‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 107 sur 107 · DE LERY · texte numérisé non relu

DE LERY

Mais necroyez-vous pas que la science de la guerre est moins nécessaire ici qu’en Europe?

BOURLAMAQUE

Ecoutez, mon ami, moi, je suis un homme de guerre, et vous ne me ferez pas admettre qu'il y a des pays où l’art militaire est inutile.

DE VILLIERS

Non, mais dans un pays comme le nôtre, il y a des opérations militaires que les Canadiens et les sauvages accomplissent, et que les troupes régulières ne sauraient pas faire.

BOUGAINVILLE

Une chose certaine, mes chers amis, c’est que la vie est bien dure dans votre beau pays, et nulle part nous n’avons tant souffert des rigueurs du climat, des longs et pénibles voyages, des fatigues de toute sorte, et même de la nourriture. Nous commençons à nous lasser de manger du cheval et de la soupe aux pois.

DE VILLIERS

La vie des Canadiens n’est pas moins dure que la vôtre. S'il y a un poste danger 1x à garder, c’est là qu’on nous envoie. Et 1 xpéditions J'hiver, au milieu des bois, sur les ;ivières glacées, avec des partis de sauvages, c’est nous qui les faisons, pendant que vous vous amusez dans vos quartiers d’hiver.

BOUGAINVILLE

Vos misères ne soulagent pas les nôtres.

Et puis, vous êtes chez vous. C’est votre pays que vous défendez.

DE VILLIERS

C’est la France que nous défendons.

BOUGAINViLLE

Alors, ne nous traitez pas comme des étrangers.

DE VILLIERS

Nous vous traitons comme des compatriotes.

Mais nous nous plaignons que vous ne rendez pas justice aux milices canadiennes.

LEVIS s'adressant à Bourlamaque et Bougainville

Vous avez tort, mes amis...

Deuxième variante.

La scène 11e du troisième acte commençait ainsi : MONTCALM, LEVIS et BOURLAMAQUE

Bonjour, Bourlamaque ; as-tu trouvé un remède contre ta nostalgie ?

BOURLAMAQUE

Oui, c’est un remède homéopathique : l’ennui par l'ennui.

Il n’y en a pas d’autre ici. Et j'en étais à dire à Lévis que nous avons eu bien tort de nous éloigner de la mère-patrie.

BOURLAMAQUE A qui le dites-vous ?

Avec nos goûts pour la guerre, notre expérience, nos états de service et nos relations de famille, nous nous serions assurés là-bas une brillante carrière, tandis qu'ici...

BOURLAMAQUE

Evidemment, mon général, vous avez raison. Nous ferions plus brillante figure sur les. bords de l’Elbe ou du Weser que sur les rives sauvages du Saint-Laurent et des grands lacs. Les yeux de la France ne se détournent guère de l’Europe pour regarder ce qui se passe ici. Mais que voulez-vous. La faute est commise ; le vin est versé, il faut le boire.

Hélas ! Ce n’est pas le vin qui nous est versé ici, c’est la lie ; et je la trouve amère de temps à autre.

N'importe, nous ferons notre devoir jusqu’au bout, et si la France nous oublie aujourd’hui, elle sera bien forcée de se souvenir de nous, un jour. Sur ce théâtre obscur et ignoré où nous luttons, nos actions d'éclat auront fait la lumière, et la postérité verra et comprendra ce que nos contemporains n'auront pas même soupçonné.

LEVIS

Bravo, général, c’est parler noblement.

Ah ! si j'étais le chef ! Si je pouvais vraiment commander, mais tu sais comme moi à quel régime funeste nous sommes soumis.

Le gouverneur prend plaisir à renverser mes plans, et à contremander mes ordres. Nous ne sommes pas seulement les subalternes du gouverneur, nous sommes les humbles suppliants de l’Intendant qui nous entretient, qui nous équippe, qui nous fournit des armes, des munitions, des approvisionnements, et qui nous fait jeûner avec nos troupes pendant qu’il vit lui-même dans l’abondance, le luxe, au milieu des plaisirs et de l’immoralité.

