AVIGNON
SX l'imp&iiisrie de sxgdik xivà.
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Département des Bouchef-du-'Iihdne ^ ci-devant Provence*
JLiES deux monumens romains qui subsistent encore dans la petite ville de Saint-Remy , connue par les Anciens sous le nom de Glanum , ont long-temps exercé l'esprit des Savans , qui , malgré l'étendue de leurs recherches , n'ont pu jusqu'ici nous en donner une explication satisfaisante. L'inscription qui existe en entier sur l'architrave du mausolée , n'a pu , par les difficultés qu elle pré3ente , à raison des abréviations dont elle est presque toute composée , leur donner à connoître par qui ces édifices ont été construits, ni à qui ils ont été consacres. L'époque de leur érection leur a été également
inconnue : ce qui a fait croire à quelques-uns d'entre eux , que Tare triomphal , dont toute la partie supérieure est ruinée , devoit aussi porter quelque inscription , qui ne laissant aucun doute sur la construction de deux bâ* timens aussi magnifiques , aussi rapprochés , et' ayant entre eux une analogie évidente , dispensoit d'entrer dans les détails qu'auroit exigés la composition de celle du mausolée y si elle eût été seule , et commune aux deux monumens.
L'inexactitude des copies qui en furent fournies à plusieurs célèbres Antiquaires , et à l'Académie royale des Inscriptions et Belles- Lettres de Paris, n'a pas peu contribué à faire perdre de vue le véritable point sous lequel il faut l'envisager pour parvenir à un résultat utile , et à éloigner tout espoir d'arriver avec ce foible secours à la découverte de la vérité.
C'est en parcourant cette foule d'explications réprouvées par le bon goût , qui ont été suc-^ cessivement mises au jour ; c'est en lisant les diverses interprétations que d'un autre côté quelques auteurs du premier mérite ont donné aux sigles qui forment les abréviations , et qui néanmoins n'ont résolu qu'une foible partie des difficultés que présente l'inscription , que je me suis senti entraîné à joindre xaes efforts
de Saint'Remy* 7
à ceux qu'avoient faits dans le temps M. de Mautour et labbé Barthélémy , dont les noms commandent le respect , et inspirent la con-» fiance. Mais je dois avouer ici qu'eu cherchant à donner à cette inscription une explication historique, qui puisse apprendre quelque chose aux curieux , je n'ai pas la prétention de faire prévaloir mon, sentiment , en ce qu'il aura d'opposé à celui des Savans que je viens de citer , ni même aux opinions de M. Honoré Bouche , auteur de la Cosmographie de Provencej et de M. Joseph-Marie de Suarès, évêque de Vaispn , quelque inadmissibles qu'elles paroissent , ainsi qu'il sera démontré ci-après ; ni enfin aux observations de M. l'abbé Lamy , qui , en 1777 j publia une nouvelle description de ces mêmes monumens.
Je sens toutefois que j'aurai beaucoup fait , si je puis parvenir à indiquer les noms des hommes illustres qui ont fait la dépense de ces beaux édifices , les réunir avec vérité aux prénoms qu'ils portent , et déterminer à la fois, à quelle époque , pour quçl motif, par qui , et pour qui ont été consacrés ces deux bâtimens , qui ayant une analogie évidente , et des rapports certains , semblent être opposés entre 0u^ ; puisque l'ua n'a pu être érigé qu'à la
gloire d'un héros vivant , et l'autre à l'honneur d'un grand, ou d'un prince décédé, (i)
Taurois désiré de pouvoir me dispenser de faire ici la description de ces deux édifices ,
(i) Ces deux édifices ont été gravés plusieurs fois. On les trouve dans TOuvrage ci-dessus cité de M. Bouche , dans VJntiquité expliquée du P. Montfaucon , dans Spon , en ses Recherches d^ Antiquités , dans les Mémoires de VAcadérme des Inscriptions, tom. 7 > et dans la Description de M. Lamy. £n dernier lieu ils avoient été soigneusement dessinés par M. Meunier , habile architecte et dessinateur chargé par le Gouvernement de faife un rapport sur letat, et la conservation des monumens du midi de la France. Il seroit à désirer que ses héritiers conmiunicassent bientôt par la gravure les dessins exacts et supérieurement traités qu'il en avoit pris sur les lieux , et qu il m'a voit fait Tamitié de me montrer y après m'avoir plusieurs fois honoré de sa visite. Cet artiste , qui par motif de curiosité personnelle recueilloit les diverses versions qu'il apprenoit par les hommes de lettres à qui ses grands talens le rendoient familier , avoit adopté lopinion de M. Suarès , évéque de Yaison y dont il sera bientôt fait mention ; |iinsi que je lai trouvé dans quelques notes échap^ pées de son porte-feuille après sa mort y et passées par hasard entre mes mains. Les auteurs qui ont donné les dimensions 'de ces deux édifices ont beaucoup varié sur l'élévation da V mausolée. M. Peilhe , antiquaire d'Arles, lui a donné de hauteur 17 mètres 75 centimètres ; M. Lamy, 17 mètres a 5 centim. ; et M. deMautour, i6mètres75centim. 11 paroît que ce dernier écrivain , n'ayant pas regardé le dôme comme ime de ses parties intégrantes 9 a négligé d'en faire mesurer l'élévation.
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de Saint'Ilemy. 9
mais je sens que l'explication que je dois en donner , nécessite que je traite cette matière au moins sommairement , puisque je serai dans le cas d'indiquer que la représentation des quatre bas-reliefs concorde avec l'inscription , dans le sens que je lui prête.
L'arc de triomphe qui existe au nord et tout près du mausolée , est assez bien conservé depuis sa base jusques au-dessus de l'archivolte ; mais la partie supérieure est depuis long-temps ruinée. Toute l'architecture de ce monument repose sur un socle ^ aujourd'hui élevé hors de terre d'environ 90 centimètres , au-dessus duquel ont été placés deux pieds-droits , ou pilastres d'ordre dorique , qui forment l'entrée du portique qui est au centre de l'édifice , et dont les chapiteaux , servant d'imposte à l'arc , reçoivent à plomb la retombée de l'archivolte , qui fait retraite de 2 5 centimètres. La hauteur de ces pilastres , y compris le chapiteau et la base , est de 3 mètres 97 centimètres ; et celle du cintre de Tare , de a mètres 70 centimètres. La largeur du portique , prise au-dessus du socle, est de 4 mètres 98 centimètres ; «t l'édifice a de longueur totale vi 3 mètres 3o centimètres , sur une largeur de 5 mètres 6 1 centimètres : sa hauteur , jusqu'à la bâtisse moderne , est environ de 9 mètres 47 centimètres. Tous ses or-
lo Monumens éoitifues
nemens forment retour et la inéme saillie sons le portique , dont les murs se trouvent par-là enrichis de moulures , et par conséquent du ^enl embellissement dont ils étoient susceptibles à défaut de bas-reliefs. La corniche y forme avec l'astragale , qui est au-dessus du fût des pilastres , une espèce de frise qui se répète aussi sous le portique , sur laquelle on remarque divers instrumens de sacrifices , réunis à des enseignes militaires. .
L'archivolte est ornée sur chacune des faces .de ce monument , de pommes de pin j de branches de lierre , de tiges d'oliviers , et de , raisins enlacés de rubans ; et en dessous du portique y de fleurons, et de brindilles légèrement tracées.
La voûte du portique est entièrement déco-* rée de caissons hexagones dont les moulures sont chargées d'oves^ et le fond garni de rosaces infiniment variées. Sur chacun des côtés du portique , et au-devant des massifs eu maçon^ nerie qui soutiennent tout l'édifice , s'élèvent , sur des piédestaux , deux colonnes cannelées qui , «i l'on en juge par leur légèreté , sem-» blent appartenir à Tordre corinthien ou à l'ordre composite. La corniche et la base de ces piédestaux, dont la hauteur est à peu prè& éçale à 1^ moitié de celle des pila^tresi qui s^up-
de Saint^Remy. ii
{Portent l'ârc , sont continuées en dehors sur les faces latérales ; comme celles des pilastres le sont sous le passage du portique. Elles s'é^ tendent sur un embasement formé par la re* traite du mur supérieur , dans lequel les pié-« destaux sont engagés , et qui règiie sur tout le pourtour extérieur de trois faces de cliaqu^ côté de l'édifice.
Chacun des quatre angles extérieurs dé ce monument est orné de colonnes adossées , engagées par quart de leur diamètre dçins le imur contre lequel elles sont placées : et par cette heureuse disposition , chacune des quatre faces est également décorée de tous les orneinens qu'elle ppuvoit comporter. Leurs bases sont attiques , et leurs fûts inégalement tronqués. Celles qui sont posées aux extrémités, ne s'élèvent guère au delà du renflement .:
celles qui sopt placées immédiatement aux côtés du portique , moins délabrées , ont encore conservé les deux tiers de leur hauteur primitive ; une seule s'élève à très-peu près à la hauteur du niveau de la clef de l'archivolte , l?t a 3 mètres 8i centimètres de hauteur ; elle fait face au levant.
Sur les deux côtés de ce monument , qui sont disposés à l'aspect du couchant et du le-* vant y on trouve , dans chaque entre-colonne**
Il Monumens antiques
ment , à environ i mètre 28 centimètres de haut , au-dessus des piédestaux , une corniche qui sert de console à des groupes de deux figures adossées contre le mur. Ces corniches sont exactement au niveau des chapiteaux des pilastres qui supportent l'archivolte , et ne s'étendent pas jusqu'aux colonnes , dont elles sont détachées par une distance égale à celle qui sépare les chapiteaux des pilastres de ces mêmes colonnes. Les statues qui sont sur la face du levant , représentent de chaque côté une figure d'homme, et l'autre de femme, ayant toutes les deux les mains liées , et enchaînées à un arbre placé entre deux. Ces figures de captifs ont 2 mètres de hauteur. Celles qui existent sur la face occidentale représentent aussi deux femmes , à côté de deux hommes : l'une porte la main sur le bras d'un guerrier enchaîné ; et l'autre, qui paroît assise , ayant sous ses pieds des boucliers, des faisceaux d'armes , et des trompettes guerrières , est aussi placée à côté d'un captif également enchaîné contre un arbre , les mains liées derrière le dos. Ces figures sont pour la plupart mutilées , et deux têtes seulement ont échappé aux ravages du temps.
