ACTE TROISIEME
de Saint Louis ; et plusieurs de nous ont reçu des promotions et des titres.
Mais c’est la colonie qui demandait des secours, et c’est elle qui ne reçoit rien.
Sais-tu quelles recrues on envoie à nos troupes pour remplir les vides que la guerre a faits ? Trois cents hommes.
LEVIS C’est incroyable.
Ah! mon cher Lévis, si la Providence ne fait pas un miracle pour la sauver, cette colonie est perdue.
LEVIS
Il faut chasser ces noirs pressentiments,
général, et ne pas perdre courage.
Oh! ce n’est pas mon courage qui faiblit, c’est mon espérance ; et c’est l'avenir de cette colonie qui me paraît désespéré. Mais tu me connais assez pour savoir que malgré tout, je lutterai avec toi jusqu’à la fin.
Je le sais. Et quand nous aurons tout fait
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Pour sauver ce pays, nous rentrerons en France, et la patrie récompensera nos services.
Peut-être, si elle en vient à comprendre toute l'étendue de nos sacrifices et tout le mérite de nos travaux et de nos combats. Mais qui sait si nous survivrons aux injustices du sort et à celles des gouvernants.
LEVIS Voyons, mon général, vous qui savez par cœur vos classiques grecs, n’oubliez pas qu'Ulysse a revu sa chère Itarque.
MONTCALM Oui, mais c’est vous qui êtes Ulysse, mon cher Lévis. Et si j'en crois mes pressentiments, moi, je suis le malheureux Achille ou le plus malheureux Hector qui moururent tous deux sous les murs de Troie.
Je comprends votre tristesse, mon cher ami ; car je sais que Bougainville vous a rapporté la nouvelle qu’une de vos filles est morte.
Hélas ! Et Bougainville n’a pu me dire
ACTE TROISIÈME 63 laquelle de mes filles je ne reverrai jamais. Peutêtre mourrai-je moi-même sans l'avoir appris.
LEVIS
Evidemment ce grand chagrin domestique assombrit encore vos inquiétudes patriotiques.
C'est vrai. Je suis hanté par le pressentiment que la Nouvelle-France va mourir, et que: je vais mourir avec elle.
Ah ! mon cher Lévis, qui me rendra mon beau Candiac, et les êtres aimés qu’il renferme ! Quel-
que chose me dit que je ne les reverrai jamais, Tu connais le dicton populaire de chez nous : La guerre est le tombeau des Montcalm. J'aurai le sort des ancêtres.
LEVIS
Chassez, je vous prie, ces idées noires. Les pressentiments ne sont que des mirages ; et les mirages ne sont pas des réalités,
Yon, mais ils sont quelquefois les reflets
de reulités plus ou moins éloignées.
La vue du majestueux Saint-Laurent ne peut pas ine faire oublier le Vistre. Ce n'est qu’un ruisseau, le Vistre, mais Candiac y mire ses tour-
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nimes tem tn
relles ; il coule à travers mes prairies, et ce sont mes enfants qui jouent sur ses bords. Le Vistre m'est aussi cher que l’étaient aux Troyens le Simoïs et le Scamandre.
LEVIS
Pauvre ami! Je comprends votre chagrin ; et si j'avais quitté là-bas une femme et des enfants je me sentirais sans doute aussi malheureux que vous. Mais je suis célibataire...
Et tes amours sont ici, cachottier ?
Je croyais avoir quelque droit à tes confidences, mais tu ne m’as rien dit encore de ton amour pour Giselle de Lanaudière.
LEVIS
Je ne vous en ai pas parlé, parce que ce n’est pas un secret. Mes rapports avec elle sont publics, et je ne cache pas les sentiments qu’elle m'inspire.
Oui, mais il y a sentiments et sentiments.
Si ton amour pour elle est vraiment sérieux, comme je crois qu’il doit l’être, avec une personne de son mérite, tu dois songer au dénoûment qu’il peut avoir.