IL EST MORT LE 7 MARS
Armes : d'argent à trois faces vivrées de gueules.
FR. LUDOVICUS MENDES DE VASCONCELLOS, QUI PER SINGULOS PACIS BELLIQUE GRADUS AD SUMMUM MAGISTERII CULMEN VIRTUTE DUCE CONSCENDERAT ,; IN SEXTO VIX PRINCIPATUS MENSE FATO BONIS INFAUSTO PRÆRIPITUR ; CUNCTIS OPTATUS, NULLI NON LACRYMATUS, HIC CONDITUR NONIS MARTII, M D CXXIII.
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Cinquante- Quatrième Grand- Maître,
A MALTE
« Vasconcellos, dit une relation contemporaine, estant à l’agonie et dans le combat de la mort, se voyant environné des plus grands seigneurs de la Religion, il leur déclara qu’il ne pensait pas qu’ils lui pussent donner un plus digne successeur qu’Antoine de Paule. Ayant dit ces mots, il ferma la bouche pour jamais et rendit l'esprit. »
Antoine de Paule, issu d’une ancienne et illustre maison de Toulouse, naquit en Gascogne vers 152. Admis jeune encore dans l’ordre, et devenu Prieur de Saint-Gilles après avoir passé par toutes les dignités, plusieurs voix le portèrent au magistère, à la mort de Wignacourt. Mais Vasconcellos lemporta. Celui-ci métant plus, de Paule
réunit les suffrages unanimes le 10 mars 1623. « Il était (dit une relation du temps) d'une douce et majestueuse prestance, de grand courage et de grande valeur, prudent au conseil, diligent, vif et accort à l'exécution. »
Juste mais sévère, sa rigoureuse équité lui suscita des ennemis qui, instruits par le passé, s’adressèrent au pape Grégoire XV lui-même, représentant le nouveau Grand-Maître comme un homme sans mœurs, sans probité, à la fois corrompu et corrupteur. Il n'eut pas de peine à se justifier.
Son règne commença sous un funeste augure.
Les souverains pontifes, généreux aux dépens de l'ordre, avaient distrait de la langue d'Italie jusqu'à vingt-sept commanderies, pour en doter leurs créatures ou leurs parens. Les chevaliers italiens refusèrent alors de servir et de s’exposer à des dangers stériles. Plusieurs mème se retirèrent dans leurs familles, et ce fut en vain que de Paule écrivit aux rois de la chrétienté, et adressa au chef de l’église de respectueuses réclamations. Urbain VIIT, qui venait de ceindre la triple couronne, demeura sourd à sa voix, et continua de prodiguer à ses parens ces biens, héritage sacré de la valeur. Paraissant même chercher la ruine de l'Hôpital, il permit à un grand nombre de ses membres de disposer par testament de leur dépouille.
La guerre eut ses revers, comme la paix avait ses
troubles. En 1625, les chevaliers, ayant tenté de chasser les Turcs de l’île de Sainte-Maure, en furent vivement repoussés, et, peu après, ayant été vaincus de nouveau dans un combat naval, ils perdirent deux de leurs galères. Le Grand-Mäitre répara ces malheurs, et aux cinq galères que Malte entretenait ordinairement il en joignit une sixième. Mais il avait à combattre un ennemi d’autant plus puissant, qu'il était en quelque sorte à l'abri de toute atteinte. C'était Urbain qui, peu satisfait de son autorité suzeraine , eût voulu régner en roi sur Malte et changer les statuts qui contrariaient son ambition. Il dénatura le mode d'élection des Grands-Maîtres, et, un chapitre général ayant été convoqué en 1631, il persista, malgré les remontrances les plus vives, à le faire : présider par un inquisiteur. L'ordre entier en fut ému ; les jeunes chevaliers surtout s’indignèrent de ce qu'ils regardaient comme un opprobre. Il fallut néanmoins le subir; mais, afin d'éviter des scènes scandaleuses , les vieillards , sentant leur faiblesse, envoyèrent les autres Hospitaliers en course, et tinrent le chapitre en leur absence. Ce fut le dernier; car d’abord la répugnance de voir à leur tête un homme qui n’était point leur égal, plus tard la crainte de se déplacer, enfin l'habitude, plus forte que les règles, firent négliger ces sortes de conciles qui, dans cette institution ré-
