‹ Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · KO · texte numérisé non relu

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Dans le printemps de 1803, un gamin de douze ans portant, dans un mouchoir rouge, toute sa fortune composée d’une couple de chemises, de deux mouchoirs, de deux paires de chaussettes et d'une paire de bottes françaises, descendait la Côte-des- Neiges. Il était exténué par une longue marche sur des routes

(1) Son acte de sépulture lui donne T9 ans. Son nom ne se rencontre pas dans la liste des patriotes détenus dans les prisons de Mont-

réal en 1837-1838 et 1839 publiéh par Borthwick dans son ouvrage: Jubilé de diamant — Patriotes de 1837-38.

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mal entretenues. Lorsqu'il fut rendu au pied de la côte, près de la rue Sherbrooke, il s'arrêta et s'assit sur une grosse pierre. L'enfant Ôôta ses gros souliers de “ beu ” et se chaussa avec ses bottes françaises. Il mit ses vieux souliers dans le mouchoir qui renfermait toute sa garde-robe et regarda, pendant quelques minutes, la ville de Montréal où il s'était décidé de chercher fortune. L'enfant était bien fatigué, car il venait de faire à pied, le trajet entre Saint-Eustache et Montréal. Quelques jours auparavant, un des plus riches négociants de Montréal était venu faire une “ partie de sucre ” à Saint-Eustache, Le marchand avait demandé à un de ses amis s'il ne pouvait pas lui trouver un jeune homme honnête et laborieux, pour l'engager comme messager dans son magasin. Celui à qui il s’adressait était le parrain de l'enfant et il recommanda chaudement son filleul.

Il fut alors entendu que Joseph (c'était le [prénom] de l’enfant) aurait la place et qu'il serait envoyé à Montréal la scmaine suivante. I1 fallait ces huit jours au petit “ habitant ” pour se monter une garde-robe convenable pour ses nouvelles occupations. Joseph, après s'être reposé quelques instants, reprit sa marche. Il passa par la rue de l1 Montagne, s’engagea dans la rue Saint-Joseph et se rendit à un magasin de la rue Saint-Paul, près de la rue Saint-Jean-Baptiste. Ce magain était celui de M. Robertson, importateur considérable. Joseph entre en fonctions immédiatement. C'était lui qui balayait le magasin, allumait et entretenait les feux, faisait les commissions et se rendait généralement utile dans la maison. Son patron ne tarda pas à découvrir chez l’enfant une intelligence extraordinaire. Il était laborieux, et il montrait déjà une aptitude merveilleuse pour les affaires.

L'éducation de Joseph était presque nulle, ses connaissances étant bornées à l’alphabet. Au lieu de s’amuser avec ses compagnons et de contracter des habitudes de dissipation, il donnait à l’étude le temps dont il pouvait disposer, après ses heures de travail. Il fréquentait assidûment les écoles du soir où il puisa les connaissances nécessaires à un jeune homme qui cherche fortune dans le commerce.

A l’âge de quinze ans, Joseph qui possédait la confiance de son patron fut nommé commis. En cette qualité il fit preuve d’un talent et d’un tact extraordinaires comme vendeur. Tous les ans son traitement était augmenté. A vingt ans, il devenait

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