‹ Montréal [microforme]Chapitre 20 sur 35 · LE TYPHUS À MONTRÉAL. — LE THERMOMÈTRE À · texte numérisé non relu

LE TYPHUS À MONTRÉAL. — LE THERMOMÈTRE À

Pendant le printemps de 1847, le gouvernement anglais donna une impulsion extraordinaire à l'immigration. Le flot qui s’abattit sur le Canada était l’écume de Londres, Liverpool, Dublin, Cork, Sligo et Glasgow. On entassait dans la cale des voiliers qui prenaient trois semaines ou un mois à traverser l’océan, les parias des principales villes de la Grande-Bretagne. Les émigrés qui nous arrivaient étaient une foule d'hommes, de femmes et d’enfants déguenillés, décharnés, rongés par la vermine et la misère.

Le typhus éclata à bord d’un de ces navires bondés par cet amas de chairs infectes. L’entrepont des vaisseaux au service de l’immigration offrait un spectacle encore plus horrible que l’intérieur d’un négrier.

Le noir cachot de Calcutta n’était rien en comparaison de la cale de ces navires.

L’Angleterre se débarrassait de tous les malheureux que lui avait laissés sur les bras la grande famine qui avait ravagé l'Irlande pendant l’année précédente.

D’après un. rapport officiel de l’émigrat:on de la Grande-Bretagne, publié le 4 août 1847, 70,000 immigrants étaient arrivés au Canada. £ur dix vaisseaux partis «’Angleterre et d'Irlande, quatre de Cork, et six de Liverpool, dans le mois de juillet, il y avait 4,427 passagers. Sur ce nombre 804 moururent pendant la traversée et 847 débarquèrent malades, semant l’épidémie au milieu de nos compatriotes.

Le Larcle de Sligo, arrivé le 18 août, uvait fait voile avec 440 passagers, dont 108 moururent à bord et 150 débarquèrent atteints par la fléau.

LeVirginius partit avec 496 passagers dont 158 trouvèrent la mort dans la cale. Le capitaine, l'équipage et 186 malades débarauèrent à la quarantaine, à la Grosse-Ile. Le capitaine succomba au fléau, peu de jours après son débarquement.

Le capitaine Read du Marquis de Breadalba ne fut aussi vic time de la contagion que son navire apportait au Canada.

Le gouvernement canadien avait fait construire sur l’île de la quarantaine d'immenses lazarets en bois qui servirent de dépôts à des milliers de pestiférés.

Les docteurs Stewart, Vivian, Pinette, Fortin et Damour se dévouèrent héroïquement pour combattre la contagion dans la Grosse-Ile.

Le Dr A. Pinette, de Varennes, mourut victime de son zèle. Le Dr Fortin, de Laprairie, aujourd’hui le député de Gaspé à la Chambre des Communes, fut atteint par le fléau et ramené malade dans son village natal.

La quarantaine n’empêcha pas le typhus de se rendre à Montréal.

Les immigrés qui nous arrivaient portaient presque tous le germe de l’infecte maladie. Comme le dit Lafontaine:

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

On dut construire une triple rangée de bâtiments en bois entre la Pointe du Moulin à Vent et la culée du pont Victoria. Ce lazaret reçut des milliers de pestiféré..

\ujourd’hui, sur le terrain où l’on a enterré les victimes du tvphus, on voit un monolithe sur lequel on a gravé une inscription rappelant le passage du fléau à Mon:réal.

En feuilletant les journaux de 18; ", je vois qu’à la date du 22 juillet, il était arrivé à Montréal 3,500 immigrés Gans les lazarets de la Pointe Saint-Charles.

Pendant l'épidémie, nos rues étaient désertes et le commerce était suspendu. Les étrangers s’éloignaient de Montréal qu’ils considéraient avec raison comme un fover ardent de pestilence.

Le plus grand hôtel de Montréal, l'Hôtel Donegana, au coin des rues Notre-Dame et Bonsecours, constatait une diminution de £55 par jour dans ses recettes comparées à celles de l’année précédente.

Le clergé de Montréol fut admirable de zèle et de dévouement pendant les jours terribles de juilles et d’acût 1847. Les vrétres et les religieuses étaient continuellement au chevet des malades et des mourants pour leur procurer les sublimes conso- Jations de la religion. Plusieurs d’entr’eux contractèrent l’horrible maladie et moururent victimes de leur noble dévouement. Je citerai les noms de MM. les abhés Richard et Caroffe (1) et de sg 1 ee ET ee nn

(1) L'abbé Rémi Carof (c’est ainsi que le nom est orthographié dans

l'acte de sépulture), fut inhumé le 14 juillet, à l’âge de 32 ans. L'abbé Pierre Richard, inhumé le 15 juillet, n’avait que 30 ans.

M. le grand vicaire Hudon qui moururent du typhus ainsi que les révérendes Sœurs Darche, Limoges, Bruyères et Collins de l’'Hôtel-Dieu et la révérende Sœur Angélique Bélouin de la Providence,

Des prêtres de la campagne voyant succomber les héros du sacerdoce de Montréal, laissèrent leurs ouailles pour courir au chevet des pestiférés. Parmi ces prêtres étaient M. Charland, curé de Saint-Hugues, M. Pominville, vicaire de Chambly, M. Resther, directeur du Collège de Joliette, M. Lafrance, curé de Saint-Aimé, M. Mercier, curé de Saint-Vincent de Paul et M. Girouard, curé de Sainte-Marie de Monnoir.

Un ministre protestant, le révérend M. Willoughby fut aussi une des victimes du fléau.

Il y eut un mouvement dans le peuple pour demander au gouvernement d'enlever les lazarets de Montréal et les placer soit dans l’île Sainte-Hélène ou l’île de Boucherville. Les citoyens s’assemblèrent au marché Bonsecours et passèrent une série de résolutions démontrant à l'administration l’urgence d'éloigner de Montréal le foyer de l'épidémie. Des discours furent prononcés par MM. Holmes, Workman, Ferrier, Young, docteur Beaubien, Drummond, Dunkin, Bristow, Rodier, Gugy, docteur Coderre, et docteur Bethune.

Le gouvernement temporisa et le fléau continua ses ravages jusqu’à la fin de septembre.

Pendant que la pestilence était à son apogée la température s'éleva à l'ombre, le ? juillet 1847, jusqu’à 110 degrés.

Il y eut, ce jour-là, plusieurs cas d’insolation. Deux cultivateurs qui étaient venus vendre leurs produits à Montréal, furent foudroyés par la chaleur en arrivant près du village de Repentigny.

On estime à plus de 10,000 le nombre des personnes mortes du typhus au Canada, pendant l’année 1847.

13 février 1885.

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