Cette division de l’autorité entre le gouverneur, l’intendant et vous-même, est vraiment malheureuse ; elle à pour but une certaine pondération des pouvoirs ; mais elle ne produit que des conflits inévitables et désastreux. Que voulez-vous ? Votre poète favori l’a dit :

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.

Je le sais trop, mon cher ami ; et Corneille ajoute :

Mais on doit ce respect au pouvoic absolu De n’examiner rien quand un roi l’a voulu.

Le roi veut, soumettons-nous, et allons nous battre puisqu'il n’y a guère pour nous d'autre droit

que celui de mourir.

LEVIS

Calmez-vous, mon général, et regardez les choses avec plus de sang-froid.

MONTCALM Du sang-froid ? Tu oublies que je suis du midi, et que mon sang est chaud. Quand je vois

dans quelle position humiliante nous sommes ici, j’enrage, c’est plus fort que moi.

As-tu jamais lu les comrnis sions du Gouverneur et de l’Intendant ?

LEVIS

Non, et j'avoue que j'en ignore absolument les termes.

Ecoute un peu, en voici des extraits :

“Le gouverneur « le pouvoir de commander “tant par mer que par terre, de faire les opéra- “tions de guerre suivantes: assiéger et prendre “ es places et les châteaux. .. (quand il le pourra, “ naturellement, et s’il n’y a que lui pour prendre

“les forts l'ennemi y dormira tranquille). . faire “ conduire et exploiter les pièces d’artil'erie : “ établir des garnisons, et enfin commander ia! “au peuple qu’à tous nos autres sujets, e:cie ::. “ tiques, nobles et gens de guerre et autres, de “ quelque qualité et condition qu’ils soient.

LEVIS

Ce sont des pouvoirs bien grands. — Et l’Intendant ?

Ecoute bien ; tu en croiras à peine tes oreilles : “ L’Intendant est à la tête de la justice “et de la police, et tous les citoyens, même les

‘“ gens de guerre (entends-tu ? les gens de guerre) “sont ses justiciables. Il préside le Conseil Su- “périeur et il fait partie même des conseils de ‘guerre. — Il a droit de juger toutes matières ‘tant civiles que criminelles, de faire des règle- ‘ments et des ordonnances. Il a juridiction sou- ‘‘ veraine en tout ce qui concerne la levée et la “perception des impôts et autres droits de la ‘“ Couronne. Et enfin, il est chargé de l’adminis- ‘“tration des finances et de la marine. Il a la ‘“ direction du maniement et distribution des “ argents de la couronne pour l'entretien des gens ‘de guerre, pour les vivres et munitions, fortifi- + “cations et réparations, etc. etc. ”

LEVIS

C’est énorme.

Notre position est celle-ci : quand nous jugeons, comme gens de guerre, qu'il faudrait faire telle campagne, s'emparer de tel fort, et le. détruire, ou toute autre opération militaire, nous devons en demander humblement la permission au gouverneur, et quand nous l'avons cotenue, supplier Bigot de vouloir bien subvenir aux dépenses nécessaires, sans rien retrancher de son luxe et de ses plaisirs. Si j'avais connu cela avant de quitter la France, jamais je n’aurais

accepté un poste comme celui-ci. Et ce qui est terrible, vois-tu, c’est que le seul pouvoir qui pourrait rémédier à cet état de choses, est au delà des mers, à douze cents lieues de nous, et que des mois et des années de correspondance ne suffraient pas à renseigner le roi exactement sur ce qui se passe ici. “

C’est un mal sans remède, et il ne nous reste à nous que le devoir de lutter jusqu’à la fin contre les ennemis de la France, et le droit de donner notre

vie pour elle.

LEVIS

C’est plus qu’un droit, c’est un privilège, et

tous ne l’ont pas.

Tu as raison, le gouverneur et l’Intendant n’ont pas cette prérogative suprême, qui nous assure la gloire dans les siècles futurs. Jusqu'à la fin nous nous battrons donc ; et si Dieu le veut nous nous ensevelirons sous les ruines de la colonie. —Ce n'est pas quand la tempête gronde que le capitaine abandonne son navire. Accomplissons nos destinées. — Et du lac Ontario au lac Champlain, et du lac Champlain jusqu'à Québec, que l’herbe ne pousse plus sous les pieds de nos soldats...