- Derrière ces quatre groupes , on remarque des draperies qui partent du dessus de leurs têtes , et retombent avec grâce jusques sur les consoles où ces figures sont placées.
de Saînt-Remy. i3
Deux bas-reliefs représentant dés retiommées ornoient , sur chacune des grandes faces , les voussoirs qui entouroient Farchivolte ; et malgré tout le délabrement de cette partie supérieure du monument , l'on en voit encore quelques légères traces du côté du couchant , où elles tenoient dans leurs mains des branches de lauriers^ Celles qui décorent la face oriqptaie sont mieux conservées. Elles portoient des étendards nommés labarum y au lieu de branches de lauriers ; et l'on peut dire que Tune de ces deux figures est à peu près daii3 son entier.
Enfin sur les deux côtés qui formoient la largeur de cet édifice , on voit eacore contre le mur du fond , et entre les colonnes qui décorent les angles , des restes de consoles qui dévoient autrefois supporter des figures dont on ne découvre aujourd'hui plus de traces :
on y aperçoit seulement de foibles fragmens de brindilles qui indiquent que ces deux parties, qui font face au nord et au midi , avoient été décorées avec autant de soin que les faces principales de ce monument.
Le second édifice est un mausolée, ou plutôt «n cénotaphe (a) à quatre faces qui répondent
(a) Les Anci^is appeloieot cénotaphes , les tombeaux qui
ï4 Monumens antiques
k peu près chacune à l'un des quatre pointa cardinaux du Monde. Il s'élève avec élégance et lùajesté , sur un socle carré construit en gros quartiers de piwres , à 19 mètres 3 centimètres , dans oeuvre , non compris l'épaisseur de la pierre qui scelle la couverture conique ^ et y forme deux étages richement ofnés de pilastres , de colonnes et de frises travaillées avec beaucoup de goût. Le premier de ces étages faisant retraite sur le stylobate ou piédestal , et le second paroissant , par sa forme ronde , le faire sur le premier , donnent au monument une forme pyramidale , terminée par nne couverture fn cône , qui frappe agréable* ment la vue. Leurs dimensions en hauteur ^ont
ne conten oient pas les corps , et qni n'étoient , par conséquent^ que leur représentation. Le premier dont il, est fait men« tien dans Ihistoire , est celui qui , selon Xénophon ^ iut érigé en llionneur des soldats morts dans Texpédition de Cyrus , et dont on ne put retrouver les corps. D'après Tacite , Germanicus , six ans après le massacre des légions commandées par Tarus , leur éleva un semblable monument. Cet usage étoit , selon Ausone , fondé sur Topimon qu*a voient les Grecs et les Romains , que les âmes des morts ne pou-^ voient arriver au lieu de repos , avant d'avoir été renfermés dans les tombçaux par Imvitation qui leur étoit faite de s'j rendre. Ces derniers ornèrent d'inscriptions les cénotaphes , comme les vrais tombeaux. C*est ce que nous apprend Ovide Mt sœpè in iumuUs me corparc , nomina legL
tle Saiht-Remy. l5
toutes inégales ; et c'est sans doute à raison de leur élévation respective que l'architecte en a réglé les proportions. Le stylobate n'a en totalité , même en y comprenant les deux gradins pour y arriver , que 4 mètres gS centimètre». Le premier étage au contraire a 6 mètres 6 centimètres * et le dernier étage , y compris le dôme qui paroît être un hors-d'œuvre , 8 mètres 3 centimètres.
La première marche de cet édifice a de longueur 6 mètres 7$ centimètres , et de hauteur 34 centimètres. La seconde fait retraite sur la première , de i mètre i centimètre ; elle n'a par conséquent que 5 mètres 74 centimètres de long , sur une hauteur de 63 centimètres.
Elle se trouTC par-là plus élevée que la précédente , de a8 centimètres. La base et te socle du stylobate réunis ont' de hauteur i mètre 44 centimètres , et de longueur 5 mètres i5 scen> timètres.
Les quatre faces de ce piédestal sont chargées de bas-reliefs qui , représentant divers sujets de batailles dont les figures sont presque de grandeur naturelle , portent , par la beauté des formes , la régularité des contours , et la correction du dessin , ce ton de grandeur et de noblesse qui agrandit les idées et élève l'âme , cette forte expression des passions qui
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exclut tout ce qui n'appartient pas essentielle'
mëot au caractère. Chacun de ces bas-reliefs a
4e hauteur 2 mètres 19 centimètres, et de longueur 3 mètres 87 centimètres ; les figures droites qu'ils représentent ont de hauteur I mètre 33 centimètres.
Le bas-relief du côté du nord représente un combat de cavalerie. >^
Sur celui du couchant , qui représente un combat d'infanterie^ on remarque dans le premier phin j et au milieu de la mêlée , le corps d'un guerrier étendu parterre , que des soldats s'empressent d'enlever, tandis que d'autres font tous leurs efforts, pour s'y opposer.
Le bas-relief du midi offre Tiînage d'un champ de bataille , après une action sanglante. On y. voit un mélange confus de gens à pied et à cheval ,. de morts , et de mourans. On y aperçoit , d'un côté , un sanglier entre les jambes des soldats ; et de l'autre, une femme qui paroît
nue , étendue devant un cheval cabré que des soldats semblent vouloir arrêter. Au centre du bas-relief est un vieillard mourant , entouré de plusieurs personnes ; et à l'une de ses extrémités l'on voit un soldat tenant sur son épaule une masse d'armes qui , n'ayant pu être représentée dans l'étendue du tableau , a été , par le
t)e Saint'Remy. fj
ftôulpteur , légèrement tracée sur le pilastre Voisin.
Celui du levant enfin représente , à ce qu'oti croit , le triomphe des vainqueurs* Plusieurs femmes, parmi lesquelles est vers le centre une figure ailée portant les attributs de la victoire , y sont mêlées parmi des groupes de soldats.
Sur la terrasse du premier plan , Ton distingue une figure de fleuve , tenant à la main un roseau pour symbole 5 qui s'étend sur le pilastre , dans presque toute sa largeur : circonstance qui ^ jointe à celle du précédent bas-relief, nous indique que ces ornemens n'ont été sculptés qu'après la construction de l'édifice.
Ce piédestal est terminé par une corniche fort simple ayant seulement 36 ceittimètres de hauteur ; et ses angles sont ornés de piedsdroits , en forme de pilastres sans bases , dont les chapiteaux , d'un goût singulier et même bizarre , portent les volutes de l'ordre ionique i et sont de la hauteur de 29 centimètres.
La partie supérieure des bas^reliefs est garnie d'une guirlande massive , supportée par trois figures d'enfans , qui à des distances égales en occupent le milieu* Dans les intervalles de ces figures on voit , sur la même guirlande, quatre têtes de vieillards , qui n'ont aucune proportion avec le reste des figures qui sont au-dessous ^
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•et qui sont si hideuses , qu'on les prendroit pour autant de masques , sur lesquels le caprice des ouvriers s'est plu à rassembler tout ce que «on imagination a pu lui présenter de ridicule ou de grotesque.
. Sur ce piédestal s'élève un premier étage carré , et percé d'un arc sur chaque face , en forme de portique. La longueur de sa base , dans tous les sens , est de 4 mètres 33 centimètres ; et sa hauteur d'environ 49 centimètres. L'édifice qui est en dessus , faisant retraite de 38 centimètres et demi à chacune de ses extrémités , n'a plus que 3 mètres 67 centimètres, d'un angle à l'autre , portant sur l'axe des colonnes.
L'archivolte de ces arcs est ornée de moulures , et enrichie par des enroulemens de feuillages. Elle retombe sur des pilastres absolument unis , dont les chapiteaux ressemblent beaucoup à ceux de l'ordre dorique. Ils ont 3 mètres de hauteur , y compris bases et chapiteaux , sur lesquels l'archivolte fait retraite de 12 centimètres. Sur la clef de chaque arcade est sculpté un masque de jeune homme , surmonté de deux ailes.
L'ouverture de chacun des, quatre arceaux :est de I mètre 3i centimètres ; et la hauteur de leurs cintres , de 69 centimètres.
de Saint' Bemy. îg
Les quatre angles de cet étage sont ornés d'une colonne cannelée , à base attique , dont le chapiteau très-délicatement travaillé , paroîc appartenir à l'ordre corinthien , quoique le fut renforcé semble l'éloigner des proportions affectées à cet ordre. C'est sans doute en vue des masses que cet étage avoit à supporter ^ que l'architecte en a doublé la force. Ces colonnes ont de hauteur 4 mètres i5 centimètres , y compris bases et chapiteaux. Elles soutiennent un entablement qui sert de couronnement à cet étage , et dont les proportions se rapporteroient plutôt à l'ordre composite , qu'au corinthien. Elles se trouvent engagées dans l'angle du mur , de manière que celui de la frise , au lieu de retomber à l'aplomb de la ligne extérieure du fût , selon l'usage reçu , repose au contraire sur Taxe de la colonne. Cette exception aux règles paroit avoir été pratiquée par l'architecte , pour éviter le mauvais efifet qu'auroit produit le renfoncement des pilastres et des archivoltes , sous la saillie de l'architrave.
