ACTE DEUXIEME
En chemise, tête nue, le visage enflammé, il galoppait sur son grand cheval noir, à gauche, à droite, au centre, indiquant de son épée qui flamboyait au soleil tous les mouvements à faire et les points faibles à défendre.
Desandrouins et moi, nous transmettions ses ordres — mais Desandrouins faisait plus de besogne que moi, il transmettait aussi aux soldats toutes sortes de faux rapports pour les encourager. J'espère que le ciel le récompensera pour tous les mensonges patriotiques c41il a semés dans
ses courses.
Allons Desandrouins, conte-leur donc ça un
peu.
DESANDROUINS
Je ne m’en souviens plus, raconte-le toi-même.
LAROCHEBEAUCOUR
Eh! bien, voici: A droite, il exagérait les succès de la gauche, et à gauche, les succès de la droite. Sa voix de stentor criait : — Courage, camarades, il y a là-bas près de nos retranchements quinze cents Ecossais le ventre en l’air. L’aile droite de l’ennemi est enfoncée par Bourlamaque. Le centre est en déroute. Les tirailleurs anglais se cachent derrière les souches ; mais ils sont trop grands, et les souches sont trop courtes pour sauver leurs têtes !
PLUSIEUTS SOLDATS Bravo ! Desandrouins !
DESANDROUINS
O mes amis, ce qui fut terrible, ce fut la fin de la bataille. L'ennemi avait concentré ses forces sur notre droite, pour nous porter le coup décisif ; et il nous aurait été fatal si nos deux chefs ne s'étaient pas réunis pour décider la victoire.
Montcalm avec les grenadiers, et Lévis avec les Canadiens n'étaient pas de trop pour soutenir le choc des Montagnards écossais et des Rangers.
Les retranchements grondaient comme la foudre. Le feu prit aux arbres entassés sans mettre fin à la fusillade. Montcalm, toujours nu-tête, couvert de sueur, noirci par la fumée, les yeux chargés d’éclairs était au plus fort de la mêlée.
Lévis avait encore son chapeau, mais il était percé de deux balles. Tout-à-coup il cria : En avant Canadiens ! — ils étaient sept cents groupés alors, et couchés dans les broussailles à l’extrême droite.
Couverts de sueur et de poussière, menaçants et farouches, rampant comme des tigres prêts à bondir sur leur proie, ils s’élancèrent sans pousser