SCENE VI
LEVIS, BOURLAMAQUE, BOUGAINVILLE, DE LANAU- DIERE, DE LIGNERIS, DE VILLIERS s'avancent sur le devant de la scène en Paraissant discuter,
LEVIS s'adressant à BOURLAMAQUE et à BOUGAINVILLE
Vous avez tort, mes amis : Vous ne rendez pas pleine justice aux miliciens canadiens. Naturellement, ils n’ont pas l'entraînement des troupes régulières. — Mais pour les expéditions d'hiver dans les bois et les neiges, ils n’ont pas d'égaux. Et puis, vous ne savez peut-être pas, Bougainville, que nos soldats sont logés, chauffés
ACTE PREMIER 35 et nourris pendant l’hiver chez les pauvres colons, à raison de dix sous par jour.
DE VILLIERS Payés en monnaie de singe.
BOUGAINVILLE Qu’appelez-vous monnaie de singe ?
DE VILLIERS J’appelle ainsi les bons en papier que l’intendant nous délivre et qu’il faut changer au rabais. BOUGAINVILLE Plaignez-vous aux autorités.
DE VILLIERS
Ah oui, les autorités... Parlons-en !
MONTCALM intervient Non, mon ami, n’en parl:ns pas. Les autorités sont impuissantes. Elles sont divisées, et je ne vois guère comment l’unité d’action se-
rait possible avec le régime auquel la colonie est soumise.
M. DE VAUDREUIL se rapproche
La division des pouvoirs dans le corps s0cial est pourtant bonne, en principe.
Oui, mais à condition qu’ils soient centralisés au sommet dans une seule tête. Ici, la centralisation fait défaut, parce que la tête manque.
VAUDREUIL Que voulez-vous dire ?
MONTCALM Je veux dire me la tête est on France.
“AUDREUIL
Oubliez-vous, général, que je représente
ici le Souverain ?
Oh ! non, je ne puis pas l'oublier, car vous me le rappelez souvent, en me faisant sentir votre autorité.
VAUDREUIL J'en use rarement, et je n’en abuse jamais.
Vous n’en abusez pas à l'égard de l’intendant.
VAUDREUIL
Que voulez-vous dire encore ?