‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 23 sur 107 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VARIN Fermez les yeux, vous ne la verrez pas venir. BIGOT

Au contraire, ce sont les yeux fermés qui la voient le mieux. Dis-moi, Cadet... de Gascogne, connais-tu les remords, toi ?

CADET Non, sont-ce de nouveaux arrivés de France ?

VARIN

Peut-être, car Voltaire les a bannis de la Mère-Patrie.

CADET

Pas de langage figuré, s’il vous plaît, et dites-moi ce que vous voulez savoir.

BIGOT

Je veux savoir si tu sens quelquefois des troubles de conscience ?

CADET

Non, jamais, je ne connais que les troubles

d'estomac.

BIGOT

Quand il est vide ?

CADET Ou quand ma bourse est vide. Et toi, Varin ?

VARIN

Ne me parlez pas de ma conscience, car il suffit d’en parler Pour qu’elle revienne de l'exil où je l'ai envoyée.

BIGOT Depuis quand l’as-tu bannie, et pourquoi ?

VARIN

Depuis que vous m'avez associé À vos spéculations. Elle me tourmentait, et m’empéchait de m’enrichir. Alors, je l'ai chassée, comme j'ai fait de ma femme, parce qu’il y avait incompatibilité d'humeur entre nous.

BIGOT Et depuis lors tu as la paix ?

VARIN

Pas toujours. Car si ma femme n’a jamais eu la tentation de me revenir, il n’en est Pas ainsi de ma conscience. Elle avait pour moi un attachement beaucoup plus fort évidemment, et elle revient souvent me solliciter de la reprendre.

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