Tiberge, Georjcs
Là... et que fait-il?
TI BERGE
Il lit un mémoire que j'avais rédigé dès longtemps à son intention.
MONTJOYE, roulant une cigarette.
Ah! et quoi de neuf ce matin, mon vieil ami?
TIRERGE, entre ses dents.
Du neuf, il y en a!
Quoi de neuf, mon vieil ami ?
TIBERGE
Je ne suis pas votre ami, monsieur, je suis votre caissier, ou plutôt votre ex-caissier.
Gomment 1 que diable me chantes-tu là? tu me quittes?
TIBERGE
Non, vous me chassez.
Parce que?
TIBERGE, avec émotion.
Parce que je n'ai pu y tenir plus longtemps, monsieur, parce que ma conscience a éclaté malgré moi , parce que j'ai tout dit à M. Georges... (Montjoye se lève brusquement] et que les pièccs qu'il lit là en ce moment lui apprennent le nom de l'homme qui a élevé sa fortune sur la tombe sanglante de son père I
MONTJOYE, marchant sur lui.
Tu as fait cela, toi!... misérable vieillard !
TIBERGE, avec fermeté.
C'est parce que je suis un misérable vieillard, monsieur, que j'ai voulu, avant de quitter ce monde, rendre hommage à la justice, à la vérité, et à celui qui en est la source. Yous ne croyez à rien!... moi, je crois à Dieu... tout vieux et tout mJsérable que je suis, c'est un avantage que j'ai sur vous!
ACTl- III. 83
MONTJOYE, ilominnnt sa coM-re.
C'est bien! j'avais plus d'une fois, mon>i(Mir Tiberge, entrevu vos ridicules soupçons et pressenti vos calomnies... M'expliquerezvous comment un homme aussi coiisciencioux que vous a accepté pendant vingt ans les bienfaits de celui qu'il jugeait avec cette faveur?
Ti r. i: i\(;r.
Monsieur, lorsque je suis onlr<' dans votre maison, je no soupçonnais aucun des laits qui, >o\o\\ m )!, vous accusent. Ce ne fut que longtemps après que le hasard fit tomber sous mes mains quelques-unes de mes lettres, datées du Brésil, colles que monsieur de Sorel, dans notre dernier entretien, m'avait déclaré n'avoir point reçues. D'autres indices aclKnènMit de m'éclairer. Dès cet instant, sans doute, j'aurais dû m'éloigiier de vous... mais l'âge était venu... je fus faible... je restai... j'(\\[>ie aujourd'hui ma défaillance Dar une des plus déchirantes angoisses qui puissent éprouver le 2œur d'un homme.
MONTJOYE, s'nssoyant, nvcc calme.
C'est bien. Mais puisque vous êtes si épris de la justice, vous trouverez juste, je suppose, de mettre celui que vous accusez en état de répondre, do lui préciser les giiefs que vous osez articuler contre lui ?
TIIÎKIU; I::.
Rien de plus équitable, en elTot, monsieur. Le dossier dont monsieur Georges prend connaissance en ce moment contient quelques parties de ma correspondance datée du Brésil, et en outre im mémoire où j'ai relaté les véritables motifs qui ont amené, suivant moi, la ruine de monsieur de Sorel, le [(ère. Or, monsieur, la ruine de monsieur de Sorel a été décidée le jour où vous avez tué vousmême l'entreprise dont vous aviez été le promoteur, en rompant une solidarité à laquelle vous n'aviez [>as le droit de vous soustraire.
MONTJOYK.
Pas le droit! quelle plaisanterie!
Tir, i: uGi:.
Non, monsieur, vous n'en aviez pas le droit, et voici pourquoi :
Quand vous avez obtenu de la délicatesse extrême de monsieur de Sorel la résiliation d'un acte de société qui vous enchaînait l'un à l'autre à tout risque, vous aviez entre les mains desdocuments particuliers que votre associé aurait dû connaître et qu'il ignorait. Vous saviez, par exemple, que l'entreprise ne pouvait désormais réussir que par une transformation complète, laquelle s'est opérée depuis, monsieur, mais à votre seul avantage, quand, après le désastre de votre ancien associé et de vos anciens actionnaires, vous avez racheté seul la mine aurifère pour y découvrir une mine de cuivre qui vous a enrichi. Voilà ce que je sais, monsieur, et ce que j'ai dit.
MO^'TJOYE.
C'est bien.
TIBEUGE.
Ne désirez-vous rien de plus, monsieur?
MOISTJOYE.
Rien, je vous remercie, monsieur Tibergo.
TIBERGE
J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur, (n va sortir et s'arrête.) Dois-je quitter votre maison à l'instant, monsieur, ou attendre la liquidation fm courant?
Attendez mes ordres. (Georges entre à gauche. — Montjoye se lève. -- Tiberge et Georges échangent un regard; puis le vieillard sort.)