Georges, Henriette
Ma fillo?...
ACTK II. :J3
m: NUI l'.TTK, simiiltinont.
G i:()uui:s.
Oui, madame: ma faiblesse serait impardonnable, si je prolongeais un jour de plus une intimité dont je n'ai déjà que trop souffert... Voilà, madame, ce que j'avais à vous dire. Devant tout autre, une telle confidence m'eût trop coûté. Avec vous seule, j'étais certain d'être cru sur parole en vous disant que jamais la pensée de franchir l'abime qui me sépare de mademoiselle votre fille n'a pu traverser mon esprit... J'ai donc à vous supplier, madame, d'annoncer ma détermination à monsieur Monljoye, et de ne point le laisser douter do la gratitude éternelle que je lui garde. Mon projet est de m'éloigner de Paris pour quoique temps... Je compte partir demain... Veuillez, madame, recevoir mes adieux.
HENRI KTTK, distniito et pensive.
Vous aimez ma fille!... si jeune... si frivole en apparence... vous avez deviné ce qu'elle vaut?
(iL;oiiGi:s.
Elle est... votre fille.
HENRIETTE
Et elle... elle vous aime aussi, n'est-ce pas?
GEORGES
Je ne sais, madame !
HENRIETTE, se levant.
Monsieur de Sorel, je vous crois bien véritablement un homme d'honneur, mieux que cela encore... un honnête homme, et je vais vous le prouver. Consultez votre conscience avec sévérité avant de me répondre. Cécile vous est apparue au milieu de prestiges bien séduisants... mais celle que vous aimez aujourd'hui héritière d'un des noms les plus honorés et d'une des fortunes les j)lus enviées de ce temps, étes-\ous sûr que vous l'aimeriez demain sans nom, sans asile, sans pain?
GEORG ES
Madame !
HENRIETTE
Répondez-moi.
Ah! madame, daignez me pardonner ; mais cette épreuve estelle digne de vous?... n'est-elie pas bien étrange et bien vaine?... pue peut-elle ajouter à votre confiance, si vous doutez de moi, si vous n'avez pas compris que j'aime vraiment votre fille de toute mon âme, que je brise ma vie pour ne pas troubler la sienne... qu'au moment de la perdre, j'ai besoin de toutes mes forces pour ne pas pleurer devant vous comme un enfant... que je l'aime follement... et que sans asile, sans nom, sans pain, je la recevrais à genoux en bénissant Dieu!
HENRIETTE, avec exaltation.
Eh bien, je vous crois... merci! (EUe lui prend la main.) Ne me demandez rien, ne cherchez rien, ne comprenez rien, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais... mais ne nous quittez pasl
GEORGES, au comble de la surprise.
Madame! (On entend un peu de tumulte au dehors.) HENRIETTE.
Je vous en supplie, ne nous quittez pas!