La frise de cet entablement est chargée d'ornemens de sculpture représentant , du côté des angles , des monstres marins ailés ; et dans le centre , des sirènes tenant des patères , instrumens de sacrifices , qui indiquent que celui
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en rhonnelir de qui a été érigé ce monument , éloit revêtu du souverain sacerdoce , comme il sera bientôt démontré. Ces sirènes ont aussi des ailes ; mais elles sont découpées comme celles des chauve-souris , et telles qu'on les voit sur d'autres édifices. Ces figures de caprice tie sont pas , au reste , parfaitement uniformes sur les diverses faces de ce bâtiment.
Enfin l'architrave , la frise , et la corniche ^ formant le couronnement total de cet étage , ont ensemble une hauteur d'un mètre [\*i centimètres ; et la corniche , qui fait saillie de 3îa centimètres 7 millimètres , a de longueur 4 mètres 3 1 centimètres îi millimètres.
Au-dessus de ce premier étage s'en élève un second de forme ronde , sur le socle duquel sont distribuées dix colonnes qui supportent un entablement circulaire. Leurs bases sont attiques , et leurs chapiteaux semblables à ceux de l'étage inférieur; mais avec cette différence, qu'elles sont plus dégagées et moins renforcées , tant à raison du moindre poids qu'elles ont à supporter , qu'en vue de leur moindre hauteur , qui en a par conséquent fait réduire le diamètre , et les a par-là rapprochées davan^ tage des proportions affectées à l'ordre corinthien. Elles sont cannelées , comme celles qui sont placées aux angles du premier étage. Le»-
de Saint'Remy. 21
xaoulures sont aussi plus délicates et plus riches que dans Tetage en dessous ; et la frise est ornée d'un enroulement de feuillage bien travaillé , et disposé avec goût.
Une coupole parabolique termine agréablement cet édifice à jour , au milieu duquel étoient placées deux figures d'hommes revêtues de la toge , qui restèrent long-temps renver« ^é^^ et appuyées contre les colonnes. Elles ont été redressées sur leurs bases, et remises à leur place depuis plusieurs années. Leurs têtes , dont elles avoient été privées , et qui selon l'opinion commune , avoient été sciées pendant la nuit , par l'ordre de quelque curieux qui les avoit richement pay-ées et fait enlever pour les conserver dans quelque cabinet , ont été en même temps remplacées par de modernes qui malheureusement sont sans goût, sans propor* tions , et coDtrastent , d'une manière désagréa^ ble avec la richesse et la beauté de l'antique. Ces statues ont de hauteur i mètre 99 centi-^ mètres 7 millimètres , ou 6 pieds 4 pouces 6 lignes , les têtes restaurées non comprises.
Les murs de cet étage sont parallèles et s^ l'aplomb de ceux de l'étage inférieur. Ils ne font par conséquent retraite que par l'effet de U saillie de la corniche qui est au-dessous. Le soclç
et la base ont 3 mètres 3o ceatimètres et demi d^
longueur , et i mètre i centimètres et demi de hauteur. C'est dans l'intention de faciliter la Tue de toutes les parties de l'édifice , que l'ar-^ . chitecte leur a donné une hauteur aussi grande , et qui égale presque le quart de son élévation totale jusqu'au dôme. Il avoit senti que l'angle des rayons visuels devenant plus petit à raison de Téloignement des objets , il devoit leur donner des dimensions plus fortes que dans les étages inférieurs. Les" colonnes , y compris leurs bases et chapiteaux , ont de hauteur 3 mè< très, et i mètre 3o centimètres de circonférence mesurée au bas de leur fut. Le couronnement de cet édifice , composé de l'architrave , d'une frise et d'une corniche , a i mètre de hauteur , et 47 centimètres de saillie ; et enfin le dôme ou couverture en forme de cône qui le termine , a de hauteur dans œuvre 3 mètres , qui réunis aux 5 mètres 2 centimètres d'élévation , qu'ont ensemble le tourillon , la base, les colonnes , et l'entablement de cet étage , forment la hauteur totale de 8 mètres 2 centiïnètres , et par conséquent une hauteur plus grande que celle de l'étage inférieur , qui ( comme il a été dit cidevant ) n'a que 6 mètres 6 centimètres de haut , et conséquemment bien plus grande encore que celle du stylobate et' de ses deux marches réunies qui ne forment qu'une élé-
de Saint'Remy. a 3
yation totale de 4 mètres gS centimètres.
Sur l'architrave de rentablement du premier étage de ce monument , et à l'aspect du nord , on lit l'inscription suivante , dont les lettres disposées sur une seule ligne sont gravées dans la pierre :
SEX. L. M. IVLIEI. C. F. PARENTIBVS. SVEIS.
Quoique Ton connoisse déjà dix ou douze interprétations différentes de cette inscription , on peut dire , avec vérité , qu'aucune d'elles n'a pu résoudre le problème , ni éclaircir les difficultés que présentent les sigles qui la composent , et le mot IVLIEI qui se trouve au mi- . lieu. Sur ce nombre même , à peine en est-il trois qui méritent d'être rapportées : tout le reste doit être rejeté , comme opposé au style lapidaire , et contraire au bon goût. D'ailleurs ces dernières explications , au lieu de répandre quelque clarté sur l'état de la question , ne servent au contraire qu'à l'obscurcir , et à détourner l'esprit du but et de la route qu'il faut prendre, pour parvenir à un résultat instructif^ et qui puisse fixer les doutes des curieux par une opinion plus vraie , exempte par consélouent des défauts qui les caractérisent.
q4 Monumens antiques
Je me bornerai donc à l'examen de ces troia principales opinions successivement publiées par M. Fabbé Barthélémy, par MM. de Mautour et Bouche , et enfin par M. Suarès , qui seules présentent trois sens divers, puisque les autres n'en sont que des répétitions ou des nuances ; et après avoir , le plus brièvement possible ^ discuté ce qu'elles peuvent avoir de vrai ou de contraire à Thistoire et aux usages des Ro-^ mains , je me permettrai seulement de com-r muniquer au public mes conjectures sur cette inscriprion , sans prétendre en fixer irrévocablemçnt le sens , ni même infirmer ce qu'en ont pu. dire ces savans.
M. l'abbé Barthélémy , qui en avoit obtenu une CQpie plus exacte que celle sur laquelle avoient travaillé les autres écrivains , dont je ferai bientôt mention , a aussi émis une opi'^ pion plus rapprochée de la vérité. Les trois premiers mots , parmi lesquels se trouvent deux sigles , ou lettres initiales , ont été par lui considérés comme des prénoms , et rendus par ceux de SEXTVS , LFCIFS, MARCFS^ et c'est sous cette forme , en effet , que tous les anciens monumens rendent \e^ abréviar tions de ces mêmes prénoms ; et que les his-* toriens ^ les orateurs , etc. en ont fait usage , comme le prouvent leurs écrits presque à
de Sàiht^Remy. a5
chaque page. Mais les deux derniers siglei C. F. qui suivent le mot IVLIEI , doivent-ils être expliqués de la même manière , par CaU Filiiy et être joints à JuUei qui précède; de sorte que le sens de ces trois mots soit; Juin Caii Fila , comme la pensé cet homme justement célèbre ?
S'il en étoit ainsi , l'on auroit lieu d'être étonné que le prénom de Caïus donné à un membre de la race des Jules , au lieu de préoé* der le nom de famille , eût été placé à sa suite, contre toutes les règles établies et constamment suivies à Rome , comme dans tout le reste de l'Empire , soit sur les monnoies , soit dans les inscriptions. Les Romains , dit Pausanias , nimU tèrent point les Grecs (3) , qui riavoient qu'un seul nom, , m,ais en prirent quelquefois trois , et souvent quatre. Ils avoient tiré cette coutume des Albains et des Sabins dont ils étoient issus, (4) On les désignoit par les mots prœnomen , nomen , cognomen , et agnomen , et comme
^B^*^^ III . fi . ng 1 , i | — .^^ii I ni ■ . I 1 1 m
(3) Ew8i xaXoûvTaC yt ou irarpoSev ôt Pcoftâioi xarà rauTo; EXXyioiv , ôXXà XAi Tpia ôirort ^ dX^yi^a , xotl ii:\ irXsova évou^TX
(4) Romanos éiutem arbitrandum est maxîmè ah AWanis^ etSabinis multipUcandorum nominum consuetudinem tmxisse, quoniam ab ilUs orti sont. Fragment du i o« livre de Valère- Maxime • tiré de TAbrégé attribué à Julius Paris.
a6 Monumens antiques
nous disons aujourd'hui , prénom , nom , sur^ nom , et sobriquet. Le premier ou le prénom servoit à distinguer chaque personne ; le second désignoit la race d'où sortoit l'individu; le troisième indiquoit la famille (5) , qui étoit une branche ou division de la race ; et le quatrième enfin étoit celui qui étoit ajouté aux prëcédens , soit à cause d'une adoption , ou pour quelque grande action , et quelquefois enfin pour quel*» que défaut naturel , comme Ta fort bien obv serve Appien. (6). Cette distinction fondée sur la nature des choses , et l'ordre établi par un usage constant, ne fut jamais intervertie, et ne pouvoit l'être : car les Anciens ne s'étoient pas avisés de placer , comme nous , les prénoms
(5) Gens quœ ex midds /amiliis conficeretur, Festus. Famifia pars est gentis. Sîgonius. La race des Valère , par exemple , comprenpit cinq familles : celles des Maxime , des Messala , des Flaccus , des Lacunus ^ et des Ppplicola. La race des Jules comprenoit la famille des Jules qui est la phis ancienne , celle des Césars , et celle des Bursions , dont on connoit une médaille portant pour légende L. Julius L, F, fiursio ; auxquelles on pourroit ajouter encore celle des Jiibons , par Caius JuUus Lfbo , qui fut consul avec Attilius Regulus , en Tan 4B7 , selon le calcul de Yarron , 486 d'après les marbres du Capitole , 267. ans avant J. C.
