‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 11 sur 105 · VIXIT ANNOS OCTUOGINTA, OBIIT DIE VI SEPTEMBRIS M D LIII · texte numérisé non relu

VIXIT ANNOS OCTUOGINTA, OBIIT DIE VI SEPTEMBRIS M D LIII

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Quarante-Sirième Grand-Haître,

A MALTE

Claude de La Sangle‘, né en France vers 1494, fut engagé de bonne heure dans l'ordre où sa prudence, sa valeur et sa piété lui ouvrirent bientôt le chemin des premières dignités. Déjà élevé à la charge de Bailli, à expédition d’Africa, il y commandait-le corps auxiliaire des Hospitaliers, et l’on peut dire que le succès lui fut dû en grande partie. Il avait, en effet, réconcilié les deux vice-rois de Naples et de Sicile, qui prétendaient tous les deux au commandement ; il guida ensuite ses chevaliers à l'assaut décisif; et lorsque les vivres manquèrent, que les maladies se développèrent dans l’armée,

‘ Aussi appelé La Sengle.

ce fut encore par les soins de Claude de La Sangle que les soldats trouvèrent sous les tentes des frères de Saint-Jean un asile hospitalier, une charité inépuisable, des remèdes à leürs maux. Tant de calme, de patience, de charité, joint à une si haute valeur, frappa surtout alors le vice-roi de Sicile qui conserva au futur Grand-Maitre l'admiration la plus sincère. Nommé peu après chef de la langue de France et Grand-Hospitalier, La Sangle fut envoyé à Rome en qualité d’ambassadeur. Depuis, à la mort de d’'Omédès, tous les suffrages se fixèrent d’abord sur le Prieur de Capoue; mais un des électeurs ayant fait craindre que Strozzi ‘, une fois souverain de l'ordre, n’entreprit de venger la mort de son père, et ne tournât contre des chrétiens les armes des chevaliers, le conseil entier jura de ne songer qu’au bien de la Religion dans le chef qu’il allait choisir, et Claude de La Sangle fut proclamé. Cette nouvelle excita à Rome, où il se trouvait, une allégresse générale, et, comblé d’honneurs et de félicitations, le Grand-Maïître se mit en route pour Malte. Ayant relâché au phare de Messine, le 12 décembre 1553, il y fut magnifiquement recu

‘ On rapporte, mais sans trop de fondement, que.les chevaliers Gagron, de Gagnon, et les Commandeurs Pascatore et Pardaille, qui s'étaient opposés à l'élection de Strozzi, moururent peu de temps après, empoisonnés, dit-on, par un des domestiques du Prieur de Capoue. :

par le vice-roi qui, ayant consulté des jurisconsultes et demandé la permission de l'Empereur, vint recevoir La Sangle au sortir de son vaisseau, et marcha seul devant lui dans la ville, comme s’il eût précédé un souverain. Une distinction aussi flatteuse n'était point sans but; le Grand-Maiître, se trouvant encore à Messine, recut un envoyé de Charles-Quint qui lui offrit la cession de la ville d’'Africa, munie d’un bon port et de fortes murailles, où les Hospitaliers, disait-il, pourraient établir leur résidence. L'Empereur prenait même l'engagement, si l’on acceptait, de payer annuellement à l’ordre soixante-douze mille livres. Claude de La Sangle déclara qu'il ne répondrait qu'après avoir consulté le conseil, et l'ambassadeur le suivit à Malte, où l'affaire fut müûrement examinée. Des commissaires furent députés à Africa ; mais cette place se trouvant située à trop de distance de l'Europe, on refusa ce don intéressé , et aussitôt le vice-roi s’opposa à la traite des grains que Malte tirait de la Sicile.