C'est À ce moment que Vaudreuil entrait, et s'excusait de s'être fait attendre

Troisième variante.

Voici comment se terminait le tableau final des “ adieux ”’ au cinquième acte. GISELLE et LEVIS

GISELLE

Je vous vois-encore à votre retour de Carillon, tout triomphant au côté de Montcalm, et je n’ai pas oublié nos doux entretiens mêlés à ces souvenirs de gloire.

‘Je me souviens qu’un jour vous m'avez dit que j'incarnais pour vous la Nouvelle-France, C'était un doux mensonge, sans doute ; mais,

à mes yeux, il était strictement vrai que vous incarniez la Vieille France.

Hélas ! ces beaux jours sont passés et ne reviendront plus.

LEVIS Il dépend de vous de les faire revenir.

GASELLE

Non, Gaston, c’est Dieu qui a conduit les évènements, et mous devons nous soumettre.

Pourquoi la Providence des nations a-t-elle voulu séparer la mère de la fille ? L'avenir le dira. Peut-être ce malheur, irréparable pour la Vieille France, sera-t-il pour le plus grand bien de la Nouvelle.

Elle est jeune. Un sang généreux coule dans ses veines, et lui assure des siècles de vie.

LEVIS

Ces rêves sont nobles et beaux : mais ce sont des rêves.

GISELLE

Il y a des rêves qui se réalisent.

L'Angleterre nous a vaineus, mais non exterminés. L'avenir sera sombre sans doute ; mais mous vivrons de la foi et de la gloire du passé. Songez aux rayons de bonheur qui traverseront encore mæ vie, quand j’entendrai mes compatriotes chanter les gloires de Lévis et de Montcalm, et surtout votre dernière victoire.

Nous resterons attachés au sol natal, et à l'amour de la France, comme le lierre aux grands chênes, et l’on sera bien étonné, un jour, de retrouver en Amérique une Nouvelle-France vivante et florissante en plein territoire britannique.

LEVIS

Mais sur qui pouvez-vous compter pour réaliser de si belles espérances ?

GISELLE

Sur les quelques milliers de colons qui se sont montrés des héros, qui ont cultivé le sol de

la patrie, qui l'ont arrosé de leurs sueurs pendant la paix et de leur sang pendant la guerre, et qui pour cela même ne veulent pas l’abandonner.

Ceux-à ne sent pas des jouisseurs ; ils sont des souffrants, et ce sont les souffrants qui rachètent les peuples.

Montcalm et vous, général, avez écrit à la pointe de l’épée la plus glorieuse page de notre histoire; mais cette histoire n’est pas finie, et c’est à nous, Canadiens et Canadiennes, de la continuer.

Nous complèterons l’œuvre de la France, celle qu’elle voulait faire à l’origine, et que Dieu ne lui a pas permis d'achever.

r». Comme elle, nous incarnerons l’héroïsme militaire ; et nous resterons fidèles à Dieu, de qui seul dépend l’avenir des nations.

LEVIS

Quelle âme patriotique vous avez, Giselle !

GISELLE

C’est l’âme de ma grand'mère, Madeleine de Verchères. Il y a deux mois, je suis allée prier sur son tombeau, et c’est elle qui m’a dicté mon devoir, et qui m’a inspiré de vous dicter le vôtre. Au nom de notre amour, Gaston, partez — la France vous réclame.

Lévis se tourne vers le portrait de Montcalm :

‘“O mon général, inspirez-moi ! ” On entend le pas cadencé des soldats qui passent et qui vont s'embarquer à bord des navires. Ils sont suivis par une foule immense d'hommes, de femmes et d'enfants. Tout à coup un grand criretentit dans la rue : Vive la France ! Giselle court à la fenêtre et dit :

C’est la France qui part.

‘“ O France adorée, adieu ! .. .”

D'autres cris retentissent sur la place du Château.

LEVIS

C’est la France qui reste.