(6) Nec ità dudum etiam tertium tiddi cœptum est qui-r husdam , quà magis agnoscerentur ex aUquâ nota corporis j^ auf virtute aninU.
de Saint'Remy. 37
des personnes , entre deux parenthèses , après les noms de famille. Il faut donc nécessairement interpréter ces deux derniers sigles C. F. par d'autres mots que ceux de Caii Filii ; et l'on se verra forcé encore à le faire , si l'on se trouve dans l'impossibilité de déterminer par l'histoire , qui est ce Julius Caïus , qui est supposé père de trois fils qui portèrent les prénoms de Sextus , Lucius , et Marcus , et de retrouver , soit dans les annales , soit dans les fastes du Gapitole , un nom qui pourtant devoit être connu par des exploits et des triomphes , comme d'un autre côté celui des enfans devoit l'être par les plus éminentes charges de l'État , auxquelles la gloire de leur père devoit les avoir appelés : observation qui doit nous faire sentir, que l'interprétation de M. Barthélémy n'est pas exacte dans toutes se& parties , et que cette inscription présente un tout autre sens.
Il est vrai que le mot IVLIEI peut être employé pour Julii, Les Romains faisoient souvent usage de la diphthongue El pour 11 , comme pour l'E. (7) L'inscription que je cherche à
(7) On lit à Turin , sur une inscription : C. Jul, Cœsar C F. de GcUleis et AUohrogibus triurnphavit, A Trieste 3 Gadeis usque promovit.
ik8 Monumens antiques
expliquer nous en donne la preuve , et Ton en trouve une foule d exemples dans les re^ cueil3 de Gruter et de Muratori. Mais est*il bieq certain que ce mot soit au second cas du pre-r inier nombre de sa déclinaison ? C'est ce qui sera soigneusement discuté dans la nouvelle opinion que je me suis formée de ce monu^ ment, et que je nose avancer que comme une conjecture.
M. de Mautour , .à qui on n'avoit fourni en 1729 qu'une copie infidèle de cette inscription ^ qui , au lieu du mot IVUEI , portoit celui de IVLIAE. L n'a pas été plus heureux , en attribuant cet édifice à un Sextius de la famille de Caîus Sextius Calvinus^ Consul romain , qui fut le fondateurou le restaurateur de la ville d'Aix, l'an 63o ou 63 1 de Rome. (8) Il a supposé d'abord , « que le Sextius du monument avoil y» pour prénom celui de Caïus marqué par un » C que le temps peut avoir effacé , ou que 1© p dessinateur peut n'avoir pas aperçu. Car ce 9> prénom étoit attaché à la famille de Sextius y 3> comme le porte une inscription découverte 3> à Rome , en 1 563 , » qu'il a citée ; et pas-*
(8) On trouve au long son opinion dans le tome 7 9 pagç a6i des Mémoires de T^cad^e desi Inâicrlptions et Belles Lettre9n
de Saint'Ëemy. ag
sânt ensuite à rexplîcatîon des lettres que portoit la copie qui lui avoit été transmise , il a expliqué le sigle L, qui suit le nom de Sextius ( selon son opinion ) , par Lucius ; et , en continuant d'expliquer les lettres initiales , si fréquemment employées sur les anciens monumens , il a cru « que la liettre M , qui précède » le mot Juliœ^ devoit signifier Maritus , que » Ton trouve fréquemitient dans les épitaphes ^ » et que 11 qui le suit devoit être traduit par » le mot Incomparahïlis , également usité dans » les inscriptions tumulaires. »
Par suite de cette erreur , il a dû nécessairement supposer encore ( comme il a fait ) , <c que le Sextius du monument avoit épousé >» une Julie de Tancienne famille des Jules , » et qui étoit alliée à Julie tante paternelle de » Jules César , et kmxae du grand Marins, qui ^ j) vingt-deux ans après la victoire remportée >» par C. Sextius sur les Saliens , défit aux » environs de la ville d'Aix (9) les Cimbres du » Nord , les Teutons de la Germanie (xo), et 3> les Ambrons de la Gaule Lyonnaise , comme
(9) A Porrières, dont le nom est dérivé du IdXm porrigOf pourriture ; expression qui indique bien Thorreur que présente un champ de bataille après un sanglant combat.
(10) Teutones in GalUas apud jiquéu Sextias viçU. Sel* Aurelius Victor.
3o Monumens antiques
■ le rapporte Pluiarque » : de sorte que le corps
entier de l'inscription seroit conçu en ces mots :
Caius SEXtius Lucius Maritus IVLIJE Incomparabilis Curavit Fieri P ARE ISTIBVS SUIS.
Ce qu'il a traduit de la sorte ; Caïus Sextius Lucius, mari de Julie , a fait ériger ce monument à la mémoire de ses ancêtres et des vietoires par eux remportées dans la Provence , qui en différentes occasions a été le théâtre de la guerre des Romains.
A l'appui de cette explication , il a observé que quoique l'expression de parentes ne signifie proprement que le père et la mère, néanmoins, suivant les anciens jurisconsultes , elle s'étend en ligne ascendante jusqu'au degré de grand-père du trisaïeul , et de grand'mère de la trisaïeule inclusivement, (ii)
Indépendamment de l'erreur qui a fait attribuer ce monument à un Sextius , descendant de Catus Sextius Calvinus , prétendu mari de Julie descendante de la race des Jules , . que M. de Mautour assure avoir été alliée à Julie tante paternelle de Jules-César ; cette interpré-
(i i) Parentes,., asus et proavus aUique superiores lOriusqae texus usque ad tritavos et tritavar intelligimtur. Leg. 5l , tit 6 , ff. de Terbonun ûgnificadone.
* de Saint'Remy^ 3i
tâtion tenferme plusieurs défectuosités y que je me bornerai à indiquer , sans entrer dans aucune discussion. Elle se fait d'abord remarquer par le même défaut qui s'est glissé dans celle de M. l'abbé Barthélémy qui , comme je l'ai dit , a dans sa construction placé un prénom après le nom de famille , ce qui est contraire à l'usage des Bomains. Ainsi le prénom de Lucius , placé par M. de Mautour après le nom de Sextius , ne peut pas mieux figurer, dans cette inscription , que celui de Caius après le nom de JuUus , comme l'a disposé M. l'abbé Barthélémy.
Rien n'indiquant qu'avant les trois premières lettres du mot SEXTIFS (12) il ait existé un sigle C , et personne jusqu'ici n'en ayant découvert les traces , il est à présumer , et même il est certain , que l'inscription ne comménçoit pas par ce caractère ; et que par suite ^ au lieu que les trois lettres SEX soient les initiales d'un nom de famille , elles ne présentent au contraire d'autre idée que celle d'un prénom , tels que sont les deux mots suivans , indiqués simplement par des sigles, ou lettres premières , de chacune des deux expressions qu'elles représentent respectivement.
(la) Au sens de cetéciiyain.
3a Monurnens antique^
Quant à l'M , que cet académicien â intet-»
prêté par Maritus , je ferai observer qu'à la vérité ce mot se tencontre souvent sur les épi* taphed {iS)\ lûaîs que jamais on ne Ty a vu par abréviation en une seule lettre : et que, si les Romains en avoient ainsi usé , il n'y auroit Fien de plus obscur que leurs inscriptions i destinées à éclairer la postérité sur les événe* mens qui pouvoient intéresser l'État ou les fa* tnilles. J'en dirai encore autant de la lettre I ^ qui suit le mot Juliœ ( au sens de cet auteur), et qu'il interprète par Incomparahilis {}l\)\ car j'avoue qu'en retrouvant souvent ce mot dan^ les épitaphes consacrées. principalement à la mémoire des personnes du sexe féminin , je ne l'ai jamais vu exprimé par sigle, ni réuni à un nom de famille ; mais toujours au long et à la suite du titre de femme , d'épouse , ou de mère , et quelquefois d'époux.
(i3) A Arles an trouve sur une épitaphe : Prœsidia conjwû fnarito dulcisslmo. A Marseille : Comelia SécUnda maritù pientissimo. A Aix \ JuUa Nice uxor conjugi carissimo. Aux Angles , canton de Villeneuve-lez- Avignon : Cupilixe Florent tince conjugi piœ et castœ Januarius Primitius maritus f quàUm pauperuxs potuit , memoriam dedi.
(i4) A Arles : .... Venucia PrisciUa conjugi incompa* rahUi, A Auch : Hedunniœ Hermiones fetninœ rarissimœ, conjugi incomparab. AEmiUus Fronto maritus^ et Pompeius ^Lepidus fiUus^
de Saint'Remy. 33
Je dirai plus bas , que Tare dé triomphe qui est à ôôté de ce monument , et qui a une analogie évidente avec lui , ne permet pas de penser qu'il ait été érigé par Sextius Calvinus à rhormeur de ses ancêtres,
M. Bouche (iS), ainsi que les divers écrivains dont il rapporte les opinions , s^est servi , pour son interprétation , d'une copie également infidèle : et tous ensemble , à l'exception de M. Suarès , évêque de Vaison , et des PP. Varadier et Georges , jésuites , ont lu ÏVLIAE. /. au lieu de IVLIEI^ que porte l'inscription. C'est de cette méprise , que sont résultées tant d'explications réprouvées par l'histoire et par le style lapidaire : et c'est par elle aussi y que dénaturant le nom de la race des auteurs du monument y qui peut seul nous conduire à la solution du problème dont il est la clef , cet écrivain ne laisse plus subsister que des pré* noms incertains , qu'il attribue successivement à un seul iindividu , qu'il suppose mari d'une Julie don^^ ne nous indique pas j comme M. de Mauto^, la famille ni Talliance.
Voici donc^«ment il explique les nombreuses abréviatM|s de ce monument , et comment il en compoal'inscription.
