‹ Montpellier pendant la révolutionChapitre 14 sur 27 · COMMUNE · texte numérisé non relu

COMMUNE

Corps Municipal.

15 Membres (à Montpellier) avec un Procureur de la Commune et un Substitut ; présidé par le Maire, lequel était élu par les électeurs.

Se divisait en :

Conseil de la Commune.

Sessions mensuelles.

Bureau Municipal.

5 Membres ; tiers du total , en permanence.

Le corps municipal, réuni aux 30 notables élijs, constituait le Conseil Général de la Commune.

Le département faisait la répartition de l'impôt entre les districts , le district entre les municipalités, et chaque municipalité entre les contribuables.

Au fond, c'était là ce que notre Commission communale avait déjà fait dans son ressort limité ; et comnûe, d'autre part, la division des pouvoirs en Bureau exécutif et Conseil direct/ répondait aux rapports qui s'étaient établis entre la Commission et l'aucienne municipalité consulaire, l'on se trouvait à Montpellier préparé, presque habitué au nouvel ordre de choses. Les élections furent donc trèstranquilles dans une ville où la population était déjà accoutumée à respecter la loi et s'était bien trouvée d'être administrée par ses élus.

Elles eurent lieu le 25 janvier 1790.

A Montpellier, à raison de sa population (32,000 habitants) , le Corps municipal devait être composé de 15 membres, y compris le maire (art. 25), d'un procureur et d'un substitut (art. 28 et 29). Les notables à élire étaient au nombre de 30 (art. 30) .

Au premier tour de scrutin, destiné à la seule élection du maire, Ballainvilliers, l'intendant, fut élu par 923 voix sur 1233 votants. 11 refusa, alléguant le décret du 22 décembre, qui prescrivait aux intendants « de ne cesser leui*s fonctions qu'à l'épo- » que où les départements seraient en activité». — J.-J.-L. Durand fut nommé au second tour.

Les officiers élus pour composer le Corps municipal furent * :

* Sur cette liste, comme sur la suivante, les noms pré* cédés d'un astérisque sont ceux des membres de la Commission communale et de Tancienne municipalité.

* Clément * Gigot, chanoine

2* Consul, neat.de maire); (ancien présid. de la Comm );

* Blouquier Colombier ;

ancien présid. de la Comm.); * Bongues *

Montels ; * Massilian

* Albisson, avocat ; (*"cien maire) ;

* Sicard Cambon fils aîné ;

(ancien présid. de la Comm.); Bouchet *

* Aurès ; AUut aîné ;

* Sabatier.

Le procureur de la commune fut 'Fargeon, et le substi^.ut Durand, avocat.

Les notables élus pour composer, avec le Corps municipal, le Conseil général de la Commune, furent:

*Guichard, serrurier; * Saint- Victor;

Poitevin de Mezouls ; * Bonhomme, cadet ;

* Serres ; * Granier père, nég.

* Crassous, avocat ; * Bastide ; Chrestien^ (décle 16 avril m.) ; Dumas ;

* Lafosse ; * Bénézech ; Flandio de la Combe ; * Fesquet ;

" Marc.-Ant. Bazille, nég. Farel, François ;

* Gautier, avocat, Aurès ; *Cambacérès ; * Rouch ; .

* D* Alco ; * Batut, ménager ; Le Blanc ; Barrau, David;

* Montlaur ; * Chivaud , procureur ; Perdrix ; Dezeuze ;

* Fabre ; * Vezian , négociant ;

Ferret.

FÉVRIEP t790. -JOl

Le corps municipal tint sa première séance seulement le 28 février , et le I*' mars il élut pour composer son bureau provisoire :

Clément ; Aurès ;

Sicard ; Bongues,

Bedos fut nommé secrétaire-greffier.

Les jours qui précédèrent et suivirent l'organisation municipale ne furent marqués par aucun fait à citer.

