avait jamais été mis en défaut. Mais Lévis n’était plus à Québec.
A minuit, deux lanternes furent hissées, l’une au-dessus de l’autre, au grand màt du Sutherland. C’était le signal convenu. Aussitôt la première division prit place dans les bateaux et se mit en ligne, suivie de proche par le reste de l’armée, l’infanterie légère faisant l’avant-garde. A 2 heures, sur un signe du général, dont le canot s’était placé en tête, tous les bateaux se mirent en mouvement. Les soldats avaient ordre de garder un profond silence, les équipages de faire le moins de bruit possible, et de ne se servir de leurs rames que pour diriger légèrement leurs embarcations, car la marée baissante et la brise du sud-ouest qui s’était élevée les faisaient dériver rapidement. Les vaisseaux de l’amiral Holmes devaient descendre trois quarts d’heure plus tard avec le reste des troupes. La nuit était sereine mais sans lune, et la lumière des étoiles, tamisée par les vapeurs de septembre, était à peine visible. Le silence nocturne n’était troublé que par le clapotement de l’eau sur les flancs des embarcations et par le bruit du vent dans les arbres de la falaise, qui tout près, sur la gauche, dressait sa muraille de pierre dans l’obscurité.
Durant plus d’une heure , la longue file de bateaux glissa dans le même silence en suivant les contours du rivage. Aucun bruit insolite ne se faisait entendre sur les hauteurs, et tout portait à croire qu’ils n’étaient pas découverts. Wolfe, assis à l’ar*
4 M. de Foligné, Journal mémoraiif.
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rière de son canot, conversait de temps en temps à voix basse avec les officiers rangés auprès de lui. L’un deux, John Robinson, jeune garde-marine, qui devint plus tard professeur de sciences naturelles à l’Université d’Édimbourg, a raconté l’impression profonde qu’avait faite sur lui la conversation du général. Les idées mélancoliques qui l’avaient obsédé lui revenant à l’esprit, il en chercha l’expression dans la poésie, et il se mit à réciter la belle élégie de Gray sur un cimetière de campagne, dont la publication était encore récente. Eut- il une intuition plus vive du sort qui l’attendait, lorsque d’une voix émue il répéta ce vers, qui ne fut jamais si vrai que pour lui-même :
The paths of glory lead but to the grave.
« Messieurs, murmura-t-il en terminant la citation, j’aimerais mieux avoir fait cette élégie que de prendre Québec. »
« Qui vive? cria une sentinelle invisible dans l’ombre à l’un des bateaux de l’infanterie légère, au moment où il rasait le rivage de Samos à une portée de pistolet.
— France! t> répondit un des capitaines des Fraser’ s Highlanders, qui savait très bien le français.
La sentinelle, croyant que c’était le convoi de vivres annoncé par Bougainville, laissa passer le bateau en commettant la faute de ne pas demander le mot d’ordre et de ne pas aller elle-même s’assurer de la vérité.
Quelques minutes après, un froissement de branches, indiquant que quelqu’un 'descendait la côte du Foulon, se fit entendre, suivi d’un nouveau : « Qui vive?
— France! » répéta le capitaine; et il ajouta : « Ne faites pas de bruit; ce sont les vivres; on pourrait nous entendre. »
La corvette le Hanter était, en effet, ancrée à peu de distance.
« Passez, î dit la sentinelle, qui ne descendit pas plus loin.
La force du courant entraîna les bateaux de l’infanterie légère un peu au-dessous de l’anse. Les vingt-quatre volontaires, conduits par le capitaine Delaune, sautèrent sur le sable et s’avancèrent jusqu’au pied de la falaise, qui en cet endroit est très escarpée et couverte aujourd’hui comme alors de bois et de broussailles. Leurs fusils en bandoulière, ils se mirent hardiment à la gravir en s’aidant des branches et des arbustes. Ils arrivèrent au sommet sans avoir reçu un coup de fusil, et s’avancèrent jusqu’à la clairière ouverte sur le plateau, suivis de près par un plus fort détachement. Le jour commençât à poindre et permettait de distinguer la toile blanche des tentes sur le fond obscur du sol et du feuillage. Us s’élancèrent vers les sentinelles, qui en les apercevant tirèrent quelques coups de fusil et se replièrent vers
Descente des Anglais à l'anse du Foulon, le 13 septembre 175'J, d’après le dessin d’un officier de l’armée anglaise.
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les tentes. Yergor dormait profondément dans son lit et ne fut réveillé que par les détonations et les cris d’alarme. Il sortit précipitamment et se mit en défense avec les soldats de son poste accourus des tentes voisines. Ils n’étaient qu’au nombre d’une trentaine, car Yergor avait envoyé le reste, composé d’habitants de Lorette, travailler à leur récolte. Un piquet de l’infanterie légère, débarqué un peu plus haut, gravissait alors le ravin et marchait au secours des volontaires. Vergor, pris entre deux feux, ne fit qu’une faible résistance, reçut une balle au talon et se rendit prisonnier avec quelques-uns des siens. Les autres réussirent à s’échapper à la faveur de l’obscurité et des bois voisins.