(i5) Cosmographie d<
»yence| tomu i , 1. S, ch. 3^ p. i Sy^
ILucius 1 Lcelius I Maritus Juliœ LibeHus )
Istud Cenotaphium )
ou I Fecit Parentibus Suis.
Intra Circulum \
Ce qu'il traduit et commente à la fois par ces mots : Sextus,».. à P honneur de son père et de sa mère , ensevelis en cet endroit , et représen* tés par les deux statues , entourées de colonnes en la partie supérieure du mausolée.
Peu avant cette explication , il avoit annoncé , que par les figures qui existent sur Tune des faces du piédestal y et sur le bas-relief qui en- Tisage le couchant , et qui représente un cheval effaré , duquel on voit choir une noble dame , que quelques personnes à Ventour relèvent de terre , et les autres tendent les mains en haut j en signe d'étonnement et de douleur , on peut en quelque façon savoir au vrai le sujet de V érection de ce mausolée , qui vraisemblable' ment a été dressé en Vhonneur du père et de la mère ( qui peut-être mourut de la chute d'un cheval ) de celui qui le fit faire. Mais, comme Fobserve judicieusement M. Tabbé Lamy , il ny a point là de motif qui puisse faire construire un arc de triomphe , tel que celui qui existe trop près du mausolée , pour n'avoir pas avec lui des rapports immédiats ; surtout si l'on
de SaiM-Remy. 35
considère que rinscription gravée sur Tarchitrave du monument , envisage l'arc triomphal , et rend en quelque sorte l'inscription commune aux deux édifices , pour servir d'explica^tion à Tun et à l'autre à la fois.
Il est à regretter , qu'après avoir connu la véritable version de l'inscription , et avoir senti combien étoient dénuées de fondement les interprétations des divers auteurs dont il a fait mention , M. Lamy se soit borné , dans son Ouvrage, à décrire le matériel de ce cénotaphe^ avec tous les détails possibles , et ne se soit aucunement occupé à chercher le véritable sens de l'inscription qu'il porte.
Une quatrième opinion , qui a été successivement mise au jour par Emile Ferret , jurisconsulte d'Avignon , par le P. Jean-Jacques , de l'ordre des Âugustins , et par M. Joseph- Marie Suarès , évêque de Yaison , tous les trois cités par M. Bouche , attribue l'érection de ceâ deux monumens à la Yl^ Légion des troupes romaines. Mais ces divers auteurs, d'accord sur le principe , ont singulièrement varié sur la composition générale de l'inscription. Le premier traduit les trois premiers mots par Sextœ Legionis MititWus , et passant ensuite à l'explication des trois lettres qui suivent le mot Julias^ et dont il fait trois sigles , les rend par Julia
i^œsoris filia , et termine sa version par ceux de Parentibus Suis, Le second commence aussi la sienne par Sextœ Legionis MiUtibus , mais il explique les trois lettres I. C F. qui suivent le mot IVLIA qu'il a cru trouver sur le monument , par Intra Circidum Fecit , expression inconnue dans les inscriptions , et termine par les mêmes mots Parentibus Suis. Le troisième enfin de ces écrivains a ainsi commencé sa leçon , Sextœ Legionis Milites , et Ta terminée par
Ilstud Cenotaphium \ ou > Fecerunt Parentibus Suis,
Intra Circulum )
Et par conséquent de la même manière que MM. Bouche et Budée , dont cet historiographe a aussi rapporté l'opinion.
En basant une nouvelle interprétation sur celle de M. Suarès , M. Meunier ( dont il a été fait mention ci-dessus page 8.) , qui avoit pris sur le monument une copie plus correcte de l'inscription , en évitant l'erreur adoptée par MM. deMautour , Bouche, et autres, sur le quatrième mot que l'on y lit en entier , ne l'a pourtant pas mieux expliquée , puisqu'il l'a composée comme suit : Sextœ Legionis Milites Juliei Cenotaphio Fecerunt Parentibus Suis.
Et qu'il l'a traduite de la sorte : Les soldats de la sixième Légion de Julius Vont élevé à leurs capitaines^
de Saint'Remy. 37
Il paroi t que ces derniers auteurs se sont copiés les uns les autres , sans s'apercevoir que jamais dans les inscriptions le N.^ de la Légion n'a précédé sa dénomination ; que le N.^ affecté à chaque Légion , comme à chaque Cohorte , a dans tous les temps été exprimé en chiffre (16), comme le prouve cette multitude d'épitaphes que l'on trouve dans tous les recueils , et que nos villes jadis occupées par les Romains nous retracent si souvent aux yeux; et enfin que le mot Légion y a constamment été rendu par le trois lettres XiEG , et jamais par une L seule.
On peut donc établir avec certitude , que 'quoique la sixième Légion fut avec Jules-César dans les Gaules , comme le prouve Hirtius Pansa au 8.* livre des Commentaires , qu'il a suppléé (17) , et que les vétérans de cette même Légion eussent été envoyés dans la ville et colonie d'Arles ^ voisine des deux monumens.
(16) Matronis VedùmtibusP. EnùtaliusP» F, cl. Cemene-^ lensis optio ad ordinem Leg. XXII. primigeniœ ^ piœ fideUs p, l, m, T. Quartinio CatuUino, et iMciUce Maternœ paren-m tibus, etQuartino Matemo nUL Coh* XJJI, urb,frtUri Quar-* tinta CatuUina.
(17) Legiones quartam f et decimam , et sextam ex Hiber^ jiis ab Jlrare educU CœsÈr, Hirtiu» Pansa, 1^3, p. 9.
elle n^ft jamais contribué à leur érection , comme principe de leur existence , ni par conséquent placé son nom sur un édifice qui ne lui devoit pas son origine , et qui ne pouvoit pas être construit en l'honneur des paren»
d^une pareille multitude.
Le surplus des interprétations mentionnées par M. Bouche , et par lui attribuées à Michel Nostradamus , aux sieurs Mutonis , docteur en droit , de Bomy , professeur en droit , Jorna , jurisconsulte , et au P. George , jésuite , sont trop éloignées du bon goût pour mériter un examen particulier. Celle du P. Varadier , qui est conforme au style des monumens , manque malheureusement de vérité , et ne peut être prouvée par Thistoire : car il est impossible d'établir par elle , qui seroit ce Sextus Lucius Maximus^fils de Jules Consul , qui auroit consacré cet édifice à ses parens ; surtout si Ton fait attention que le prénom Maximus a toujours été étranger à la famille des Césars , et que ceux de Sextus et Lucius , qui à la vérité lui étoient propres , n'ont jamais été cumulés avec lui sur la tête d'aucun des individus de toute cette race , qui , ayant été tous décorés du consulat y ou ayant qjccupé les plus haut^ emplois militaires et le# premières chargea
de Scùnt-Remy. 39
de l'État , nous sont par conséquent (pus connus. (18)
Si après tant d'écrivains , parmi lesquels on compte quelques hommes du premier mérite^ il étoit permis de hasarder une opinion qui s'éloigne plus ou moins de la leur , et qui , eu admettant une partie de leurs interprétations respectives , en compose une exempte au nioin& àes défauts qui ont été mentionnés plus haut y je dirois , avant d'entrer en matière , qu'il n'est ^
dans toute cette inscription , qu'un seul mot qui puisse nous donner la clef de l'énigme ^ parce qu'il est un nom de famille, et qu'il peut seul , par les prénoms qui le précèdent , nous faire connoître les auteurs des deux édifices , et les personnes en l'honneur desquelles ils les ont fait construire.
Voici donc de quelle manière je lis l'inscrip'' lion y et comment je l'explique :
SEXTVS. LVCIVS. MÂRCVS. IVLIEI.
CVRAVERYNT. FIERL PARENTIBVS. SVEB.
Sextus j Lucùis , Marcus , ( tous trois ) de la rcLce des Jules ^ ont fait élever ces monumens à la gloire de leurs parens.
(18) Cette race fournit douze sujets honorés des plua^ grandes diarges de la république. Pitiscu&i toiiu a ji^p. 6Sl5.
4o Monumens antiques
. On voit qu'à l'exemple de M. l'abbé Barthélémy , je fais des trois premiers mots , trois prénoms d'autant d'illustres Romains , tous liés par le sang , ou par alliance , et appartenans à la race Julia , parvenue au plus beau trône du monde ; et qu'adoptant la version de M. de Mautour , en sa dernière partie , j'explique les deux derniers sigles CF. par Curaverunt Fieriy au lieu de Caii Filu , comme les avoit interprétés le premier de ces deux savans.