Un des premiers décrets que la nouvelle autorité reçut fut celui du 13 (s. 19) février par lequel l'Assemblée nationale décidait « que la loi ne reconnaî- » trait plus de vœux monastiques solennels • de » l'un ni de l'autre sexe; que les ordres et congre- » gâtions réguliers dans lesquels on fait de pareils » vœux étaient à jamais supprimés en France ». Outre que la plupart des couvents étaient devenus des centres de scandale, TAssemblée, par cette juste mesure, avait entendu nier à un citoyen le droit de se rendre dangereux ou môme inutile à la société, et de se soustraire aux devoirs sociaux en s'ensevelissant pour la vie dans un cloître. On comprendra 1 émotion que dut causer ce décret dans une ville qui était, presque autant que l'Espagne, sous la lèpre des couvents, des monastères et des abbayes *.

* Vœu solennel ; c vœu fait en face de l'Église, avec les «formalités requises par les canons : il engageait pour la vie» .

2 Les ordres religieux alors existants à Montpellier étaient ceux des Dominicains, des Grands-Carmes, des Carmes dé-

ÎÛ2 -VmOxNjpellier.

Et c'était s'émouvoir bien à tort, car l'art. 2 de ce décret conservait les maisons chargées de l'éducation publique, ainsi que les établissements de charité, et disposait qu'un traitement serait assuré à tous religieux ou religieuses qui voudraient sortir de leur maison, et que des couvents seraientconservés pour ceux qui voudraient rester. Seulement il ne pouvait être formé de nouveaux vœux. Le décret du 19 (s. 26) février accorda, suivant l'âge, une pension de 700, 800 et 1,000 liv. à chaque religieux mendiant, et une de 900, 1,000 et 1,200 livres aux religieux non mendiants et aux Jésuites, aux Jésuites, bannis depuis 1767! (Lettres patentes du 26 février 1790, art. 2.) Les généraux d'ordre avaient un traitement supérieur. — On pouvait être contrarié dans ses habitudes ; mais, avec ces dispositions, on n'avait pas le droit de crier au martyre et de se révolter contre la loi nationale. D'autre part, la sagesse de cette mesure fut prouvée par le nombre de ceux et de celles qu^elle affranchit des liens où les avait jetés sans retour, soit la contrainte de leur famille, soit un moment d'exaltation, soit une simple contrariété d'amour.

chaussés, des Augustins, des Trinitaires, des Capucins, des Cordeliers, des Récollets, de la Merci, pour les hommes ; et ceux de la Visitation, du Refuge, de la Providence, de Sainte-Ursule, de Sainte-Catherine, de Saint-Charles, des Sœurs-Noires et des Dames du Vignogoul, pour les femmes. Dans son Cahier^ le clergé de la sénéchaussée de Montpellier avait demandé : «Art. 16. Que l'on rapporte l'orndonnance qui interdit de s'engager dans les ordres religieux savant 21 ans •. (Arch. départ., C, 879.)

A roccasion des lettres-patentes du 26 février 1790, sanctionnant le décret du 23 sur la tranquillité publique, notre Garde nationale fît parvenir au roi une adresse dont voici les principaux passages; ils serviront à faire connaître les sentiments de ce corps : <£ Sire... , La Garde nationale de la ville de » Montpellier, pénétrée d'admiration pour les ver- » tus civiques et vraiment royales de V. M., s'em- » presse de lui présenter l'hommage de sa recon- » naissance , de son amour et dejsa fidélité invio- » lable.

» La noble confiance que vous avez témoi-

»gnée à votre Capitale en y venant fixer votre » séjour, cet abandon de vous-même à la Garde » parisienne, sont des actions sublimes qui hono- » rent également le Monarque et la Nation... Vous » avez cru, Sire, que les jours d'un père ne pou- » valent jamais être plus assurés que lorsqu'il était » environné de sa nombreuse famille ; la franchise, » la loyauté de votre cœur ne vous ont point trom- » pé : il n'est aucun Français qui ne fût jaloux de » sacrifier sa vie pour défendre la vôtre.

» Daignez agréer, Sire, le serment de fidélité » que la Garde nationale de Montpellier ne cessera » jamais d'acquitter envers le meilleur des rois.» {Moniteur du 23 mars 1790, pag. 334.)

