ACTE TROISIEME
autorité, et vous m’en faites quelques fois sentir
le poids...
VAUDREUIL
L'autorité que j'exerce à votre égard me vient du pouvoir suprême, et je ne crois pas en abuser.
C’est plutôt vous qui voudriez me réduire à un personnage représentatif, portant l'effigie du roi, mais sans action dans le gouvernement de ce pays. Or, je prétends être autre chose qu’un royal mannequin. Je reconnais que vous êtes l’épée, mais je prétends tenir le sceptre, c’est-à-dire le pouvoir souverain en ce pays.
C'est une de vos illusions, en même temps qu’une erreur du régime auquel nous sommes soumis. — Mais si vous avez le sceptre servezvous-en à l'égard de ceux qui dilapident cette malheureuse colonie. Affirmez votre pouvoir en face de l’intendant, et mettez fin au brigandage dont nous sommes tous les témoins et les victimes.
Bigot et ses-complices font des fortunes scandaleuses, non seulement en Pillant le trésor public, mais-en dépouillant les colons, en les rançonnant, en leur extorquant le produit de leur travail, et en leur vendant à cent, cent cin-
quante pour cent les marchandises dont ils ont besoin.
Jusques à quand laisserez-vous faire un pareil commerce ?
VAUDREUIL Il y a déjà longtemps que je l’ai dénoncé au gouvernement de Sa Majesté. Ce n’est pas ma faute à moi si le ministre fait la sourde oreille, ou si des influences mystérieuses rendent mes dénonciations inutiles.
MONTCALM Eh! bien, si vous n’avez pas d'autorité à Versailles, faites valoir ici celle que vous prétendez tenir du roi. Si vous avez le sceptre, frappez-en les coupables, et je mettrai à votre service le poids de mon épée.
VAUDREUIL
Je le voudrais, mais il y a malheureusement un étrange conflit entre les pouvoirs dont je suis revêtu et ceux qui sont conférés à ce personnage extraordinaire qu'est l’Intendant. Les terines de sa Commission sont tellement larges et ses attributions tellement étendues, qu’il croit être un Etat dans l'Etat.
J'ai déjà tenté de lui reprocher son administration ; mais il m’a répondu qu’il n’a pas de compte à me rendre.