‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 104 sur 107 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

et plus il est digne de notre amour, & de la noblesse de nos sentiments. Si vous ne partiez pas, vous baisseriez dans mon admiration, Ô mon bien-aimé !

La Nouvelle-France n’était pour vous qu’un des membres de votre patrie ; et puisque la guerre en’ a fait l’amputation, vous devez agir à son égard comme vous le faites à l'égard de vos propres membres, perdus dans une bataille. Vous creusez un trou au pied d’un arbre, vous y enterrez le membre séparé du tronc, et vous poursuivez votre carrière sur d’autres champs de bataille.

LEVIS

Mais c’est plus qu'un membre de mon corps que je vais laisser dans votre pays natal, c’est mon cœur ; c’est la moitié de moi-même. O Giselle, il me semble que vous ne m’aimez pas autant que je vous aime. Dites-moi encore une fois. que vous m’aimez.

GISELLE

Ne vous l’ai-je pas trop dit ce mot si doux, que j'aurais dû garder au fond de mon cœur ?

Vous en souvenez-vous ? J'avais le pressentiment que la catastrophe viendrait, et qu’un abîme se creuserait entre nous !

Mais comment pouvais-je tenir mon cœur toujours fermé, quand votre amour me rendait si fière ?

LEVIS

Ne vous reprochez pas ce qui nous a donné tant de bonheur.

GISELLE ouvre un tiroir, et y prend un paquet de lettres.

Voilà, Gaston, le seul souvenir que je garderai de vous. Ce sont vos chères lettres, vos douces lettres, datées de vos lointaines campagnes.

En voici une écrite de Carillon, au lendemain de votre glorieuse bataille. La gloire n’éclipsait pas l’amour, et vous pensiez à moi, dans ces grands jours où tant de travaux et de fatigues auraient dû me faire oublier.

Je l’ai relue ce matin. Touchez-là, elle est en- <ore toute mouillée de mes larmes.

Chère amie, pourquoi donc nous séparonsnous ?

GISELLE

Ce n’est pas nous qui nous séparons ! C’est la Providence qui nous sépare, comme elle sépare les deux Frances !

La vie humaine est pleine de ces cruautés.

Mais la séparation n’est pas la mort, ni l'oubli.

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