Par son décret du 28 mars 1790, l'Assemblée nationale arrêta que, attendu la suppression des Etats de Languedoc, il serait établi, pour cette province, une Commission provisoire devant procéder à la répartition des impositions, à l'entretien des

104 MOiNTI'ELLIER.

ouvrages publics, à la vérification des comptes des trésoriers, receveurs, etc., et que ladite Commission siégerait à THôtel de Ville de Montpellier à partir du 1" mai 1790. Cette Commission était composée de huit membres, et Montpellier y était représenté par Sicard, conseiller à la Cour des aides et membre de l'ancienne Commission municipale, laquelle avait provoqué ce décret par sa protestation du 13 novembre 1789 (ci-dessus, pag. 80).

Le 5 avril, le Conseil général de la Commune députa à Paris trois délégués : Mourgues, Dumas et Bezard, pour s'occuper tout spécialement de l'obtention des tribunaux supérieurs (pag. 68).

On a vu que, le 24 janvier 1790, la Commission des représentants de la commune de Montpellier avait protesté contre la proclamation royale du 27 décembre 1789, établissant une différence entre les cotisations des biens nobles et celles des biens roturiers (ci-dessus, pag. 92). Or, le 25 avril 1790, « le roi, considérant que des doutes se sont élevés à » ce sujet et voulant expliquer plus particulièrement » ses intentions », revint sur sa précédente déclaration, en prononçant « que les biens ci-devant pri- » vilégiés seraient cotisés dans la même proportion » et la même forme que tous autres », et ce, par la Commission provisoire établie par décret du 23 mars pour la province de Languedoc et siégeant à Montpellier.

Un fait qui se passa tout à côté de nous devint l'occasion de la suppression d'un des impôts qui pesaient le plus lourdement sur le peuple : de la

Gabelle. Non-seulement cet impôt avait toujours été le plus odieux aux populations, mais il était le plus immoral dans ses conséquences, en ce que la contrebande sur le sel, facile et fructueuse, détournait des travaux réguliers de l'industrie et de la culture, et accoutumait au mépris et à la violation de la loi. Dans notre région, contrée de salines et de grande production de sel, les commis préposés pour empêcher cette contrebande étaient nombreux et rigoureux ; or, à Béziers, après une saisie opérée sur des contrebandiers armés, 32 commis avaient déposé leur prise dans l'Hôtel de Ville ; ils y furent attaqués par la populace, et, bien que défendus par la force armée, — la municipalité les avait abandonnés, — cinq furent pendus et les autres fort maltraités. Le garde des sceaux exposa ces faits à l'Assemblée nationale le 16 février 1790, demandant répression, conseil et remède. Le remède fut la suppression de la Gabelle, décrétée le 21 mars et promulguée le 30.

II avait été décrété que pour sortir de l'embarras financier, il serait vendu pour 400 millions de biens ecclésiastiques et domaniaux. Or, le 14 avril 1790, un membre du Conseil général de notre Commune fit une motion où, rappelant que Paris, Angers, Nantes , Bordeaux , avaient donné l'exemple et avaient acheté de ces biens pour les revendre, il demandait si la ville de Montpellier « serait une » des dernières à prendre part à cette œuvre patrio- 5) tique et à profiter de cette spéculation avanta- » geuse. Nous sommes environnés de biens ecclé-

D siastiques et domaniaux; nous avons sur notre » cité plusieurs maisons ecclésiastiques presque » inhabitées, nous avons une étendue considérable » de terrain appartenant à TOrdre de Malte; nous » avons de vastes locaux occupés par des fortifica- » lions devenues inutiles: tous ces objets rendus au » commerce et à l'agriculture favoriseront le pro- » grès, augmenteront l'aisance et serviront à payer D les remboursements, rentes et gages qui sont dus » à plusieurs de nos concitoyens.

» Et enfin, il serait digne de votre sagesse de » consacrer le bénéfice résultant de la vente des » biens que vous jugerez à propos d'acquérir, à faire » construire un Canal de commerce et de navigation » qui viendrait jusqu'au pied de vos murs apporter » tous les produits et marchandises de la Méditer- » ranée. »

Malgré la protestation du chanoine Gigot , la motion fut bien accueillie, et une commission, formée de J. Albisson, Sicard, Cambon, Allut, Poitevin, Crassous, Bazille, Bonnier d'Alco, Leblanc, Montlaur, Bastide, Bonhomme, Fesquet et du procureur, fut chargée de l'étudier. Le 8 mai, il fut fait un rapport favorable, et, le 20 du même mois, le Conseil général de la Commune délibérait « qu'il » serait par la municipalité de Montpellier fait offre »à la nation de se charger pour quatre millions » des biens nationaux le plus à sa portée et à sa r> convenance ».