Avant d'entrer dans le détail des preuves destinées à soutenir mon opinion , je sens que je dois dire un mot des règles relatives aux sigles, ou abréviations par lettres initiales, dont l'oubli a fait mettre au jour , par des hommes très-instruits , tant d'explications absurdes ou obscures , qui ne présentent à l'esprit que des doutes et des incertitudes , au lieu de l'éclairer sur la partie historique de ces monumens , qui peut seule intéresser les curieux. Elles exigent d'abord que ces initiales présentent aux yeux , soit par l'arrangement qu'elles ont entre elles, soit par la place qu'elles occupent dans le discours , une suite d'expressions connues ; et en second lieu , qu'elles soient rarement, pour ne pas dire jamais , susceptibles de diverses interprétations , comme sont le S. C. Senatus- Consulta , D. D. Décréta Decuriorum , S. P. Q. R.
de Saint-Remy. ^i
Senatus PopulusQue Romimus. U résulte de ces observations , que les sigles qui précèdent les noms de famille, sont inévitablement des prénoms , et que par conséquent dans l'inscription ,dont il s'agit^ l'initiale M, qui est avant le mot lYIIEI 9 ne peut pas être traduite par MarUus ; que les deux derniers sigles C. F. ne peuvent pas être rendus par Caiï FiliUj par la raison que chez les Romains il étoit contre les règles de placer les noms avant les prénoms ; et enfin que. le mot Caïus ne peut pas être considéré comme surnom , ce qu'il faudroit admettre de rigueur pour qu'il fut à sa place. S'il en étoit autrement , la même lettre M pourroit signifier MarcuSj comme on le voit dans tant d'inscriptions , Maritus , comme l'ont supposé M. de Mautour et quelques autres auteurs déjà cités , et enfin tant d'autres choses dont les dénominations commenceroient par le même caractère ; d'un autre côté les deux lettres C. F. qui sur tant de monumens ne peuvent être interprétées que par Curant ou Curaverunt Fieri , pourroient encore présenter à l'esprit l'idée de CcUi Filiiy Caii Frater , Consulis Filius , Cœsaris Filius y etc. dès lors les inscriptions, au lieu d'éclairer la postérité sur l'histoire des peuples , ne serviroient au contraire qu'à obscurcir les connoissances déjà acquises par les monumens
4a Monumens antiques
liistoriques : car les fastes et les annales de Rome ne nous donnant à connoître d'autre in* dividu de la race JuUa , qui ait porté le prénom de Caius depuis l'an 4^7 justju'au temps d'Âu* guste , que Caîus Julius César , qui fut marié à Aurélia fille de Caius Cotta (19) 9 et Caïus Julius César son fils, qui fut dictateur perpétuel ^ et n'eut , d'après les auteurs , d'autres enfans mâles (ao) , que Brutus de Servilie , et Césarion de Cléopâtre : il est impossible de supposer que SEXTVS, LVCIVS , et MARCVS , dénommés en rinsicription , aient été fils de Julius Caius ou Caius Julius.
Auguste , successeur de Jules César , reçut il est vrai le prénom de Caius , mais il ne porta jamais , avant d'être adopté , le nom de César ni deyuliusj par la raison qu'il étoit de la race Octavia ; et après son adoption , il ne fit qu'ajou*^
(19) Qndqaesaiiteimle nottunent Imcius Iidius, Les inscriptions loi donnent le prénom de CiUus ; entre antres celle tçû i^ient d'être citée : C, /ul. Cœsar C. F. de GaUeis et ÂUo^ brogibus trùtmphapii.
(ao) Tradidenmt quidam M. Brutà imienie dixisse : Et tu inter istos es ? et tufiU ? Suétone , ch. 82 , p. 129 , i>z Cœs, edii. Fàriorum, Non tàm ad familiantatem , dut Bruti œtatem , id référendum, quàm ad iUud quod Brutum ea> ServUid et Cœsixre concejpium muai credidere* SabeUiaiSu noU inSueton.
de Saint-Remy. 4^
ter à son prénom , le nom de César , qui étoit celui de la famille de son père adoptif ,qui étoit en même t^mps son grand oncle (ai).
Le fils aîné d' Agrippa et de Julie fut bien aussi nommé Caîus , du prénom d'Auguste son grand-père maternel ; mais il ne fut jamais appelé Jules , et n'ajouta à son prénom que le titre de César , que reçut à son tour son frère Lucius , ainsi nommé du prénom de son grandpère paternel : «t enfin Caligula fut le dernier
(il) Posteà C. Cassons, et deindê Jugusti cùgnomen assumpsîi , alterwn ex testamento majoris ayanculi , aite^ rum MauUii Planci sententid. Siiéton» in Aug. cap, 7. C'est ainsi> qa^au témoîguage du même Suétone , ch. loi , ûi jéug. liTie y ayant été autorisée par le testament de son époux à porter son nom incontinent après sa mott , n^en prit d*autre que celui de Julie ; ce que prouvent , outre les médailles, Patercule > et Tacite 1. 6 Ânmii. ; de sorte qu'iq>paitenant par sa naissance , comme fiUe de livius Drusus Clfiudianus y et par son premier mariage ayec Tibère Claude Néron , à l'illustre famille des Claudiens , elle passa 9 par le testament de son époux , et par la disposition des lois y dans celle des Jules , comme Octaye y étoit passé par son adoption j et Agrippa par son alliance avec l'héritier du trône des Césars. ÂureL Fictoris addit, illustr. viraram , cap, 2. Jgrippa fit hâc affifdtate Cœsar ; quod nomen ^wumàtà ad Uberos, Hardouin, pag. 701. Selon Fitiscvs, Auguste 9e fit appeler Caïus Juiùts Cœsar Octapianus. No» lois svtt l'adoption sont en tout conformes à celles des Romains y qu^fi aux effets civils. Voyez l'art 347 du Code Civil. '
44 Mqnumens antiques
des Césars par adoption qui reçut le prénox)^. de Caïus.
Il seroit inutile de remonter aux premiers siècles de la République Romaine pour y chercher un Julius Caîus. On ne rencontre ce nom ni sur les marbres du Capitole ni dans les annales de Rome. On y voit , à la vérité , depuis l'an !265 de la supputation de Yarron jusqu'à l'an 375 y et conséquemment pendant un espace de iio ans , divers individus ^ Consuls ou Tribuns militaires , qui ont été connus par les prénoms , noms , et surnoms , de Caius Julius lulus ; mais jamais le mot Caïus n'y est employé en surnom. De cette époque jusqu'à l'an 487 > c'est-à-dire pendant iia ans , on ne retrouve ce même prénom qu'une seule fois en Caîus Julius Libo , qui fut Consul avec Attïlius Reguîus ; et depuis cette année enfin jusqu'en 6649 et par conséquent pendant 177 ans , on ne le voit plus que dans Sextus Caîus Julius César qui fut Consul avec P. Rutilius Rufus.
Le premier individu de là famille des Jules , qui a porté le prénom de Sextus , est Sextus Julius lulus qui fut Tribun militaire en 33o ^ selon le même calcul deVarron, et en 329 , selon les marbres capitolins ; et de là jusqu'en 697 on ne le retrouve plus qu'en Sextus Julius César qui fut Consul avec L. Aurelius Orestes \
de Saint'Jlemy. 45
fen 673 , Sextus JuUus César fils du précédent, fut Consul avec L. Marcus Philippus \ et l'année suivante Sextus Caïus Juliùs César y dont il vient d'être fait mention , fut d^sul avec P. Rutilius
Rufàs.
Le prénom Lucius est plus ancien dans la même famille que celui de Sextus : on le voit , dès l'an 3 1 6 , en Lucius Julius lulus Tribun militaire , c'est-à-dire 437 ans ans avant J. C. On le retrouve encore en 3^4 9 en 35i , et successi* vem«nt jusqa'en 366. Depuis cette époque on ne le voit plus jusqu'en 690 , année en laquelle Lucius Julius César fut Consul avec Z. Marcus Figulus.
Il ne sera pas inutile de faire observer ici ^ que les prénoms de la branche mère , et par conséquent la plus ancienne de la race Juîia y ont été , exclusivement à tous autres , ceux de Caius et de Lucius , qui furent réunis aux noms et surnoms de Julius lulus ; que ceux de la branche des Césars qui fut la cadette , furent indifféremment Sextus , Caîus , et Lucius ; et enfin que celle des Bursions n'en eut d'autre que celui de Lucius , qui est du moins le seul qui soit parvenu jusqu'à nous. D'où il est facile de conjecturer , que les deux illustres Romains Sextus et Lucius , dénommés en l'inscription y étoient de la branche des Césars , et qu'ils avoient
consacré ces monumens à des princes de la même famille , comme il sera bientôt expliqué.
U est souvent fait mention, dans les Commentaires sur la Guerr^oles Gaules et la Guerre Civile contre Pompée , de Sextus Julius , et de Lucius Julius j père et fils, qui furent Iteutenans généraux dans l'armée de Caïus César leur parent. On lit au liv. a : que Sextus fiit envoyé xuiprès de Farron lieutenant général de Pompée pour recevoir la Légion qu'il qffroit de remettre à César. U est dit au liv. 7 , chap. 65 de Bell. Gall. : que Lucius n'avoit que la Cohortes pour soutenir les diverses attaques des Gaulois , et quavec ce /bible secours il étoit obligé défaire Jace partout. Et enfin il est fait mention du jeune César , connu aussi sous le prénom de Lucius , au premier liv. sur la Guerre Civile , chap. 8 , et au liv. a , chap. a 3.
D'après ces premières notions il est permis de conjecturer que les deux princes Sextus et Lucius , dont l'inscription porte les noms , ne spnt autres que Sextus Julius et Lucius Julius César , lieutenans généraux de l'armée commandée par Jules César leur parent ; et qu'eii conséquence ils ont pu se dire membres de la race JuUa, par le mot lYUËI qu'ils n'ont placé après tous les prénoms , que pour ne pas ré* péter autant de fois le nom de Julius qui leur
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^toit commun. Toute la difficulté résiderait donc sur le troisième prénom Marcus , qui paroît étranger à cette même race , et qui l'étoit en effet dans la ligne de descendance* Mais si d'une part on fait attention que Jules César, à défaut d'enfant mâle qui pût succéder à son nom et à son trône , adopta avant sa mort Caïus Octavius petit-fils de sa sœur Julie » qui , par Teffet de cette adoption , passa dans la race Juliù à laquelle il appartint par son origine maternelle , et par le droit que lui confé-» roit le titre de fils adoptif de Jules César son grand oncle {'lo) , auquel , pour jouir de la plé-* nitude des avantages qu il pouvoit en retirer , il fit ajouter l'autorité et le sceau de la loi portée par les Curies , comme l'insinue Appien (a 3) ; si d'autre part on observe que Marcus
(a a) C Octavium etiam in familiam nomenque adopta-^ vit, Suéton. in J. C. c. 83. ii^a Paterenl. p. iSi. Anreh Victor y p. ai 5. Dion et Appien. Et nomen mum ftn^ jusserat» Eutrop. L 7 , p. 34 o. In JuUam geniem nomenque Cœsaris : atque itàfactum est ut eut Neronem usque , sit gens JuUa prqpagata, Sabellici noiœ in Sueton. Proge-^ nies Cœsarum inNerone defedt. Suétone, de Galba y c. i« Bic finis Cœsarum gentifidt, Aurel. Victor, p. aao.