publicaine, retraçaient les assemblées populaires d'Athènes et de Rome. Aux premiers temps de l'Hôpital, on les réunissait tous les cinq ans. Dans les dangers, on ne mit entre eux que trois années d'intervalle, et quand les chevaliers jouirent d’une prospérité stable, ils ne s’assemblèrent plus que tous les dix ans. Là, se réformaient les statuts tombés en désuétude, ou de nouveaux se créaient au besoin. Mais depuis, ceux approuvés dans le chapitre de 1631 passèrent pour des lois. Quand ils vieillirent, on les observa moins, et la discipline eut à en souffrir. Rien ne signale mieux que ce fatal événement la décadence de l'ordre de Malte, et rien peut-être n'a plus certainement préparé sa désorganisation, indépendamment des circonstances politiques qui en dispersèrent si tristement les membres. Qu’importait, en effet, que de brillans exploits prouvassent aux Barbares que le courage des chevaliers ne dégénérait pas? La mort était au sein de leur institution; la malveillance et l’impéritie des chefs s’augmentaient, dans l’absence de ces chapitres , jadis fréquens censeurs de leur conduite; une action étrangère s’exerçait sur les esprits avec plus de force et de liberté. Toutefois, ce n’est qu'à la longue que se développèrent ces fâcheuses conséquences. |
En 1634, la marine reprit sa supériorité. Elle était toujours aussi forte, quoique naguère encore
une des galères eût péri dans un naufrage. Quatre vaisseaux africains chargés de nègres, qu’on envoyait à Constantinople, furent attaqués et Capturés, non loin de l’île de Zante. Cette victoire fut suivie d’une autre sur des corsaires de Tripoli auxquels on saisit près de quatre cents esclaves,
Venise, qui tendait sans cesse à l'empire de la Méditerranée, ne vit point ces exploits sans en être jalouse, et elle se plaignit de ce que les chevaliers prenaient pour théâtre de la guerre des mers appartenant à la République. Üne autre querelle survint avec les États de Lucques, mais l’une et l’autre furent facilement apaisées.
Les dernières années du magistère d'Antoine de Paule n’offrent rien de remarquable. L'ordre plaça sous sa protection un prétendu fils de Mahomet III, nommé Guchia, protection insignifiante pour tous les: deux. Ce fut vers le même temps que les Chrétiens du rit latin perdirent la garde du Saint-Sépulcre et des saints lieux, et peut-être l’asile accordé à Guchia en fut-il la cause. Néanmoins, le bruit s'accrédita que les Grecs schismatiques avaient dépossédé les Latins à prix d'argent. Le Grand-Maitre voulait qu'on leur déclarât une guerre implacable; des sentimens plus doux prévalurent.
La vieillesse avancée d'Antoine de Paule lui laissait pressentir sa fin prochaine. Tombé malade au.
mois de mars 1636, il expira le 10 juin de la mème année, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
Sous son règne (en 1631), on fit le dénombrement des habitans des îles de Malte, Goze et Cumin. On trouva, sans compter les religieux, les chevaliers, et ce qu’on appelait les familiers de linquisition, cinquante-un mille sept cent cinquante personnes. Ainsi dans l’espace d’un siècle, depuis que l’Ile- Adam était descendu sur cette terre stérile, malgré les guerres, les siéges, les assauts , les invasions, la population avait quadruplé.
L'inscription suivante fut placée sur le tombeau de ce Grand-Maitre :
A DIEU, TRES-BON ET TRÉS—GRAND
FRÈRE ANTOINE DE PAULE, GRAND—MAITRE DE LA MILICE DE JÉRUSALEM, PRINCE AFFABLE ET MAGNIFIQUE,
DONT LES BELLES QUALITÉS EXCITÈRENT L'AMOUR PEN— DANT SA VIE, ET DES REGRETS UNIVERSELS APRES SA MORT; QUI MAINTINT LA PAIX ET L'ABONDANCE ; ÉTENDIT ET ACCRUT LES FORCES ET LES RESSOURCES DE L'ORDRE. COMME IL S'OCCUPAIT A ENTOURER LA VILLE DE FORTIFICATIONS PLUS REDOUTABLES , DANS LA QUATORZIÈME ANNÉE DE SON MAGISTÈRE, DÉJA PLUS QU'OCTOGÉNAIRE , TOURMENTÉ SANS RELACHE D'UNE
LONGUE MALADIE, TOUJOURS SUPÉRIEUR A LUI-MÊME, IL SE RÉPOSA PIEUSEMENT ET RELIGIEUSEMENT DANS LE SEIGNEUR,