Vers la fin de janvier précédent, un grand mouvement était parti de la Bretagne et de l'Anjou ;

près de 150 mille hommes déclaraient se confédérer en coalition indissoluble pour la défense de la Constitution, de l'Assemblée nationale et du roi. Des provinces de l'Ouest, ce mouvement avait rapidement gagné les frontières de l'Est, où l'on se préoccupait des attaques de l'étranger; puis, du Dauphiné et de la Provence, où on craignait les manœuvres des émigi'és réunis à Turin , il était revenu, mais affaibli, dans notre Languedoc. Ce fut toutefois sous son impression que l'on fit circuler des listes de souscription pour la formation d'une Société des amis de l'égalité et de la Constitution. Elle se constitua le 5 avril 1790 ; tous les notables s*y étaient fait inscrire, et J. Albisson en était président *.

^ Le nom de Société des amis de la Constitution fût aussi celui que prit, lors de sa formation à Versailles, le club qui plus tard s'appela Club des Jacobins, du lieu de ses réunions à Paris, en octobre 1789. Le club breton porta aussi le même nom.

« La Société des amis de l'égalité et de la Constitution «est un établissement destiné à étendre, nourrir, perfec- »tionner et diriger l'esprit public, à dompter et étouffer tout «esprit de schisme et d'aristocratie, dans un moment pré- »cieux et décisif pour Tassiette et la solidité des premiers «fondements de notre régénération, un point de ralliement «et un centre commun où viendront aboutir toutes les lu- «mières, tous les secours, tous les moyens d'instruction que »les papiers publics et les ouvrages patriotiques pourront «fournir aux citoyens. » (J. Albisson ; Lettres d'un citoyen de Montp., 6 avril 1790, pag. 9 et 10. Voir Pièces jus tificativesj n» 7.)

Ce fut SOUS la même impulsion que, le 26 mai, les députés des compagnies de notre garde nationale se^ réunirent dans Téglise des Augustins pour établir une fédération , et, le 30 du même mois, un pacte fédéra tif fut conclu entre le régiment de Bresse et la Garde nationale de Montpellier.

Si les patriotes se confédéraient, le clergé en avait déjà fait autant. Ligue contre ligue. La vente de ses biens était décidée ; les réclamer eût paru une préoccupation trop temporelle. Il se souvint alors que, à l'ouverture des Etats-généraux, l'évêque de Nancy , prévoyant bien que les richesses du clergé étaient menacées, les avait identifiées à la religion et avait dit dans son discours : « La reli- » gion est la force des Etats; la religion est la j> source unique et intarissable de Jeur prospé- .» rite... » Il fit comme lui : il mit en avant les intérêts de la religion. On s'associa sous prétexte de la défendre, et, le 18 mai, se tint une des assemblées de la Confraternité des prêtres du diocèse de Montpellier. Gomme ils étaient déjà associés par leur caractère de prêtres et de membres d'un même diocèse, la question n'était plus de s'associer, mais de se compter et de se séparer de ceux qui partageaient les idées nouvelles. L'abbé Baccalon, professeur de troisième au collège de Montpellier, prononça un discours violent où il exposait l'influence — hélas ! trop réelle — du clergé sur la société ^ Au

* Suivant l'abbé Goste, ce discours aurait été prononcé '6 31 mai. (Vie de l'abbé Coustou, pag. 316.)