GISELLE

C'est la mienne, et sa devise sera : ‘ je me souviens. ”

Souvenez-vous aussi, Gaston ; dans la vie nouvelle qui va s'ouvrir pour vous, au milieu du hasard des batailles, n'oubliez pas votre petite France d'Amérique pour laquelle vous avez si glorieusement combattu ; et dites-vous bien alors qu'ici, sur les bords du grand fleuve, il y aura une amie qui priera pour vous, et qui restera fidèle au souvenir, et à l’amour sacrifié.

Séparons-nous, Gaston ; suivez la France qui s'en va.

LEVIS tombe à genoux.

Je vous en prie, Giselle, suivez-la avec moi.

GISELLE

Impossible ! c’est l’heure des adieux.

Tévis saisit les deux mains de Giselle et les baise avec effusion.

(Le rideau tombe.)

Quelques détails historiques

sur mes personnages

Tous ceux qui ont lu les deux beaux volumes de l'abbé Casgrain sur Montcalm et Lévis, et le magnifique ouvrage de l’Honorable M. Chapais consacré à Montcalm connaissent déjà les détails historiques qui suivent. Je les ai empruntés à leurs ouvrages.

Montcalm a été une des grandes gloires militaires ‘ de la France. Mais c’est ici qu’il est mort, et qu’il repose depuis un siècle et demi dans notre chapelle des Ursulines.

Mieux que la France, croyons-nous, nous avons

gardé sa mémoire, et nous le considérons justement, il me semble, comme une des gloires du Canada.

Dans un discours que j'ai fait à Paris en 1875, j'ai pu dire aux Parisiens que dans leur admirable ville, toute peuplée de statues, j'avais vainement cherché celle de Montcalm. Et dans l'énorme dictionnaire d'histoire et de géographie de Bouillet, où quelques lignes seulement sont consacrées à Montcalm, je lis ce détail au nom de Lévis : “ Lévis fut envoyé au Canada pour remplacer Montcalm, tué devant Québec. ”

Il faut admettre que les Français d'aujourd'hui sont mieux renseignés sur notre histoire.

La mère de Montcalm, marquise de Saint-Véran, qui paraît dans le prologue du drame, était une femme tout à fait remarquable, et une grande chrétienne. Son mari était né huguenot. Mais elle l'avait converti à la foi catholique. Tout ce que notre héros avait de noble, de généreux et de chevaleresque, il le devait à sa mère.

Il avait épousé, le 3 octobre 1736, Angéline-Louise Talon du Boulay. Elle était bonne, douce, et ne partageait pas le goût de la guerre des Montcalm. Elle pleura sincèrement son mari, et habita le château de Candiae jusqu'à sa mort.

Elle eut deux fils et quatre fille. Louis, son aîné, qui prit le titre de marquis de Saint-Véran; fut député de la noblesse aux Etats Généraux. Il resta à Paris pendant la Terreur, soigneusement caché pour éviter la guillotine.

Au retour des Bourbons, Louis XVIII le nomma lieu-

170 APPRNDBICE

tenant général. Il avait épousé Jeanne-Marie de Lévis, nièce du vainqueur de Sainte-Foie.

Dans les deux dernières ahnées de sa vie, Montcalm habita une maison de la rüe des Remparts, à Québec, à l'endroit où se trouve aujourd’hui le maison No 49.

(2) Lévis

Le héros de Sainte-Foie appartenait à une famille noté très ancienne dont les origines remontent au xu° siècle. 11 descendait des Lévis d’Ajac de la branche cadette de cette famille, et il était né en 1720.

Militaire précoce, il fut nommé à 15 ans lieutenant au régiment de la marine ; et à 17 ans, il était capitaine.

En 1748, après les campagnes d'Autriche, de Bohême, d'Allemagne et d’Italie, il fut fait colonel et chevalier de Saint-Louis.

Il fit la guerre en Canada sous Montcalm, de 1756 à 1760 ; et de retour en France, il continua de guerroyer pour elle.

Il épousa Gabrielle-Augustine Michel de Tharon, et il occupa successivement les postes les plus brillants, entre autres celui de gouverneur de la province d’Artois. Enfin, il devint maréchal de Francs, et duc héréditaire. Il mourut en 1787 à l’âge de 67 ans, et sa veuve fut guillotinée pendant la Terreur.