Cependant , sous Léon Strozzi, Prieur de Capoue, et sous La Valette, son successeur , les ga— lères de Malte parcouraient victorieusement les mers, et protégeaient contre les corsaires ces mêmes côtes d’où les chevaliers ne pouvaient obtenir du pain pour les Maltais. Tandis que le pavillon de l’ordre dominait ainsi la vaste Méditerra-

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née, les fortifications de l'ile prenaient un aspect de plus en plus formidable. On élargit les fossés du fort Saint-Elme, on y ajouta un grand éperon; un fort nouveau s'éleva dans l’île Saint-Michel, sorte de promontoire qui,s’avançant au milieu du Grand- Port, séparait le Port-des -Français de celui des galères. Ce fort reçut le nom de La Sangle, que la presqu'ile ne tarda pas à prendre à son tour.

Un événement affreux consterna Malte la se— conde année de cemagistère. Le 23 septembre 1555, vers les sept heures du soir, un ouragan épouvantable, bouleversant pour ainsi dire la mer, la fit refluer dans le Grand-Port, brisa plusieurs vaisseaux, en fit échouer d’autres, et renversa tellement quatre galères, que leur carène seule s’apercevait hors de l’eau. Les maisons du bourg, exposées à la violence du vent, s'écroulèrent; le chäteau Saint-Ange trembla sur ses fondemens, et l'arbre qui soutenait le drapeau de la Religion fut arraché et jeté au loin. L'espace d’une demi-heure suffit pour ce désastre. Les vents s'étant apaisés et la mer redevenant calme, on put envisager la scène dans toute son horreur. Six cents cadavres de chevaliers, d'officiers ou de soldats, flottaient sur les vagues; d’autres, engloutis au fond des galères renversées, sortaient par les ouvertures, entre autres le chevalier de Lescut, devenu célèbre sous le nom de Romégas. Le premier partout, le

Grand-Maître apportait lui-même des secours et des consolations touchantes. Ce coup eût été mortel à la marine de l’ordre, sans la générosité des Hospitaliers et des rois de l’Europe. Donnant l'exemple, La Sangle arma trois galères à ses frais. Philippe, roi d'Espagne, en fournit deux; Francois de Lorraine, Grand-Prieur de France, en amena deux autres, « Le pape, dit Vertot, donna libéralement les forçats. » Le mal fut si promptement réparé , que lorsque Dragut, toujours au guet, fondit sur Malte avec sept vaisseaux, trois cents chevaliers parurent à l’improviste, lui ravirent les prisonniers dont il s'était déjà emparé, et il s’estima trop heureux de regagner sa flotte. François de Lorraine, à titre de représailles, sortit du port avec quatre bâtimens , et ravagea les côtes de Barbarie.

L'ordre jouit ensuite d’une paix qui ne tarda pas à être troublée : une galère française avait été enlevée dans le port de Civita-Vecchia, ville du pape, et le duc de Savoie, protégeant le ravisseur, l'avait envoyé dans le Levant. Un officier de Rome le poursuivit, le trompa en arborant le pavillon maltais, et recouvra la galère par cette ruse. Conduit à Malte pour y rendre compte de sa conduite, de violentes disputes éclatèrent; les langues d'Italie et d'Espagne réclamaient contre une super cherie commise sous le drapeau de la religion ; les

se

Français répondaient que la galère avait été capturée par une première fraude. Enfin lofficier montra ses pouvoirs, et Paul IV ayant ordonné que le vaisseau lui fût remis, il fallut obéir. Mais ces germes de discorde agitèrent long-temps les esprits, et afligèrent surtout Claude de La Sangle. Il mourut peu après, le 15 septembre 1557, d’un catarrhe suffocant.

Aussi désintéressé que son prédécesseur le fut peu, ce Grand-Maître, qui avait élevé tant de fortifications, enrichi le trésor, armé trois galères de ses deniers, laissa à l’ordre toute sa fortune évaluée à soixante mille écus. Les chevaliers reconnaissans envoyèrent à mademoiselle de Montchanar, nièce du défunt, une somme de douze mille écus pour contribuer à sa dot, et firent élever à leur illustre chef une chapelle dans le château Saint-Ange.

On a remarqué que Claude de La Sangle porta le premier le bonnet de velours rond. Auparavant, . les Grands -Maitres avaient la toque antique à trois pointes, avec le repli semblable à celui des bonnets des prêtres.

On lisait sur la tombe de La Sangle :

A DIEU, TRÈS-BON ET TRÈS—GRAND

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