mépris de l'histoire, il avait pris pour texte : Trans- Ut benefaciendo^ et il termiDait son discours en disant : a Que deviendrait cette chère patrie si , »pour son malheur, vous veniez à lui manquer? » Supposons les temples abattus, les autels renver- » ses, les prêtres bannis : quel sera le sort de cette «société malheureuse? O mes concitoyens, qui «vous prêchera la vertu ? qui vous inspirera l'a- »mour de la justice et de la paix, le respect pour »les lois ?. . . Si vous bannissez les ministres de la «religion , vous bannissez la lumière du monde , «vous rejetez le sel de la terre ! Eh bien ! désor- »mais, sans cette lumière, vos esprits vont se cou- »vrir des ténèbres de l'erreur ; sans ce sel mysté- »rieux, vos cœurs vont être livrés à la corruption »de tous les vices, etc.» Tout cela, parce qu'on avait touché aux privilèges de leurs dîmes, à leur exemption de l'impôt, à la réduction des bénéfices, en leur assurant toutefois un revenu suffisant, abondant même, et permettant un assez grand luxe épiscopal ! Et vraiment le clergé était bienvenu à parler de justice avec ses privilèges, d'amour de la patrie et du respect des lois avec ses révoltes et son appel de l'étranger I

On avait fait plus : de Montpellier, on avait écrit au Moniteur une lettre anonyme où il était dit :aLa »guerre civile commence dans les Cévennes; le fa- «natisme de la religion en est la cause ou le prétexte. Les protestants sont attaqués, massacrés ou «mis en fuite». (Monit. du 13 avril, 1790, pag. 420.) C'était annoncer comme fait ce dont on voulait donner l'idée ; aussi la municipalité de Montpellier

crut-elle devoir protester ( 20 avril ) contre cette fausse nouvelle, et déclarer « que s'il y avait des •fermentations et des défiances, elles n'étaient rien «moins que religieuses.

» Notre amour pour la religion fortifie notre «amour pour la paix et pour nos frères, dont nous «n'examinons pas la croyance, mais seulement la «conduite. Si^n^ : Durand, Clément et Aurès, offi- «ciers municipaux,» (Moniteur du 30 avril 1790, pag. 486 ; Journ. de la généralité de Montpellier ^ numéro du 21 avril 1790, pag. 204.)

Il faut se hâter de dire que tout le clergé ne partageait pas ces idées étroites, égoïstes, et fanatiquement exclusives. Dans cette même chapelle des Pénitents où se tenait l'assemblée de la Confraternité des prêtres du diocèse^ et quelques jours après la violente sortie de l'abbé Baccalon, l'abbé Léger, professeur de philosophie au collège de Montpellier, chapelain des Pénitents blancs , prononça, pendant Toctave de la Pentecôte, — 23, 24, 27 et 30 mai, — quatre discours empreints d'un tout autre esprit. Le premier avait pour sujet « L'éloge de la n Constitution française, ce que les Français étaient Tuavant elle, ce qu'ils sont avec elle*, et il contenait des appréciations historiques vraiment remarquables *. Le deuxième développait ce principe : aPoint

* Par exemple: Ministère de Richelieu, pag. 16; Règne de Louis XIV et de Louis XV, pag. 1 7 et 1 8 j Unité de la France, pag. 25 'y Esprit public à Montpellier, pag. 37. Je ne puis résister au plaisir de citer une partie de ce dernier morceau.

« Avant môme que le plan de la félicité publique vous tut

j>d€ lois sans liberté; point de liberté sans lois. » Le troisième traitait : « De tinfluence réciproque des nmœurs et des loist. Enfin le quatrième était consacré à « l'Eloge du Roi, pour lequel ï acceptation de la liConstitution française est le pli^ saint de ses titres à 4'amour^ le titre le plus solide de sa gloirei^; on y trouve exposée, avec une netteté parfaite, une grande hauteur de vues et souvent avec éloquence, l'histoire du règne de Louis XVI jusqu'au jour où ce discours fut prononcé.

Quand on connut dans le clergé l'intention où Tabbé Léger était de traiter ces sujets , on y soup-

> connu en détail, vos coeurs citoyens ont fait à la Patrie des » sacrifices d'autant plus honorables qu'ils sont plus volontaires

> (Dons patriotiques). L'esprit public a promptement gagné «toutes les classes. Vous avez eu la gloire de donner aux » autres Villes du Royaume le bel exemple de l'amour pour 1 la cause politique et de maintenir dans leurs murs les dou- » ceurs de la paix par l'appareil de la guerre. A la faveur » de l'harmonie qui règne dans les vôtres, les choix les plus B applaudis ont signalé la formation de notre municipalité... «Autant de ses dignes Goopérateurs, autant de citoyens «supérieurs aux préjugés, distingués par leur caractère » moral, et la plupart exercés dès long temps à faire à la » Patrie le sacrifice de leur repos et l'hommage de leurs

> talents. Une Société d'Amis de la Constitution achève » réloge de notre Cité ; là, une soUicitude active autant qu'é- 1 clairée veille sans cesse à ce que la chose publique n'é- 1 prouve aucun dommage ; là, les manœuvres antipatrioti- >ques seraient promptement démasquées et déjouées; foyer » de l'esprit civique, tous les cœurs y apprennent à s'en- T» flammer de Tamour de la Patrie I » (Pag. 36 à 38.)