(a 3) Quinominis hagredes eraht^ non omniajurajustonan €t iegitimorum fiiiorum consecuU hujusmodi adoptione videntur, proinde testamentariam suam adoptionem lege curriatd confirmari airaviê Octavius ^ ut auctoiùate legis acce^ derent qwe testamento nactus mm erat, Appianus 9 L 3 > C<V«
Vipsitnius Agrippa , d'une famille d'abord peu distinguée , après s'être élevé par son rare mérite aux premières dignités de l'Empire (24) > entra , par son second mariage avec Marcella fille d'Octavie nièce d'Auguste , dans la famille des Jules , et devint par son troisième mariage avec Julie , le gendre de cet empereur fils adoptif de Jules ; et que par cette alliance il acquit le titre de César (^5) qu'il transmit àsesenfans Caîus et Lucius; et enfin que ces deux derniers princes furent à leur tour adoptés par Auguste leur grand-père maternel , on cessera d'être surpris que le prénom d'Agrippa se trouve réuni à ceux de Sextus et Lucius , et que le beau-fils d'Auguste, époux de sa fille Julie et père des héritiers présomptifs du trône des Césars , se soit dit de la race des Jules.
Il est vrai que le même sigle M. du troisième prénom que porte Tinscription , pourroit aussi convenir à Marcus Marcellus fils d'Octavie , et
(a4) Patercule, p. 14 r.
(aS) Agrippa fit hac affinitaJte Cœsar^ quodnomen trans=ndttiî ad liberos. Hardouin , p. 701. Nemo Cœsar, nise qui natus ex Cassare , vel conjugem Cœsaris JiJUam duxerit* Idem y pag. 683. Genltos Agrippa Caium , et Lueium y in famiUam Cœsarum induxerat ; necdum positâ pueruli prœ^ textâ Principes juif entutis appellari, destinari ConsuleSySpecic recusantis fiagrantissimè cupiverat. Tacite.
de Saint'Remy. 49
par conséquent neveu d'Auguste (a6) , et ensuite son gendre par son mariage avec Julie, puisque ce prince portoit , comme Agrippa , celui de MarcuSy et qu'il étoit comme lui de la race des Jules , par suite de l'adoption faite en faveur de son oncle, et mieux encore en vertu de son origine maternelle ; mais le peu de temps qu'il vécut ne permet guère de penser qu'il ait coopéré à l'érection de ces monumens.
Pour ne rien laisser en arrière de tout ce qui est possible , je dirai que cette même initiale peut aussi désigner Marc Antoine , qui étoit entré dans la famille des Césars , comme Agrippa , par son mariage avec Octavie sœur d'Auguste , qu'il avoit épousée en troisièmes noces ; mais il n'est point à croire qu'ayant répudié cette princesse pour épouser , par un quatrième mariage, Cléopâtre reine d'Egypte, et après avoir totalement rompu avec Octave , avant même cette époque , il ait pu se réunir à Sextus et Lucius Julius , pour ériger , d'un concert unanime , un monument de gloire à la famille qu'il venoit d'outrager. N'étant d'ailleurs
(a6) Z. Marcus Marcellus sororis Augusti Octaviœ Jilius , quem hommes , si quid accident Cœsari ^ successorem poten^ tiœ ^us arbitrabantur ,. decessit admodùm juvenis, PatercuK p. 148. Placeurs autres historiens ne le nonunent que Marcus Marcellus.
5o Monumens antiques
point venu dans les Gaules depuis le partage de l'Empire , et ayant obtenu , lors du Triumvirat , le gouvernement de l'Orient , où il fit la guerre jusqu'au moment qu'il se réfugia en Egypte , où il se tua , pour éviter de tomber çntre les mains victorieuses d'Octave qui l'y poursuivoit , il paroît bien difficile de penser que son nom eût pu être associé à celui des Jules , qui précédoit.
Il seroit enfin permis de conjecturer que le prénom Marcus désigne Marais Atius Balbus Aricinus , qui , ayant épousé Julie sœur de Càïus Julius César , étoit entré dans l'illustre famille des Jules , et qu'il pouvoit par conséquent donner le titre de parent à Jules César ^on beau-frère , et avec bien plus de raison encore à Auguste , puisqu'en mariant Atia sa fille à Caïus Octavius , qui fut père de Caïus Octavius petit-neveu de Jules et son successeur au trône , il se trouvoit grand-père maternel de cet empereur.
Cependant quelque vraisemblables que puissent paroître ces quatre explications du mot Marcus , je pense que l'on doit préférer la première : car la reconnoissance d'Âgrippa pour la famille d'Auguste son bienfaiteur , son oncle, et ensuite son beau-père , jointe à son goût connu pour les monumens publics dont il
de Sàint'Remjr. Si
Sivoit enrichi Rome et les provinces ; et enfin le séjour qu'il ayoit fait dans les Gaules et dans la capitale des Volces Ârécomiques , tout près des lieux où furent construits ces deux superbes édifices , ne permettent guère d'ima* giner que Fidée de leur construction doive son origine à d'autres que lui.
Quoi qu'il en soit , il résulte toujours que c'est par trois membres de la race Juiia qu'ils ont été érigés et consacrés à la mémoire et à la gloire de deux princes de cette illustre maison^ dont les statues revêtues de la toge , comme la portoient les empereurs de Rome , peuvent encore être vues à travers les intervalles que laissent les colonnes qui supportent la cou* pôle qui termine le mausolée : et que ces deux princes ne peuvent être que Jules César et Auguste , au premier desquels a été consacré le sarcophage , indiquant qu'il étoit décédé avant l'érection du monument ; et au second , l'arc de triomphe , annonçant qu'il avoit été construit en l'honneur du prince qui lui avoit succédé et qui occupoiten ce moment le trône. Aussi je ne doute point que si les* têtes de ces deux statues n'avoient pas été séparées de leurs troncs et enlevées par quelque curieux , comme on le soupçonne avec juste raison, l'une auroit
Sa Monumens €tntiqu€S
été trouvée nue ou radiée , et l'autre couronnée de lauriers.
Je dois avouer ici qu'en retrouvant sur l'un de ces deux édifices les prénoms généralement connusse deux lieutenans généraux de César, ma première pensée fut que le troisième sigle devoit aussi appartenir à un officier de même grade , et que ces trois illustres personnes avoient fait élever ces monumens pour célébrer les victoires et éterniser la mémoire de Jeur général en chef, qui devint leur empereur. Mais en même temps se présenta à mon souvenir l'usage , constamment conservé à Rome , de varier, par les terminaisons, les différentes expressions homonymes dont on s'y servoit pour dénommer dés objets divers : et je me rappelai sans peine , que les officiers , les partisans de Césai; reçurent la qualification de Jûliani (27) , et non de Juliei ; que ceux de Pompée étoient nommés Pompeiani (a8) ; ceux
- (27) JuUanarum duce partàun , Pompeiani obtinehant exercitus, Patercul. hist. 1. 2 , p. 1 3o. Dextrum navium JuUanarum cornu, Id. 1. a , p. 14 4* -dsinius PoUio JuUanis partibus fidus , Pompeianis adversus, Id. 1. 2 ^ p. i34.
(28) Brundisini Pompeianorum miUtum injurOs permoti. César^ de Bel, Civ, 1. i , ch. a8. Hoc idem fere , atque eâdem de causa Pompeiani exercitus duces façiebant, Id. 1. I , c. 40. Id. 1. 3 , c. 65 , et alibi.
de Saint-RemX' 53
de Marc Antoine , Antoniani (ag) ; et enfin qu'antérieurement ceux de Sylla et de Marins avoient porté la dénomination de Syllani et Mariani ; que les enfeins de Pompée , au contraire , avoient été nommés PompeU , et que.
c'étoit sous ce nom qu'Aurélius Victor en àvoit fait mention, lorsqu'il avoit dit , en parlant de César : Pompeios juvenes apud Mundam oppU dum, ingenti prœlio vicit. (Additament. cap; i. ) et que par la même raison les parens de cet empereur avoient dû être appelés Juliï , et par la dipllthongue•/^^/lW , pour être distingués des officiers et soldats de son armée qui portoient le nom de Juliani,
Il n'y a assurément pas plus de difficulté d'adopter le mot Juliei ou JuUi , et de l'approprier collectivement aux divers membres de la famille Julia , qu'il n'y en auroit de leur donner celui de CkesareSyàonl s'est servi Florus en ses histoires, liv. 4 9 chap. 3 , (3oj même en un sens moins, direct : et. en< effet César luimême s'en est servi , lorsque , dans la harangué
(29) Plancus Antonianarum adjutor partimn, Patercul. La, p. iBq, ) Sextus Pompeius ab Jntonianis militibus occisus est, Aurel. Victor, additam, iUustr, virorwn , c. 8.
(30) Marco. Antonio y Publio Dolahella Consulibus ^ impeh rium ronumum jam ad Cœsares , transferente fortuné ^ etc*^
funèbre qu'il prononça aux rostres en l'honneur de Julie sa tante paternelle , il a dit : Amitœ meœ Juliœ matemum genus ab regibus ortum , patemum cum Diis immortalihus conjunctum est ; nam ab jànco Marcio sunt MarcU regesj quo nominefuit mater : à Venere JulUf cujus gentisjamilia est nostra. (3i)
Il est donc impossible d'attribuer l'origine de ces monumens aux officiers ou aux parti-»
sans de Jules César , auxquels le titre de parent ne pourroit convenir , lors même qu'on voudroit le rapporter à la qualité purement honorifique de Parens Patrice que le Sénat donna à César et à Auguste après leur mort , et après. les avoir fait jouir ^ pendant leur vie , de celui de Père de la Patrie. On ne pourroit pas mieux en accorder l'honneur à trois affranchis de la famille des Césars , comme l'a prétendu un auteur anonyme , puisque les esclaves , après.
