VIII ■ PRÉFACE
événements avec suite et réflexion dans les grands récits de nos historiens nationaux : l'argent lui manque four les acquérir et le temps pour les lire. Le peu qu'il en sait lui vient des traditions de famille, de la conversation, de la littérature légère, des prédications; et il le reçoit en fragments incomplets, en échos toujours infidèles, faussés par une sympathie peu éclairée ou par une haine acharnée. En tous cas, de l'histoire locale avant et pendant la Révolution, il sait moins encore. Où l'aurait-il appris ? Les rares documents qui , sous l'Empire et la Restauration, ont échappé à la destruction, sont épars dans les collections, les grandes bibliothèques, les archives, où ils lui demeurent inconnus. Il n'en sait donc rien, rien d'exact ; et alors les détracteurs de nos institutions ont beau jeu pour dénaturer les faits et calomnier les émancipateurs de la nation.
Dans l'histoire qu'ils écrivent, ces ennemis des libertés modernes ne disent rien des abus du passé, des tyrannies de détail, des souffrances populaires. Ils s'appesantissent, dans de longs mémoires, sur les points les plus insigni-
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fiants, détournant ainsi les esprits des grands feits de la Révolution ; ou, s'ils viennent à en parler, ils le font eu termes vagM6s, généraux*, et profitent de Toubli iet de l'ignorance pour représenter cette grande rénovation sociale comme un effet sans cause, comme Poeuvre de mécontents corrompus, ambitieux, voulant se substituer au pouvoir et aux jouissances des riches etdesnobles, et, pour cela, détruisant dans le sang un passé à regretter. Et ce mensonge, crié bien haut et mille fois , finit par faire office de vérité ; d'autres le répètent, parce qu'il est plus
^ En voici un exemple : « Tout conserver était impossible , ktout détruire était dangereux. Les idées défendues par les » partisans de l'ancien état de choses ne méritaient pas la «proscription absolue dont on les menaçait ; elles étaient en «elles-mêmes, indépendamment de leur application présente, •bonnes et salutaires ; c'étaient ces idées de conservation , Bde stabilité, de hiérarchie sociale, de respect envers la •tradition, dont ne peuvent se passer les peuples qui ont • longtemps vécu et qui aspirent à se gouverner eux-mêmes. •Malheureusement, ces principes étaient alors sous la garde •d'institutions vieillies et discréditées. » (De Larcy, Iomû XVI et les États-généraux y pag. 10 ; 1868.) Mais pas un mot do détail sur ces intolérables abus, sur cet ancien état de choses, en soi bon et salutaire. wa\simpossible à conserver. Pourtant c'était justement là ce qu'il importait de connaître pour juger en quoi il était impossible à conserver.