‹ MontcalmChapitre 28 sur 61 · SCENE V (Maurin, puis Philippe par la droite · texte numérisé non relu

SCENE V (Maurin, puis Philippe par la droite

MAURIN.— Eh! bien, vous voilà secréta^e du Général?... C'est ainsi lorsque papa Maurin mène une affaire.

PHILIPPE ( présentant une chaise ) .— Veuillez donc vous asseoir, Monsieur. Je vais prévenir ma mère. Bien que souffrante, je suis certain qu'elle voudra vous remercier elle-même de vos bontés pour moi.

MAURIN ( s'asseyant ) .— Non, non, restez, les moments sont précieux. Je suis attendu à l'Intendance, (consultant sa montre. ) Ainsi, nous voila en place! Il a suifi d'un coup d'épaule pour vous mettre sur le chemin de la fortune. Hé! de la milice au secrétariat, du Général en chef, c'est un saut,savez-vous! Ah! le destin favorise rarement à demi.

PHILIPPE. — Oui grâce à votre généreux appui Ah! croyez-moi, Monsieur

MAURIN.— Bon, bon, n'exagérons rien. De nos jours, la générosité est une de ces vertus faciles qui masque souvent la vanité, l'intérêt personnel, toujours. Mon Dieu! vous êtes jeunes, prenez ce conseil: Ne vivez que pour vous-même dans ce monde, et vous ferez convenablement vos aifaires. J'ai commencé à méditer cette maxime dans une mansarde de la rue St-Paul à Montréal, et je vaux aujourd'hui un million et demi... ( il se lève) .

PHILIPPE — Que vous dépensez à faire le bien.. Ah! Monsieur c'est noble.

MAURIN ( haussant les épaules, passe devant Philippe ) .—Mais non, mais non, je vous le répète. Je ne suis pas un St-Martin... Je serais incapable de partager mon manteau. Comme mon prédécesseur de la rue Quincampoix, je prête quelquefois l'appui de ma bosse, mais toujours à bon ptofit...

PHILIPPE. — Ah' monsieur, vous ave/, été bien bon pour moi. Dites-moi, je vous prie, ce que vous attendez de mon zèle?

MAURIN.— Je vous veux du bien. "Vous avez tout pour réussir: Jeunesse, intelligence. Vous êtes beau...

PHILIPPE.— Vous me comblez

MAURIN (confidentiellement).— N'avez-vous pas ensorcelé ma nièce?... Ah! vous voyez qu'on ne me cache rien à moi. ( il s'assied. ) Avec tous ces avantages, un homme d'esprit ne reste pas dans l'ornière. On monte au sommet. Ecoutez-moi ( Philippe prend une chaise, s'approche. ) Il y a dans la colonie quatre personnes qui se disputent le pouvoir et les faveurs du Ro;...de Vaudreu'il et MONTCALM, caractères antipathiques, ennemis irréconciliables que la méfiance et l'orgueil séparent. Bigot l'Intendant, Cadet, le mutionnaire, concussionnaires rivaux que la délation a r;vés à la même chaine. Ces hommes se jalousent, se naissent, complottent, guerre en sourde qui s'envenime de plus en plus et qui ne finira cm' avec la chute de la colonie. Le pays est ruiné par les fonctionnaires venus de France. Il s'ensuit que la fortune des petits bourgeois comme moi est devenue suspecte... Dans cette débâcle imminente, les petits seront submergés. Il s'agit donc pour nous de veiller, (baissant la; voix) Attaché à la personne du Général, il vous sera facile de me servir...

PHILIPPE. — Pardon! Je ne comprends pas bien

MAURIN ( à part ) . — Il est stupide. . . vous tiendrez un petit journal de ce qui se passe chez le Général

PHILIPPE (se levant ) . — .—Moi! ...

MAURIN. — Mais oui. C'est la coutume dans la diplomatie, cela permet plus tard aux jeunes secrétaires de publier de fort intéressants mémoires.

PHILIPPE (replace sa chaise ) .—Pardon! monsieur, vous voulez m'éprouver, sans doute.. C'est un secrétaire que vous recommandiez tout à l'heure à M. de MONTCALM, et non pas un espion...

MAURIN (se lève ) .—Mon Dieu! disons un homme utile si cela vous froisse.

PHILIPPE. — Assez, Monsieur. Ce que vous me proposez est infâme. Comment, vous voulez que je réponde aux bontés du Général par l'ingratitude, à sa confiance par la trahis< n! ... Mais uuel homme êtes-vous donc?... Je suis jeune, sans appui, j'aime votre nièce de toutes les forces de mon âme. Pour m'élever jusqu'à elle et m'acquitter envers vous, je vous aurais donné ma vie à vous, qui m'offrez le déshonneur.

MAURIN (ricanant). — La vie d'un milicien ne coûte que cinq sous par jour au Roi. C'est maigre mon jeune ami. Diable voilà une probité qui va retarder votre avancement. ( au commencement de cette tirade, Mme d'Hastrel sort de la chambre à droite et s'avance pén'iblement. )

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