‹ MontcalmChapitre 32 sur 61 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

(MONTCALM entre brusquement, ôte son manteau et s'approche. Picot saluant en remontant 1 .

MONTCALM.— C'est toi sergent Picot, c'est bien ici que demeure le fils d'Hastrel?

PICOT.— Oui, mou général, il est sorti, mais voici sa mère

MONTCALM. -Tu la connais?

PICOT.— Oui. Et vous aussi, mon général.

MONTCALM. -Moi, que veux-tù. dire?....

PICOT. — Je suis fou peut-être, mais c'est une figure qu'on ne peut oublier: La déportée du Havre, oui, mon général, j'en jurerais

MONTCALM.— Que dis-tu?... (Il s'approche et regarde Mathilde longuement, fait signe à Picot de sortir. Pendant ce temps on entend le bruit des violons Mathilde ouvre les yeux et, aperçoit Montcalm près d'elle. )

Mme d'HASTREL (se lève).— M. le Marquis de MONTCALM

MONTCALM ( à part ) .—La déportée du Havre. Mme d'HASTREL (vient à lui) .—Me reconnais sez-vous ?

MONTCALM. — Oui, comment oublier une rencontre dont les conséquences devaient peser aussi lourdement sur ma destinée.

Mme d'HASTREL — Oui, je comprends toute l'inexorable vérité de la maxime: Les rois coupables n'échappent pas à la loi de Dieu. Ils sont châtiés dans leurs enfants -

MONTCALM.— Convaincu • que votre histoire était vraie, j'ai appris à Sa Majesté que l'enfant qu'on élevait à Savigny et qu'on appelait à la cour: le demi-Louis, n'était pas le sien; et cela au moment même ou Madame de Pompadour tentait de couronner cette sinistre substitution par les fiançailles de sa fille avec ie faux prince... Déçue dans ses ambitions, la Marquise m'a vouée une haine mortelle et tant qu'elle vivra Versalles sera fermé pour moi... Je suis exilé comme vous

Mme d'HASTREL — M. le Marquis votre âme est trop élevée pour regretter d'avoir fait ce que commandait votre conscience et l'honneur. Je comprends votre amertume devant l'injustice qui vous frappe, mais moi, monsieur, victime inconsciente enveloppée dans cette intrigue, le cœur brové par la perte de mon enfant, je voulais mourir et vous m'avez dit de vivre, je vous ai écouté, j'ai fait plus, j'ai donné tout mon lait, toute ma tendresse de mère â ce fruit de la volupté royale qui fait de mon propre fils un bâtard dont on se moque... (mouvement de faiblesse. MONT- CALM lui prend la main. ) Ah! Marquis, il ne me reste plus de larmes, plus de force et puisqu'après vinj;t ans une providence mystérieuse nous a de nouveau réunis,' à vous de continuer son oeuvre. Vous seul connaissez mon secret, vous seul pouvez apprendre au Roi ce qu'une mère a souffert pour son fils. Demandez-lui d'être clément pour le mien. Ma tâche est terminée. ..Vous représentez la France et son Roi, je laisse Philippe sous votre garde. Si v()us voyez mon enfant dites-lui que ma dernière pensée a été pour son bonheur... Dites-lui bien à quel prix je l'ai acheté. ( elle retombe morte. )

MONTCALM i se découvre) .—Pays, aux dévouements sublimes tu comptes une sainte de plus...

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