çounaune censure des opinions professées dans l'assemblée de la Confraternité, une critique de la conduite du clergé*, «on s'effraya, on lui écrivit, on tenta »de l'effrayer»; il tint bon et prononça ses discours. Mal lui en prit. La compagnie des Pénitents lui retira son titre de chapelain; on dénonça ses discours aux fidèles, au clergé, à l'épiscopat, comme «déplacés , scandaleux , incendiaires ». On l'attaqua dans des pamphlets anonymes; alors il fit imprimer ses quatre discours (15 juin), avec une Préface où il faisait à son détracteur anonyme , «l'abbé *** », une réponse vigoureuse, parfois môme éloquente :« Vous me reprochez d'avoir parlé »EN CHAIRE de la Révolution ; mais parler de la Ré- »volution mémorable qui s'opère en France, de la «Constitution française, c'est parler de la patrie, »de l'amour de la patrie, des lois de la patrie, des »devoirs du citoyen .. S'il vous est permis de ne pas »croire à la patrie, il m'est bien permis à moi d'y »croire. Nous n'avonspas ici bas de cité permanente, »Monsieur l'Abbé, mais nous y avonsune cité, quel- »que passagère quelle soit. Nous cherchons une cité »à venir; mais, si la cité future est le terme, la cité «présente est la voie. Marcher dans cette voie, c'est «remplir les devoirs de cité ; les remplir sans les «connaître est assez difficile; les connaître sans les «avoir appris n'est pas chose aisée; les apprendre

* Ce n'était pas sans raison , car le premier discours contient un terrible passage sur les richesses peu évangéliques du haut clergé (pag. 29 à 32). et surla multiplicité des ordres religieux (pag, 33 et suiv.).

))SâDs que personne vous les enseigne, n'est pas «ordinaire (pag. vi).

» Vous, et les dévots avec vous. Monsieur l'Abbé, »ine reprochez d'avoir traité en chaire de ces su- »jets. Et où voulez-vous que l'on agite ces matières : »au tribunal de la Pénitence ? Je crois sans peine »que vous trouveriez cela plus commode pour mille «raisons faciles à deviner. Mais ce n'est pas pour Dcela que le sacré tribunal a été institué, et c'est en Dchaire, dans ses catéchismes et? toujours en public »qu'un pasteur instruit les fidèles (pag. ix).

«Sans doute, comme vous le dites, Monsieur «l'Abbé, la Patrie pourrait se passer d'un champion «tel que moi : elle a assez de têtes, assez de cœurs, «assez de bras pour la défendre ; mais c'est moi ))qui ne pouvais pas me passer d'elle. Sans doute, «la Constitution française n'a pas besoin de moi «pour s'établir ; c'est moi qui ai besoiu de payer à «son établissement le tribut de reconnaissance, à sa «sagesse le tribut d'admiration et d'amour que lui «doit tout homme, tout citoyen, et que la force de «la vérité obtiendrait de vous-même, Monsieur «l'Abbé, si vous aviez autant de bonne foi que vous «vous attribuez de foi « (pag. xvii).