Wolfe, resté sur le bord de la grève, attendait un signal avant de lancer de nouvelles troupes. Pendant un temps assez long, rien ne rompit le silence de la nuit que les rafales du vent et le murmure du ruisseau Saint- Denis, qui, gonflé par les dernières pluies, tombait en cascade sur le flanc de la montagne. Soudain éclatèrent quelques coups de fusil suivis d’appels aux armes, puis de nouvelles décharges accompagnées de c’ameurs confuses. Enfin des hourras poussés par cent poitrines anglaises annoncèrent que le poste était pris. Wolfe, sans rien laisser voir de la joie qu’il éprouvait, donna l’ordre d’avancer. Toute la première division, formée d’environ seize cents hommes, s’élança hors des bateaux, précédée des sapeurs qui en peu d’instants eurent débarrassé le ravin des abatis qui l’obstruaient et rendu libre le chemin tracé sur le penchant de la côte. Une partie de la division s’y engagea, tandis que le reste grimpait à droite et à gauche en s’accrochant aux buissons et aux angles des rochers. Wolfe, à qui l’excitation du moment donnait de nouvelles forces, gravit la côte d’un pas léger et rangea rapidement les troupes en bataille à mesure qu’elles débouchaient sur le plateau, l’aile gauche du côté de Sillery, l’aile droite du côté de Québec, toute la ligne faisant face au chemin Saint- Louis. L’éveil avait été donné à la batterie de Samos par la fusillade du Foulon, et elle ouvrit un feu vif sur les bateaux, dont elle endommagea quelques-uns, tua ou blessa plusieurs soldats et officiers. Le colonel Howe fut détaché avec l’infanteiie légère, pour aller s’emparer de ce poste et de celui de Sillery, dont la batterie tirait maintenant à toute volée sur l’escadre, qui achevait de dériver et jetait l’ancre devant l’anse du Foulon. Les deux postes, assaillis par des forces supérieures et se voyant sur le point d’être cernés, battirent en retraite du côté du cap Rouge. Une partie du régiment d’Anstruther alla prendre position dans les maisons échelonnées sur la route de Sillery.
Le transport des troupes s’était fait avec une telle célérité, qu’avant 6 heures du matin les plus éloignées, celles du colonel Burton, stationnées de l’autre côté de la rivière, avaient été transportées et déposées dans l’anse du Foulon. Les gardes françaises, entretenues par la ville le long de la grève, essayèrent d’inquiéter le
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débarquement, mais furent refoulées par des détachements soutenus du canon des vaisseaux.
Durant ces opérations, le grand jour était venu. Le soleil du 13 septembre se leva dans les nuages : du ciel gris d’automne tombaient de temps en temps de légères ondées qui faisaient craindre une journée pluvieuse. Sur la plaine ondulée et semée de bouquets d’arbres qui s’étendait devant l’armée, aucun ennemi n’avait encore fait son apparition. On eût dit que les régiments anglais n’y avaient été rassemblés que pour l’exercice d’une parade. Seul le canon du bombardement, qui avait redoublé à la nouvelle du succès de la descente, rappelait la guerre. Quand on songe que pour obtenir un tel avantage, il n’avait fallu que la peine d’une montée difficile et trois escarmouches insignifiantes, on reste confondu. Toutes les causes qui auraient dû faire manquer cette audacieuse tentative avaient conspiré pour sa réussite.
Premièrement, le régiment de Guyenne, posté sur les plaines d’Abraham, avait été retiré contre toute raison.
Secondement, il l’avait été à l’insu de Vaudreuil, sans quoi ce gouverneur aurait insisté à le taire renvoyer.
Troisièmement, Bougainville, contre l’avis de Vaudreuil, n’avait pas renforcé le poste du Foulon avec les cinquante hommes d’élite de Repentigny.
Quatrièmement, les deux déserteurs de Royal- Roussillon révélèrent à Wolfe le passage projeté du convoi de vivres, dans la nuit du 12.
Cinquièmement, Bougainville le fit annoncer aux différents postes, et, quoique ce convoi ne descendit pas, il négligea de contremander son ordre.
Sixièmement, le déserteur du Royal- Américain s’évada avant de connaître la proclamation de Wolfe et ne put ainsi révéler le projet de descente.
Septièmement, Bougainville, qui avait toujours suivi pas à pas la Hotte de i’amiral Holmes et ne l’avait pas perdue de vue, la vit descendre du cap Rouge et y resta précisément durant la fatale nuit du 13.
Huitièmement, le commandant du Foulon avait été remplacé trois ou quatre jours auparavant par le capitaine de Vergor, le plus mauvais soldat de la colonie.
Neuvièmement, celui-ci, le soir du 12, avait permis à presque tout son monde de s’absenter.
Dixièmement, il n’exerçait aucune vigilance et dormait profondément au moment du débarquement des Anglais.
Si une seu'e de ces chances avait fait défaut, la descente aurait probablement été empêchée, ou du moins arrêtée dans son exécution, et peut-être tournée en effroyable désastre. Si, par exemple, le régiment de Guyenne avait été retenu sur les plaines d’Abraham par Bougainville, comme celui-ci en avait Tordre positif de
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Vaudreuil, il serait arrivé à temps pour surprendre les régiments anglais dans le désordre de la montée, les culbuter du haut en bas des caps, et lancer sur eux un feu plongeant qui en aurait fait un terrible massacre, tandis que les batteries de Samos et de Sillery, les prenant en enfilade, auraient complété l’hécatombe. Wolfe
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