‹ Montjoye; comédie en cinq actes, en six tableauxChapitre 82 sur 121 · ACTE Iir · texte numérisé non relu

ACTE Iir

HENRIETTE

Oli! je n'ai pas pour! Une mère qui défend la dignité, l'honnour do sa fille, no se lais-^e pas aisément épouvanter.

L'honneur de sa fille! Mais de quoi s'aizit-ii, enfin?

HENRIETTE

Je sais depuis un moment le nom do la personne à qui vous réservez l'hospitalilo chez vous, dans cette maison. Eh bien, j'espère encore que vous voudrez bien le comprendre, la place do cette personne n'est pas ici... dans la demeure de vos enfants.

Ah ! c'est une de vos visions. Vous prêtez une oreille trop complaisante à des bruits ridicules.

HENRIETTE

Vrais ou faux, ces bruits partout répandus auraient dû vous interdire jusqu'à la pensée de réunir sous le mémo toit cette femme et votre fille!

Henriette ! je n'ai l'habitude ni de subir des leçons ni de céder à des caprices; je ferai ce qu'il me plaira. Je suis le maître chez moi, le plus libre des maîtres, et vous êtes plus que personne inexcusable de l'oublier.

HENRIETTE

Ah! je vous entends... je n'ai pas ici plus de droits que cette femme elle-même!... je le pense comme vous! Vingt ans de larmes, d'expiation, n'ont pu réparer ma faute, si involontaire qu'elle ait été... je le sais... Vous avez vu si j'ai dévoré patiemment les outrages, les humiliations dont j'étais abreuvée... aussi, je ne me plains pas... je ne parle pas pour moi; mais autant vous m'avez trouvée résignée pour mon compte, autant pour le compte de ma fille vous me trouverez résolue et inflexible !... Je ne souffrirai pas cet indigne attentat à la pureté de mon enfant !... moi présente, moi vivante... cette femme n'entrera pas ici!

Ah! vous devenez folle! Et qui l'en empêchera, s'il vous plaît?

HENRIETTE

Moi! en disant tout, ma honte même, s'il le faut, à mes enfants, en les prenant pour juges! Ils choisiront entre nous deux! Faitesles appeler, si vous le voulez!

MONTJOYE^, il fait rapidement quelques pas vers le fond comme pour appeler, puis s'arrôtant.

Mais savez-vous ce que vous demandez... ce que vous allez faire? car il faut que je mette un peu de raison dans votre démence. Vous n'ignorez pas que mes desseins, une fois arrêtés, s'exécutent sans retard. Ce qui va suivre, c'est une séparation immédiate, éternelle entre nous deux, le savez-vous?

IIEîsRlETTE.

Je le sais; j'y suis résolue; je suis au bout de mes forces. Quoi qu'il arrive, je ne passerai pas une heure de plus dans cette. maison.

Soit! j'y consens, et même je l'exige; mais je veux encore vous protéger contre vous-même. Oii est l'utilité d'un éclat scandaleux devant le monde, et surtout devant vos enfants? Ne pouvez-vous vous épargner, leur épargner à eux-mêmes, l'amertume de ce fol aveu que vous méditez? Ne suffît-il pas de leur dire qu'un grave dissentiment nous divise et nous détermine à vivre séparément?

HENRIETTE, accablée.

Comme vous voudrez.

Je vous promets, d'ailleurs, formellement, de laisser chacun d'eux libre dans son choix.

HENRIETTE

Je vous remercie.

Vous êtes décidée?

HENRIETTE

Oui.

y. Henriette, Montjoye.

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