Son fils, Gaston-Pierre-Marc de Lévis suivit d’abord, comme son père, la carrière militaire, et il y occupa de hautes positions. Plus tard, il est devenu un homme

de lettres très distingué, et il publia plusieurs ouvrages, qui le firent admettre à l’Académie française. Il mourut comblé d’honneurs le 15 février 1830.

(3) La famille de Lanaudière

Giselle de Lanaudière, mon héroïne, a-t-elle existé ?

Je ne le crois pas.

Elle est fille de mon imagination, et je regrette beaucoup qu’elle n’ait pas été vraiment la petite fille de Madeleine de Verchères.

En écrivant l’histoire de ses amours avec le chevalier de Lévis, j'ai conçu pour elle un véritable attachement ;

mais je n’ai pu faire davantage pour sa gloire que lui donner une illustre grand'mère, en imagination.

Les enfants de la fiction ont cela d'avañtageux que leur auteur peut leur donner une illustre famille, et leur faire accomplir de beaux gestes, qui sont de la fiction, Ce qui est historique, c’est qu'au temps où Montcalm et Lévis demeuraient à Québec, Charles François Tarrieu de Lanaudière y vivait aussi dans l’ancienne rue du Parloir ; qu’il était pour eux un brillant compagnon d'armes, en sa qualité de capitaine dans les troupes de la Marine, et un ami ; que Madame de Lanaudière, née de Boïishébert, était une femme distinguée, belle, charmante et très hospitalière, que Lévis et Montcalm fréquentaient beaucoup ; et je ne vois pas pourquoi M. de Lanaudière, qui avait alors près de 50 ans, et qui était fils de Madeleine de Ver-

chères, n’aurait pas eu chez lui une fille ou une nièce aussi accomplie que Giselle, et dont M. de Lévis, célibataire, serait devenu amoureux.

Oui, cela aurait dû être, mais cela n’a pas été, Et, malgré mes recherches!, dans les familles de Charles François de Lanaudière et de Jean-Baptiste, les deux fils de Madeleine de Verchères, je n'ai pu y trouver ma patriotique Giselle.

Mais chose curieuse, j'y ai fait la connaissance d’une Marie-Anne de Lanaudière, fille de Madeleine de Verchères, qui s’est mariée trois fois, et quia été sur le point d’épouser en quatrièmes noces le célèbre M. de Bougainville.

Et si le malheureux Bougainville n’est pas venu au secours de Montcalm sur les plaines d'Abraham, c’est peut-être parce qu’il flirtait quelque part avec Marie- Anne de Lanaudière. L'amour ne rend pas seulement aveugle, il rend sourd aussi, et a empêché Bougainville d’entendre les détonnations de l’artillerie française.

Cela n’a pas empêché Bougainville de devenir, plus tard, un illustre marin, de faire le tour du monde, de sillonner les mers en tous sens, et d'acquérir une grande célébrité.

Bigot et ses complices

Ceux qui liront mon drame ou qui l’entendront jouer,

(1) J'ai à remercier Mde Neïlson, née de Lanaudière, et notre aus archiviste, M. Roy, pour m'avoir assisté dans ces re- € es.

concevront sans doute pour ces autres personnages, qu’ils auront vus À la scène, beaucoup de mépris et de haine. Et ils seront curieux de savoir quel accueil ce grand scélérat, chef de ce qu’on appelait le Grande Société, reçut à Versailles à son retour en France.

Leur satisfaction sera grande d'apprendre que la police Royale l’arrêta, et le renferma à la Bastille, avec ses complices.

Une commission présidée par le lieutenant-général de police et composée de vingt-sept juges au Châtelet, fit le procès des inculpés, qui se défendirent par tous les moyens que leur scélératesse leur suggérs.

Le procès dura quinze mois. Bigot et Varin furent bannis À perpétuité du royaume, et leurs biens confisqués. Cadet fut condamné à un bannissement de neuf ans et à restituer six millions. Les autres concussionnaires eurent à restituer des sommes variant de trente mille à six cent mille livres!.

(1) (Voir l’abbé Casgrain).

Page 1