Si la majorité des membres du clergé eût ainsi pensé et parlé, bien des malheurs eussent été épargnés au pays ; mais il était loin d'en être ainsi. A Montpellier, comme dans la plupart des provinces, tout ce qui tenait à l'aristocratie nobiliaire et surtout cléricale essayait de contester ce qui semblait avoir été conquis. L'abolition des droits féodaux, de la distinction des ordres et des lettres

de cachet, Tégalité des citoyens, Tunité du territoire, la nationalisation des biens ecclésiastiques, la constitution d'un nouvel ordre judiciaire , tout cela, quoique décrété, subissait pour son application de sérieuses difficultés. Dans cette grande et rapide rénovation , les mesures adoptées étaient nécessairement incomplètes; on en profitait pour en entraver Texécution et faire naître des agitations. Impuissantes au fond , ces agitations n'étaient pourtant pas sans danger, en ce que, tendant toujours à revenir sur les décisions prises , à tout remettre en question, elles faisaient que nulle conquête de la Révolution ne paraissait stable, et par là elles entretenaient chez les peureux, les faibles et les gens à courte vue, une méfiance et une indécision qui devaient en conduire plus d'un à sa perte.

Le 18 avril se trouvait être l'anniversaire de la formation des troupes bourgeoises ; il fut fêté avec vive allégresse, chant de Te Deum et grande illumination. (Journ. de la gén. de Montp,^ n° du 21 avril 1790, pag. 203.) Un membre du club présenta aux Amis de la Constitution et de l'égalité une adresse où, rappelant que Paris avait donné l'exemple en rasant la Bastille, il demandait que Montpellier n'eût plus de citadelle ; « que ce réceptacle de mort et de cap- » tivité servît de berceau à une population nou- » velle ; que des images plus riantes dédommax> geassent pour toujours les citoyens de ces tableaux » de détresse et d'asservissement, et que ces foudres » redoutables, inventées pour multiplier la destruc- » tion, ne tonnassent que pour porter au loin le

31 signal de' DOti*e union et les témoignages de la » félicité publique. » Il est certain que cette citadelle, bâtie par surprise, était destinée, non à défendre la ville contre Tennemi, mais à la battre elle-même, à la maintenir en état de sujétion, et que jusque-là elle n'avait servi qu'à cela et à retenir les victimes de la politique ou de l'intolérance religieuse. La motion rencontra donc beaucoup de sympathie dans la Garde natiouale et la population. Le marquis de Bouzols, officier général de la Province, adressa, le 30 avril, au ministre et au Conseil général de la Commune , un mémoire où il essayait de démontrer l'utilité de la Citadelle. Le Conseil ne fut pas du même avis, jugea la Citadelle inutile et dangereuse, s'en référant toutefois à ce que décréterait l'Assemblée nationale. Mais voilà que dans la nuit du !«' au 2 mai, à deux heures du matin, trente jeunes citoyens, après un semblant d'attaque, se font livrer la Citadelle par le régiment de Bresse, à qui elle était confiée ; puis, dès le matin, sur l'avis de la municipalité, ils en remettent le service à la Garde nationale. Tout ce que cette place contenait avait été scrupuleusement respecté, et les assaillants avaient eux-mêmes dressé de leur prise un procès-verbal détaillé au bas duquel ou Ut les signatures suivantes : Hugounenc aîné , A. Pankouque; Ed. Delon; Vialars - Sarnelly ; André ; Jullian ; Fabre; Pagezy; Maurin; J.-L. Cantié ; Aigoin du Rey ; Avignon ; Rigaud ; Biaise Cazalet ; Gabriel Cazalet ; Pierre Cambon ; Vernet ; Marc Villaret ; Bspinassou.

La municipalité s'émut très-fort de cette incar-

tade peu légale et fut d'avis, le 2 mai, d'en référer au ministre Saint-Priest et à l'Assemblée nationale <. Toutefois, le 10 suivant, le Conseil général de la Commune adressait à TAssemblée une demande d'aliéner le fort et de conserver les magasins; et le 19 mai on reçut avis que le roi oubliait l'irrégularité de la prise de la Citadelle.

Mais l'Assemblée nationale ne se rendit pas au désir de la municipalité. Elle savait que l'émigration, qui tenait son siège à Turin , commençait à semer des germes de troubles; le clergé, dans le Midi surtout, réveillait toutes les influences delà superstition; on faisait des processions, des jubilés; dans toute la France, on répandait contre les hommes qui soutenaient la liberté plutôt que la monarchie une instruction se terminant par cette prière :

« Vierge-Sainte ! nous vous offrons notre Roi, notre Reine, les Princes augustes ; nous vous offrons l'Armée et nos Commandants; nous vous offrons nos Magistrats; enfin nous vous offrons la France entière*. 3)

