DE L'ORDRE
GÉRARD TUNC
Sondateur-Recteur où Maître de l'Ordre,
A JÉRUSALEM
Gérard Tunc ‘, né au milieu du XI: siècle, dans
la petite ville de Martigues ?, en Provence, est gé- ECS
‘ Aussi nommé par les historiens Tum, Tung, Tuncus, Thom, Thunc, Tenc, Tenque, Giraldus, Geraudus, etc.
2 Connue autrefois sous le nom de l’is/e Saint-Geniez , et que sa position a fait surnommer /a Wenise Provençale. Les historiens d'Italie placent à Amalfi (royaume de Naples) la patrie de Gérard. |
2 GÉRARD TUNC
néralement regardé comme le fondateur de l’ordre de. Saint-J ean de Jérusalem. Quelques années avant cette époque célèbre, des troupes de pélerins s'élançaient de toutes parties de l'Europe
-civilisée vers le berceau de la religion chrétienne,
guidés , les uns par une naïve dévotion ou par le repentir, les autres par l'amour des excursions lointaines et l'attrait des nouveautés; mais, voyageant sans ordre, marchant sans escorte et sans guide, Méépourvus de connaissances géographiques, la plupart périssaient dans les embuches des Sarrasins, succombaient sous l'influence d’un ciel dévorant, ou n’arrivaient au terme que couverts de blessures, et épuisés de fatigue et de misère.
Un tel état de choses excita vivement la commisération de quelques riches marchands d'Amalfi AuPEO y aure de Naples, qui, dès l'an 1050, achetèrent à prix d'or des califes d'Égypte la permis-— sion de bâtir à Jérusalem, auprès du Saint-Sépulcre, un monastère du rit latin, et un hôpital pour recevoir les pélerins pauvres ou malades; ils y dédièrent aussi une église sous le nom de Sainte- Marie-la-Latine. Gérard, que ses parens, quoique pauvres marchands, avaient fait élever avec soin, et que le désir de visiter les lieux saints avait conduit de bonne heure en Palestine, vit le dévouement des pieux négocians; il en fut pénétré, et ayant résolu aussitôt de le partager, il ne tarda pas
GÉRARD TUNC. ÿ, à à ajouter encore à leur bienfaisance en secourant avec le même zèle les chrétiens des deux com-
munions. Répandant ses aumônes jusque sur les infidèles, sa réputation s’accrut de plus en plus,
et il fut proclamé dans l'Orient le Pere des Pau vres. Telle devint mème sa popularité, que les croi-
sés, Godefroi à leur tête, ayant paru sous les remparts de Jérusalem, le gouverneur de la ville,
redoutant que Gérard n’usât de son empire sur.
les esprits pour favoriser les assiégeans, le fit charger de chaînes et enfermer dans une étroite prison. Les chroniques contemporaines, empreintes d’une pieuse crédulité unie à l’amour du merveilleux, racontent que Gérard ayant été découvert portant des pains dans les plis de sa robe pour les jeter aux chrétiens, fut amené devant le chef de l’armée musulmane, et que les pains se trouvèrent miraculeusement changés en pierres.
Délivré par la conquête de la ville sainte, Tunc accourut dans son hospice prodiguer ses soins à ses libérateurs , leur consacrant ses veilles, sa fortune, son existence entière. Une foule de croisés expirans lui durent la vie, et, frappés d’admiration de sa charité, plusieurs chevaliers de haut rang ne balancèrent pas à imiter le touchant exemple que donnait au monde chrétien cet homme simple et courageux. Godefroi l'honora de plusieurs visites et fit cession à l’hospice d’une partie de ses
En REIN - L ALU
st se
” GÉRARD TUNC
domaines dans le Brabant; presque tous les souverains , et un grand nombre de seigneurs, ne se montrèrent pas moins généreux, et l’on vit alors ces frères hospitaliers, dotés d’un revenu triple de celui de beaucoup de rois, continuer cependant à se nourrir d’un pain grossier, s'imposer toutes sortes de privations , et réserver leurs richesses pour les malades.
Guillaume de Tyr rapporte que Gérard servit d’abord les pauvres de l'hôpital sous les ordres d’un abbé. Mais, étendant insensiblement ses vues bienfaisantes , il voulut qu’une institution forte perpétuât le zèle de sa charité, et il engagea ses confrères, vers l'an 1100, à adopter comme lui l'habit religieux. Le premier, prosterné devant le Saint-Sépulcre, il reçut du patriarche de Jérusalem le manteau noir orné d’une croix en toile blanche, et fit vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Le pape Pascal IT, approuvant le nouvel ordre, en 1113, adressa à Gérard une bulle comme prévôt de Saint-Jean de Jérusalem, le nomma fondateur et chef des Hospitaliers, et voulut qu'après sa mort les frères seuls eussent le droit de lui élire un successeur. |
Libre alors de la juridiction des moines, Tunc fit bâtir une église magnifique sous l’invocation de saint Jean-Baptiste, et de vastes hôpitaux furent construits tout autour. Par ses soins s’élevèrent
N GÉRARD TUNC
en Europe un grand nombre d'hépitaux et d maisons de charité (première origine des commanderies }, où l’on recueillait les pélerins, les pauvres, les malades. La Provence, l’'Andalousie, la Sicile, la Pouille, furent des premières à seconder les vœux du pauvre frère Gérard, devenu le bienfaiteur de l'Orient et de sa patrie.
Après quatre-vingts années de travaux pénibles, et dans lesquels son zèle ardent pouvait seul le soutenir, Tunc mourut aimé, regretté de tous, et .révéré comme un bienheureux. On place sa mort à l'an 1118, d’autres à l’an 1120 ou 1121. Son corps ayant été successivement transporté à Rhodes, à Chypre et à Malte, le fut enfin à Manosque, en 1534 : trois ans après, le commandeur J ean de Boniface , Provençal, le fit déposer dans la chapelle des anciens comtes de Forcalquier (appartenant à l'ordre) ‘. Les ossemens du fondateur des Hospitaliers étaient conservés dans une cassette ornée de peintures, et fermée de deux serrures dont on gardait les clefs au grand-prieuré de Saint-Gilles; on lisait cette inscription sur le mur où la cassette était placée :