(3i) Suétone y chap. 6 j de Jul, Cces. Appîen , 1; %, On trouve encore des exemples de cette manière de parler , et par consécpient des preuves de eette assertion , dans Ëutrope » liy. 6, adfinem ; et dans Yalère- Maxime , fiy. % ^ ch. 4 y paragr. 7. Les rostres, dont il est ici parlé , étoient nn grand édifice , avec nn portique circulaire , au milieu duquel étoient des sièges préparés pour ceux qui dévoient haranguer )& peuple , publier les lois , ou prononcer les oraisons funèbres, des illustres morts.
de Saint'Remy. 5i5
gvoir recouvré leur liberté , ne donnoient aux maîtres qui la leur avoient accordée , que le nom de Patrons , et ne prenoient eux-mémea à leur égard que celui de Liberti y comme ou le voit dans tant d'épitaphes. Ainsi ce n'est que d'une véritable parenté , résultant d'une origine commune , qu'il faut entendre le mot Paren-^ abus que porte l'inscription \ et ce n'est dès lors qu'à Jules César et à son successeur qu'ont pu être érigés les monumens que j'entreprends d'expliquer^
Si l'on considère la composition des quatre bas-relief& qui ornent les quatre faces du mau^ solée , on s'apercevra qu'elle concorde avec l'explication qui vient d'être donnée , et qu'elle €St véritablement l'abrégé des batailles et des triomphes du vainqueur des. Gaules^ de la Ger-^ manie , et de la Grande-Bretagne ; que le bas-* relief du levant y qui représente plusieurs femmes mêlées parmi des groupes de soldats disposés près d'un fleuve qui est sur le premier plan, nous retrace l'issue du. combat contre les Germains , près du Rhin , et le triomphe de César sur Arioviste , dont les femmes et les filles furent prises ou tuées (32) ; que celui du midi nous représente sa victoire sur les AUo^
m^-^i^~mmimÊmmm^^.mm i ii — ^— I i l — — — — — ^i^M^^I^Bpja.
(3a) Coinmentaices de Césac , 1. x ^^c. &3..
broges , et la prise de la fille d'Oi^étorix , l'ugi des plus puissans seigneurs de ce pays , instî- * gateur de cette guerre (33) ; que celui du nord , qui nous offre l'image d'un combat de cavalerie , nous rappelle la victoire qu'il remporta sur les peuples de la Grande-Bretagne , commandés par Cassivellan roi des pays situés au delà de la Tamise (34) ; et enfin que celui du couchant , qui représente un combat d'infan* terie , nous retrace le tableau de la bataille qui eut lieu auprès de Lutèce , sur les bords de la Seine , et la mort du vieux Camul(^ène, général des troupes alliées de tous les peuples voisins , qui fut tué sur le champ de bataille , au milieu de ses soldats qui , enveloppés de toutes parts, périrent glorieusement dans leurs rangs (35) : de sorte que l'on peut dire que ces quatre bas-reliefs sont les mémoriaux des quatre expéditions de César contre les Allobroges , les Germains , les Bretons , et les Gaulois.
Ce n'est qu'aux temps de la seconde monarchie romaine , que les arcs de triomphe devinrent des édifices somptueux. Comme ils n'avoient été d'abord destinés qu'à récompenser
(33) Commentaires de César, l.'i , g. 26.
(34) Idem,!, 5 , c. i5 et 17.
(35) Idem , 1. 7 , c. $7 , 58 et 59.
de Saint'Remy. 67
la vertu , ils furent dans l'origine fort simples et grossiers. Sous Romulus iU ne furent que de briques. Dans la suite on en érigea un à Camille en grosses pierres carrées 9 sans goût et sans ornement , que l'on peut encoi:e voir à Rome , sur le chemin de Sainte-Marie sur Minerve ; et Fabius , après avoir vaincu les AUo: broges , en fit bâtir un autre à peu près semblable dans la Voie sacrée , dont on voit les restes près du temple d'Antonin et de Faustine. (36) Ils devinrent , sous les Empereurs , des édifices pompeux ; parce que l'ambition et la vaine gloire ayant pris la place de la vertu ^ on oublia les anciens principes et les règles de sagesse qui avoient porté les premiers Romains à respecter et ménager les peuples qu'ils avoient vaincus. (37)
C'est à la vérité vers le déclin de la République , que les Romains s'avisèrent de faire représenter des jeux funèbres près des tombeaux des grands. On en trouve la preuve dans Tite Live (38) , et dans Valère Maxime qui fait re-
(36) Marien Va» ^ de rAcadémie Etrusque de Cortone» Itinéraire de Rome , p. i47*
(37) Cum hic mos inusàatusfueni nostris, numquam enùn pop, rom, hostibus domitis victoriam suam eaprobravit. Flor. hùt. 1. 3y c. 2.
(38) D. Junius Brutus, munus gladiatorium in defimcH
monter la première origine des combats d^ gladiateurs à Tan 490 de Rome , selon la supputation de Vairon , et celle des combats de& athlètes à l'an 647 du mérae calcul ; mais on n'en fit passer la représentation sur les tom^ beaux et les cénotaphes , qui d'après les lois anciennes ne comportoient aucune espèce d'omemeos , que bien postérieurement à ces époques j lorsque l'austérité des moeurs primitives eut totalement disparu par l'introduction du luxe asiatique : et aucun Romain que je connoisse , jusqu'aux Empereurs , n'y fit graver des exploits et des triomphes. U est par conséquent impossible que l'arc de triomphe et le mausolée de Saint-Remy puissent être attribués à C. Sextius Calvînus , et rapportés à l'an 63o , comme l'a pensé M. de Mautour , ou à C Marias et Q, Catulus , comme l'avoit publié en 171S M. Peilhe , antiquaire d'Arles.
Les preuves matérielles viennent encore & l'appui de cette opinion : car il suffît de jeter un coup d'œil sur l'architecture de ces deux
,àmH
patfts menwfiam edidit primus, Tite live. Gladiatorium miçiuspnnuan Romœ dation est inforo Boario, App, Clau^ dio, M. Fidvio Coss. dedenmt M. et D. Bruti funebri me^ Humâpatris cineres honorando, Valère Maxime, 1. a > c. 4- Athietantm certamen à AT, Scauri tractum est munificeatiâm Ibid.
de Stmt-Remx. 69
'édifices * qui aux ancicBS ordres ont réuni le composite (Sq) qui ue fut mis en usage que sous le règue d'Auguste ; et sur les omemens de la irise de l'arc triomphal , qui , représentant des instrumens de sacrifices, mêlés à des enseignes militaires » nous annoncent les temps où les Empereurs , par une usurpation jusqu'alors inouïe, s'étoient rendus les arbitres suprêmes de la religion , pour être assurés de l'exactitude de cette dernière explication qui attribue la consécration de cet are à un prince vivant revêtu du souverain pontificat , et être convaincus que l'époque de l'érection de ces deux monumens ne peut être reportée , par rapport i nous , plus loin que l'an 735 , temps auquel Agrippa fut envoyé dans les Gaules par Auguste , pour aller soumettre les Cantabres , apaiser les mouvemens , et régla- les aifaires de la province , ni plus près que Taa 741 ^ époque à laquelle Auguste , par la mort de Lépide , fut élevé au souverain sacerdoce , comme l'avoit été précédemment Jules César son oncle.
Enfin si pour opérer une entière conviction dans l'esprit des lecteurs , il pouvoit encore
(39) Les omeninu du chapîteaiu det coloanes tieiiiieni du camposite et du compoié antiçu.
6o Monumens antiques
manquer quelque chose aux preuves qui vleif*. nent d'être détaillées , on pourroit , par une comparaison simple et naturelle autant que noble , et digne de tous ceux qui en sont respectivement l'objet , faire disparoître tous les doutes. Supposons en effet qu'aujourd'hui Leurs Altesses Royales Monsieur , et ses augustes fils les Ducs d'Angouléme et de Berry , voulant ériger un monument de gloire à leurs ancêtres, comme autrefois^ les illustres membres de la race Julia y le fissent décorer d'une inscription portant ces mots : Charles , Louis , Ferdinand de Bourbon à leurs Parens ; pourroit-il exister en elle quelque équivoque, quelque obscurité ? Cette inscription ainsi conçue ne serok-elle pas essentiellement la même que celle que je viens d'expliquer? et seroil-il à craindre qu'après quinze ou dix-huit siècles elle pût être méconnue ? Non sans doute : car de même qu'à travers les diverses révolutions arrivées sur notre globe et le renouvellement des peuples , la gloire de ces héros des temps antiques est parvenue jusqu'à nous et passera à nos derniers neveux , de même l'homme instruit , dans les siècles fiiturs et jusqu'aux époques les plus reculées, ne pourra ignorer les noms des princes illustres qui auront régné sur notre patrie. Il se rappellera avec admiration et attendrissemenlf »
de Saint' Remy. 6i
la gloire et les vertus civiles d'Henri IV , chef de lauguste famille qui occupe le trône de France ; les guerres et les triomphes de Louis XIV et de Louis XV ; les malheurs de Louis XVI et de son Fils si digne des regrets de FEurope dont il auroit fait les délices, et dont la mémoire sera aussi chère aux Français que celle de Marcellus le fut pour les Romains ; et enfin les vertus religieuses et morales , la haute sagesse , et l'inimitable bienfaisance de Louis XVIII glorieusement régnant , qui n'a connu aucunes bornes dans le pardon qu'il a généreusement accordé à tous ceux qui , sans cause et sans mo^ tifs , s'étoient faits les ennemis de son auguste famille , en ces temps de profonde calamité que le burin devroit se refuser à retracer , si le souvenir n'en paroissoit utile à l'instruction des peuples.
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