Ces manœuvres commençaient à réussir dans nos contrées. A Montauban, le 10 mai, à la suite d'un mandement de l'évêque et de quelques pratiques religieuses par lesquelles le clergé, soutenu par la

^ Il semble cependaat qu'elle ne le fit pas, car, dans sa lettre du 10 mai, le ministre se plaint de n'en avoir pas été informé parla manicipalilé. (Voir Pièces justificatives ^ n® 9)

2 «Et de quel droit est-ce que vous m'offrez, cafards ? Avez- »vous ma permission ? » disait Camille Desmoulins. Il avait tort de se fâcher, car que servit au roi, à la reine^ aux princes augustes et aux autres d'avoir été offerts?

noblesse, exalta une partie de la population, les patriotes furent obligés de fuir, les protestants furent massacrés; Nimes,dès le 20 avril, avait commencé à ci*aindre pour les siens; à Mai*seille (1*' mai ) , à Tarascon, des troubles séiieux avaient éclaté dans la garnison ; à Avignon, ce débris du moyen âge qui appartenait encore au pape , le peuple s'était soulevé contre le Saint-Siège et voulait appartenir à la France * ; plus près de nous , à Gignac, à Bédarieux, à Montagnac, à Marseillan, à Lunel, des troubles avaient éclaté, .et la Garde nationale de Montpellier avait dû s'y rendre (3-6 juin) pour les arrêter, etc. D'après plusieurs rapports qui lui en furent faits, l'Assemblée nationale crut que dans ces conjonctures la conservation de la Citadelle était opportune, et le 9 juin elle rendit un décret dans ce sens. {Moniteur du 10 juin 1790, pag. 657.)

Le 10 et le 14 du même mois, l'assemblée électorale réunie à Montpellier pour nommer l'administration départementale, reçut deux adresses émanant des assemblées primaires et du Conseil général de la commune de Montpellier, adresses où était exprimé « le vœu de voir disparaître de » leur territoire une citadelle qui, ne pouvant servir » contre l'ennemi, pourrait en temps de troubles » inspirer la terreur aux bons et paisibles citoyens;

^ Le Pape lança un bref contre les Avignonnais, où il menaçait de diriger contre eux toutea les forces catholiques ; mais Avignon persista, et le comtat Venaissin lut réuni à la France, en suite des décrets des 16 novembre 1790 et 25 mai l~9i,par décret définitif du 14 septembre suivant. Une iodemnité fut allouée au pape.

i> attendu que ce qui n'a été utile qu'au despotisme » ne peut servir à la liberté... , etc. »

L'assemblée des électeurs, ignorant le décret du 9 juin , s'associa énergiquement aux adresses de Montpellier et demanda à l'Assemblée nationale « d'interposer son autorité pour que les commis- » saires chargés de l'aliénation des domaines natio- » naux fussent autorisés à faire recouvrer à la na- » tion le prix d'un terrain précieux , à changer » d'odieux cachots en asyles d'industrie, et à déli- » vrer notre contrée d'un boulevard inutile et » pourtant dangereux, puisqu'il est redouté ».

Mais avant que ces adresses fussent parvenues à Paris, elles furent mises à néant par la proclamation royale du 18 juin, laquelle déclarait que, conformément au décret de l'Assemblée du 9 du môme mois, «seraient regardés comme coupables ceux • qui, dans la ville de Montpellier ou partout » ailleurs, se porteraient à quelque excès pour dé- » molir, soit en totalité, soit en partie, les forts et » citadelles; ordonnait aux gardes nationales de » Montpellier de continuer le service dans la Cita- » délie de ladite ville sous le commandement des » officiers employés sous les ordres de Sa Majesté, » jusqu'à ce qu'il fût pris un parti décisif sur la » conservation ou l'abandon de cette citadelle ».

C'est ce qui fut exécuté. La Citadelle fut donc conservée, et la Ville à jamais privée de pouvoir s'étendre de ce côté *.

* Pour en finir avec la Citadelle, ajoutons que le 19 juillet 1792, le Conseil général de la Commune demanda la des-

Le 4 juin avaient commeDcé les élections de l'administration départementale. Elles se firent d'après le tableau suivant de la population* :

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